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#AlexandreDesmidt : The Message (Paris)


La situation actuelle pour la culture est une catastrophe, se dirigeant vers une autre forme de désastre, amenant invraisemblablement à une chute sans fin. Pour reprendre la célèbre phrase du film "La Haine" : "Jusqu'ici tout va bien. Mais l'important c'est pas la chute, c'est l'atterrissage.".

Vous conviendrez, chers lecteur.rice.s, que pour l'instant rien ne va, que la haine se fait encore timide dans nos bouches, préférée pour l'instant au désespoir, et que l'atterrissage semble encore incertain et retardé. Posons-nous plutôt la question suivante : Qu'est ce qui nous a fait chuter ? Comprenons la cause, anticipons les conséquences. Cela pourra, je l'espère, nous aider à imaginer l'espoir d'un atterrissage heureux, rendant somme toute la chute plus un peu plus agréable.


Dans un monde où le flux a remplacé la notion d'échange, l'art est devenu une forme de supply-chain mondialisé intensif avec Instagram comme chef-opérateur de l'usine. Un jour sauveur, un autre dictateur, le putsch des réseaux sociaux sur la création artistique a clairement défini le nouveau tempo à suivre. Le fait d'insuffler un nouveau rythme n'est pas en soi négatif, Instagram a apporté beaucoup à l'art à sa façon et un nouveau tempo permet aussi à d'autres de pouvoir jouer. Le problème, et c'est ce que le capitalisme crée, c'est que jouer down-tempo ou breakbeat est devenu impossible, c'est marche ou crève, post à 18h ou meurs.


On a considéré l'art et surtout la mode comme une usine multi-nationale. Comme toute industrie globalisée, la production doit être internationale, de plus en plus rapide, privilégiant le résultat financier à la dimension humaine. L'absurdité du calendrier de la Fashion Week ressemble de plus en plus à un bon de commande d'Amazon, paralysant une créativité qui a besoin de temps et de confiance pour grandir.


De ce fait, une leçon est à retenir et quoi de mieux qu'une crise sanitaire pour tout bousculer?

La vision d'Alexandre d'une création artistique plus locale, entourée de personnes réelles que l'on connait et que l'on apprécie pour leurs talents semble être des plus en phase avec les défis futures. Inspirons nous de l'agriculture et privilégions les circuits-courts, regardons à la fenêtre plutôt qu'a travers nos écrans et imaginons des coopératives de création locales. Je pense que nous avons la possibilité aujourd'hui de ne poser aucune limite à notre imagination face à la nécessité d'enfin pouvoir proposer un autre modèle, une autre voix, une autre direction.

Lorsqu'un monde s'effondre, un autre doit se créer et c'est à Alexandre, à moi et à vous de l'imaginer.

Le passé n'existe plus : Inspirons-nous du présent et composons avec le futur.



Alexandre Desmidt pour Radio Loubard




Bonjour Alexandre! Un plaisir de t’avoir sur Radio Loubard! Comment s’est passé ton été et la rentrée? 


Hello hello, c’est un plaisir de discuter ensemble !! Écoute j’ai profité de l’été au maximum. J’ai fait beaucoup de photos au mois de juillet, et je suis parti tout le mois d’août, à Marseille, en Espagne puis en Sicile. C’était si bon!! Et la rentré ça a été dur, pas beaucoup de boulot, le virus qui revient nous emmerder.... donc j’ai beaucoup peint tranquille chez moi, et j’ai passé du temps à Berlin aussi. 


Pourrais-tu te présenter ainsi que nous parler de tes nombreuses activités ?


Je m’appelle Alexandre, j’ai 28 ans, je suis né à Boulogne en banlieue parisienne. J’ai vécu presque toute ma vie à paris, à part 2015 ou je vivais à Londres, et depuis deux ans je vis entre Berlin et Montreuil. 

J’ai fait des études assez longues, en prépa littéraire (spécialisation théâtre) puis en école de communication (Master 2 au CELSA), et je travaille en tant que photographe depuis mon diplôme en 2017. J’ai signé avec une agence de photographe (Artsphere Paris) l’année dernière, ce qui m’emmène plus loin niveau photo. Et puis je suis également artiste, en peinture et illustration. Depuis toujours d’une certaines manière. 

Mes photos et mes peintures se répondent, s’inspirent mutuellement, fonctionnent ensemble. C’est intéressant d’attaquer un sujet avec deux médiums différents, je trouve. 




Tu as eu le syndrome du “fond de la classe” pendant tes études jusqu’à finalement pouvoir arriver sur le devant de la scène! Tu as toujours eu également une appétence pour le monde littéraire, est-ce que cela peut se ressentir d’une certaine façon dans ton travail ?


Oui j’étais beaucoup au fond de la classe à vivre ma vie, à dessiner ou retoucher ou chercher des images d’inspiration. Pas forcément mauvais élève parce que je me débrouillais toujours pour avoir des notes correctes, parfois bonnes, mais j’étais bcp dans mon monde, à réfléchir à des projets personnels. 

Oui mes deux années d’études littéraires sont toujours au fond de ce que je fais. Tous les bouquins, toutes les pièces de théâtres, recueils de poèmes sont devenus une source d’inspiration, de drama, de personnages, d’intrigues. 




Il y a également une vive influence du théâtre et la comédie dans ce qu'elle peut représenter. Penses-tu que l’acte théâtrale dans ce qu’il peut dégager peut amener une forme plus poussée de story-telling dans la photographie ?

Oui l’aspect narratif de la photographie de mode était très présent dans les années 90, golden age de la mode, et a peu à peu été réduit à peau de chagrin, parce que tout s’est accéléré. Avec les réseaux sociaux la mode s’est ouverte au monde entier, le marché s’est étendu et le processus créatif a du s’adapter et devenir plus rapide. Et c’est dommage. J’aimerais tant revenu à l’époque des grands shoots de mode avec masse de budget, de temps pour le faire, de moyens, de talents... et j’espère que cette pandémie va nous ramener à cela ce serait génial non? 





Est-ce que justement le fait de pouvoir également photographier des comédien.ne.s peut aussi renforcer la relation artistique entre photographe et sujet photographié?


Oui j’ai toujours aimer travailler avec des non-mannequins car comme je disais auparavant, « Video killed the radio stars, Instagram killed the supermodels ». Aujourd’hui les mannequins sont des adolescents pour la plupart, repérés en casting sauvage, on les book sur une saison de défilés, parfois deux ou trois, puis on en trouve d’autres et on les remplace, et ainsi de suite. C’est devenu compliqué de trouver un ou une mannequin dont c’est véritablement le métier, que cela passionne, qui joue le jeu, qui s’investit réellement dans la création d’une image avec l’équipe créative. 


Donc shooter des comédiens, acteurs/rices, danseurs/euses ça permet de retrouver une forme d’engagement et de prise de position de la part du modèle. Je lui donne une intention, une référence, une histoire, et il/elle joue avec. Et les photos sont d’autant plus fortes parce qu’il se passe véritablement quelque chose dedans. 





Est-ce que ce côté “spectacle vivant” et cette capacité à “jouer” peut manquer dans le milieu de la photographie de mode actuellement ?


Oui malheureusement. Il y toujours des muses, des mannequins exceptionnelles (Anna Cleveland, Guinevere Van Sinus, sœurs Hadid) mais peu. C’est d’ailleurs amusant de voir que la mode faire revenir sur les podiums et les campagnes de pubs, les supermodels des années 90 (Amber Valetta, Shalom Harlow, Kristen Mcmenamy, Naomi Campbell) faute de nouvelles icônes actuelles. 


Quel est ton processus créatif lorsque tu shootes ? Qu'essaies tu de transmettre aux spectateurs ?


Je travaille bcp à l’intuition et à l’instinct. Je prépare peu. Je planifie au minimum. 

J’aime convoquer tous les éléments dont j’ai besoin le même jour au même endroit, sortir mon boîtier mes objectifs, parler à l’équipe pour leur donner une idée du mood, de l’histoire, de l’ambiance, et après le shoot est lancé et je capte la beauté là ou elle apparaît, à la rencontre des modèles, du maquillage, des vêtements, du lieu, de la lumière etc.. 


Et j’aimerais que les gens qui regardent mes images ressentent le même frisson d’émerveillement et de contemplation qui me traverse moi quand je fais ces images. 





Tu me parlais d’une volonté de sortir de Paris et d’aller shooter dehors en équipe vers des shootings plus ambitieux et avec plus de budget. Qu’est ce qui va t’attirer dans ce format et quelles seraient tes idées si tu étais amené à réaliser un tel shooting ? 


Oh oui je veux aller shooter des grandes stories de mode dans des lieux incroyables et loin de Paris. Parce que justement comme je disais, au delà du fait que je travaille surtout à paris, en ville, tout le temps et que j’aimerais changer d’air, il y a aussi quelque chose de magique qui se passe quand toute une équipe part sur un tournage et tous les éléments en présence s’assemblent soudain et créent un moment unique que tu ne peux pas reproduire, un one shot. Et encore plus si tu es dans la nature loin de tout, ou dans une baraque abandonnée, sur une une plage déserte au lever du soleil, dans un champ de fleur etc. Tu vois? 



Comment pourrais-tu définir ton style actuelle et tes inspirations majeures ? En peinture comme en photographie ?


C’est difficile de parler de son propre style je trouve. Je suis très intéressé par le vivant, par la lumière naturelle, par la peau. Ma passion pour la peinture se retrouve bcp dans mes photos car on me dit souvent qu’elles ressemblent à des peintures. 

Mon photographe préféré, qui m’inspire le plus, c’est Tim Walker (check son travail si tu connais pas). Et puis en plus contemporains, j’aime bcp Carlijn Jacobs, Harley Weir. 

En peinture j’ai été fasciné pendant des années par Klimt, Schiele, Toulouse Lautrec. Aujourd’hui je suis obsédé par Matisse. 





La situation actuelle est une véritable catastrophe et ton corps de métier fait partie des plus touchés. Comment vois-tu le futur à ce niveau et quelles leçons pourrait-on tirer de tout ça ?


Oui c’est absolument l’enfer. Malheureusement les photographes et peintres comme moi ne bénéficient pas d’une intermittence comme les arts de la scène. C’est vraiment dur, et c’est terrible de se dire que beaucoup d’artistes vont devoir arrêter de créer et prendre un autre job pour survivre, et peut-être ne reprendront jamais leur création. 

C’est difficile de dire à quoi va ressembler l’avenir, mais je sais qu’il faut que cette crise change bcp de choses qui ne vont plus dans le monde de l’art de la mode. La dépendance vis à vis de l’Asie, l’absurdité du calendrier de la mode, la quantité qui est depuis longtemps passée devant la qualité des images.... et plein d’autres choses qui ont une chance de changer à l’avenir. On verra ;) on garde espoir 


Tu me parlais d’une possibilité de pouvoir se recentrer sur des productions plus locales et d’une production peut être plus humaine. Comment pourrais-tu définir ces opportunités et quelles en seraient les bénéfices pour tous?

Oui il a tellement de talents locaux, tellement de savoir-faire à mettre en avant. Ce serait génial que cette crise donne davantage d’opportunités à des jeunes français, jeunes européens. Qu’on reprenne le temps de faire les choses bien. Moins consommer, consommer mieux. Enfin tu vois ce que je veux dire :) 




Le monde de la mode et plus amplement de la culture se règle et se régule de plus en plus en fonction des réseaux sociaux et surtout d’Instagram. Quels en sont selon toi les limites? 


Instagram m’a apporte beaucoup d’opportunités, m’a fait rencontrer plein de gens passionnants, m’a montré des talents du monde entier. Si tu l’utilises bien, ça peut être un outil de travail incroyable. 

Mais évidemment maintenant leurs algorithmes sont régis par des exigences financières, purement pensées pour te pousser à consommer. Ça devient difficile d’être vu, repéré. Et puis ça participe énormément à la surproduction d’image, la surenchère. Il faut tout le temps poster sinon tu disparais.

Ça aussi ça doit être repensé, par contre je sais pas comment. 





Si t’avais un message positif et pleins d’amour à faire passer? 


Continuez de créer! Comme disait Pina Bausch «Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ». Malheureusement, danser c’est devenu impossible ou quasiment, mais ça s’applique à toute forme d’art, il faut être créatifs, nous faire entendre, aujourd’hui plus que jamais; parce que c’est ça qui nous aidera à sortir de cette merde. Apprenez à découvrir des artistes autour de vous, dans votre ville, votre quartier. Collaborez ensemble ! On va y arriver. 


Tu n'aurais pas 3-4 sons à nous faire partager ?


Comó me quieres - Khruangbin 



Duel au soleil - Etienne Daho



Bryllyant - Boytronic



Lying has to stop - Soft Hair



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