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  • annabreton

#AmoursImaginaires : The message (Paris / New York)


On a toustes des amours imaginaires, qu'on fait vivre partout, tout le temps, des mirages de ce que serait l'Amour, le grand, le vrai, qu'on joue et rejoue dans nos esprit dans l'attente de la rencontre, du coup de foudre, celui qui nous révèle et nous exhibe nu.e.s., vulnérables, vivants.


De prime abord je n'ai pas compris ce nom d'artiste : son art ne me semblait pas vulnérable mais plutôt technique, et il ne parlait pas d'amour mais bien d'imaginaire. Le compte de tatouage de Morgane m'a intriguée : il détonne de tant d'autres par sa façon bien plus colorée et détaillée d'appréhender le tatouage, à la structure et aux accents cyber-punk. J'ai été happée par son travail 3D qui crée des espaces numériques qui tournent sur eux-même...


La démarche de Morgane est passionnante : si cohérente, intellectualisée, globale et humaine. Envisager le corps dans sa matérialité, sa performativité et son énergie, tout cela au sein d'un espace donné. L'espace, je crois que je l'oublie souvent de mes réflexions : l'espace qui façonne le corps et son comportement, son équilibre. Créer des espace positif, nouveaux, comme une nouvelle respiration. On peut étouffer souvent, manquer d'air, dans des espaces que l'on traverse encore et encore, des espace saturés de souvenirs, de crises, de choses encombrantes. Créer de nouveaux espaces, il me semble que l'on n'y pense pas assez, et dans cette discussion avec Morgane cela m'est apparu clairement. Son rapport à la peau est à la fois très particulier, très intime mais également observateur, distant et professionnel. Toucher l'autre à l'intérieur de la peau, pour toucher à son énergie et son intériorité.


Elle parlait beaucoup de se sentir à côté. Etre "à côté de" et prendre une position observatrice : combien sommes nous à ressentir cela. Un pied dedans et un pied dehors. Créer dans un entre deux, construire des ponts entre le dehors et le dedans.


Pour tous ceux qui étouffent, qui tangent dans leurs espaces où ils n'ont plus de place, ni d'air, ceux qui sont curieux d'en cherchent de nouveaux. A tous nos amours imaginaires.


Amours Imaginaires pour Radio Loubard




- Est-ce que tu pourrais te présenter?


Je suis une plasticienne scénographe aux pratiques pluridisciplinaires, j’expérimente notamment depuis 5 ans le médium de la peau, sous toutes ses formes, matières, volumes et couleurs.


J’ai eu une formation artistique académique puis universitaire dans le milieu de la recherche, ce qui m’a permise de développer mon identité visuelle, mais aussi mes terrains sensibles, tout en m’obligeant en permanence à explorer et justifier mes intentions créatives.





- Pourquoi est-ce que tu t’es tournée vers le tatouage ?


Je me suis tournée vers le tatouage car j’ai vu dans cette pratique, l’opportunité pour moi d’allier tout mes axes de recherche sociaux, culturels, plastiques et politiques. Mais aussi de pouvoir toucher la matière et d’être en contact avec un support de création vivant et déconstruit de tout les codes et modes de représentation classique du dessin.


Je suis fascinée par la matière de la peau, ses tons, ses aspérités, mais aussi par la dynamique du corps dans l’espace qui l’entoure.J’ai beaucoup été influencée par les écrits de Michel Foucault autour des ses études architecturales sur les hétérotopies, que j’ai transposé à l’état individuel.


Pour Foucault, L’hétérotopie désigne une différenciation entre les espaces clos et les lieux réels, elle génère souvent des comportements ou des écarts à la norme, et y implique l’accès à des libertés différentes et alternatives. En mon sens, le corps est à lui-même une hétérotopie, ou la métaphysique du soi est définie par la machinerie qui le compose mais également par les manières dont on va le décorer et l’ornementer.




- On a beaucoup parlé de cette position observatrice que tu tiens, comment est-ce que cela influence ton travail?


A titre individuel j’ai souvent l’impression d’avoir un pied dedans et dehors, de ne pas être complètement à l’intérieur de moi même. J’ai souvent des épisodes de dépersonnalisation intense. Je pense que c’est pour cela que j’ai énormément exploré artistiquement autour du langage entre le corps et l’espace, de travailler une position perpétuelle d’observatrice à l’écoute des intentions de l’autre.


- Tu m’as parlé d’enjeux sociaux-culturels autour du tatouage, comment tu expliquerais ça?


En plus d’inscrire mes recherches plastiques via des concepts de représentation qui font sens à mes expériences et mes sensibilités en tant qu’artiste, j’ai pu via l’observation de mon propre corps, agir sur celui ci de manière progressive pour me ré-approprier et le façonner de pour devenir actrice de mes propres moyens de représentation et d’identité de genre.




- Ton expérience dans le monde de l’art contemporain, qu’est-ce que tu en retires?


Je me suis sentie oppressée et utilisée par le milieu de l’art contemporain, je n’y ai pas trouvé ma place car j’ai souvent été victime de discrimination positive, de représenter pour les galleries le quota Queer/intrasex qui leur permettait de diffuser une image progressive de leurs institutions.


J’ai longtemps joué le jeu en me refermant sur cette identité , compris ce qu’ils attendaient de moi et de mes modes de représentations pour leur donner ce qu’ils avaient envie de voir, par survie de mon art.



- Pourquoi “Amours Imaginaires”? Ton rapport à tes amours toi, il est comment?


J’ai choisi comme nom d’artiste « Amour Imaginaire » dans une premier temps pour la référence cinématographique à Xavier Dolan, loin d’être un de mes films préférés c’est véritablement dans ses codes, moyens de représentation et position d’observateur que je m’identifie. Amour Imaginaire, c’est beau, c’est poétique, ça invite à penser sur ses propres rapports à l’intime et l’émotionnel. A faire le point sur ces relations, à la métaphysique de l’amour, à l’idéalisation d’un moment qui n’a jamais été réel.


- Tu pourrais me citer tes inspirations?


Mon inspiration première découle du manifeste Cyborg de Donna Haraway, pour elle, le concept de Cyborg est par le rejet de ce qui définit les limites qui séparent l’Homme de l’animal /l’Homme de la machine.


Je suis aussi inspirée par le mouvement Space age, le design au formes aérodynamique, l’utilisation des matériaux industriels qui contrastant avec des polymères hyper chromatiques. Sans oublier les nouvelle cultures cyberfuturiste , le cinéma de l’horreur japonais , l’art érotique et la mode.




- Comment est-ce que tu décrirais ton art?


Je décrirais mon art comme étant intra sectionnel, j’aime jouer sur les formes/ structures/ composition / couleurs


- Tu me disais que tu voulais rendre ton travail abordable, que tu souhaites qu’il crée du lien : à qui tu parles avec ton art?


J’essaye souvent de créer une histoire dans mes compositions graphiques, de jouer entre les rapports de domination entre les formes dynamiques et la souplesse du détail. De créer du contraste, de sublimer la matière.


J’aime l’idée de créer un lien entre mes médiums, des connexions entre les individus que je tatoue, qu’elles soient vis à vis de moi même, mais aussi entre eux.


- L’acte de tatouer quelqu’un, comment tu vis ça?


L’acte de tatouer quelqu’un je le vis physiquement comme quelque chose d’hyper stimulant.

Ça produit un vrai rush d’adrénaline chez moi car la matière est vivante. J’aime aussi établir un contact émotionnel avec les personnes que j’ai la chance de tatouer. J’aime dans l’espace que je propose ritualiser l’action du tatouage pour créer avec le corps une pièce immersive où le tatoué devient acteur et l’artiste metteur en scène de l’expérience. J’aime voir les énergies fluctuer.




- Et tu peux nous parler un peu de ces nouveaux projets en 3D sur lesquels tu travailles?


Je travaille en parallèle sur des projets de 3D, sous forme d’extension métaphysique de mes explorations et problématiques artistiques, j’essaye de déconstruire tout ce que j’ai appris pour pouvoir lâcher prise sur des formes et construction beaucoup plus abstraites.


Cette fois-ci, j’ai envie d’interagir avec mes propres matières et éléments et de créer des espaces évolutifs en réalité virtuelle, de changer de position face à mes créations et de devenir actrice de celles-ci.





- 2-3 sons à faire découvrir?

  • Boy Harsher - Machina ( fear Mariana Saldaña )

  • Rosa Anschütz Kobosil44 remix - Rigid

  • Dave Davis - transfiguration

- 2-3 artistes?


  • Vakho Jappari

  • Ikeuchi

  • Xixitong

- Merci Morgane!


- Merci à toi!





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