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#AstridManoukian : The Message (Marseille)

Mis à jour : juil. 14

La coincidence c'est la volonté cachée de l'espérance. C'est croiser l'imprévu quand la fatalité avait pourtant mise en scène cet instant secret si précieux à nos yeux, inexistant pour les autres. La coincidence c'est aussi un travail, une recherche ou un lien qui apparaît logique uniquement lorsqu'il est effectif et visible. J'ai souvent l'impression de faire beaucoup de choses sans spécialement en comprendre le sens et ce n'est que lorsque tout "coincide" que je mesure le résultat d'une addition d'actions jusque là désordonnées. On ne peut pas rechercher la "coincidence" mais on l'a trouve toujours d'une manière ou d'une autre, c'est pourquoi j'ai beaucoup d'amour pour ce mot.


Malgré l'amas de matériels et d'intrigants flashs déconseillés aux épileptiques, parapluies absorbeur de lumières, soft-box incompréhensibles, et autres transmetteurs ou trépieds à tri-pattes bioniques, la photographie reste une affaire de coincidence. Sur 1000 autres instants, un seul est capturé, sur 23400 nanosecondes, une seule remporte le droit d'exister. Sans vouloir imposer une arithmétique maladroite, avouez que la probabilité reste faible et que la coincidence a aussi sa part d'importance dans le processus! C'est une des manières de voir les choses d'Astrid qui se connecte à son sujet, sans filtre et toujours avec beaucoup d'amour. En quête de "l'essence", ses photos interrogent le corps et son langage et traduisent son amour pour lui, pour elle ou pour tout les genres désireux de partager un peu de charisme corporel devant son objectif.

Le corps est une coincidence, la vie sur terre en est une, la rencontre en est une, le fait que vous lisez actuellement ces lignes en est une, photographier la coincidence, c'est photographier la vie.


J'adore personnellement l'état d'esprit et le travail d'Astrid, j'espère sincèrement que vous apprécierez également ses mots et son travail. Elle a accepté de participer à cette interview aujourd'hui, je vous laisse donc glisser vos yeux sur cet article comme l'on glisse sur le corps de l'être aimé.


Astrid Manoukian pour Radio Loubard




Hello Astrid ! J’espère que tutto va bene, merci d’avoir accepté cette interview! Comment s’est passé ton confinement ?


Merci avant tout à RadioLoubard pour cet interview! <3

Le confinement s’est bien passé dans l’ensemble pour moi. Ca m’a permis de retourner à une version de moi-même et du monde plus sauvage et spontanée. J’avais aussi la chance d’être dans la nature, ça m’a laissé réellement la possibilité de re-respirer. Par contre, le retour à la réalité après le déconfinement a été très angoissant. J’étais terrifiée de retrouver notre ancien monde et que le confinement ne devienne qu’une capsule de temps éphémère.


Pourrais-tu nous parler un peu de ton parcours dans la photo ?


L’univers de l’image m’a toujours fasciné, autant la vidéo que la photographie.

J’ai découvert la photo assez jeune avec un polaroid alors que je me promenais au zoo. En appuyant seulement sur un bouton, j’ai dupliqué l’expression et la force d’une girafe. Aussi absurde que ça pouvait l’être, ça m’a marqué !

Puis en grandissant, la thématique du corps et de la représentation du féminin et plus généralement du genre m’ont obsédé. La relation que je commençais à entretenir avec photo n’était pas celle d'immortaliser une situation ou expérience, mais de lui souligner et sculpter un caractère fort et une énergie.

A l’adolescence, la photographie me semblait seulement occuper une place de hobby et à l’époque, je me prenais toute seule en photographie car j’étais très solitaire. Puis, j’ai découvert une très forte passion pour le cinéma qui me poussa à faire un BTS audiovisuel en production. Très vite, j’ai ressenti une frustration à ne pouvoir m’exprimer et partager, car la place du producteur en France reste très éloignée de tout avis artistiques. Cette obsession pour le corp et la photo continuaient de grandir en moi alors que j’étais assistante de programmation artistique dans un festival de courts-métrages.

C’est il y a seulement un peu plus de deux ans que j’ai attrapé une fièvre qui ne peut plus cesser. Ca a commencé en photographiant et suivant des copains qui graffaient en vandal à Marseille la nuit mais aussi en commençant à mettre en scène des amis qui manifestaient vraiment tous les week-ends face à des CRS en feux via un vidéoprojecteur. Puis j’ai décidé d’arrêter de toutes mes autres activités quelques temps pour me focaliser uniquement sur la photographie. Le premier shoot avec une modèle et photographe (@Jadoulapacha) a été si intense artistiquement qu’il est depuis un puissant leitmotiv inconscient. Ca m’a permit de m’engager dans un travail photographique personnel, celui du langage et la force du corps et du genre.





Tu m’as l’air assez hyperactive et tu as plusieurs activités, tu pourrais nous présenter ton armada de compétences créatives ?


Je pense avoir essayé de toucher un peu à tout. La photographie reste mon principal médium, et le plus fidèle, mais je fais aussi du design, de la vidéo, de l’illustration et de la programmation artistique !


Quelle corrélation arrives-tu à faire entre toutes ces activités ? Qu’est ce que ces croisements peuvent t’apporter ?


Je pense que le fait de s’ouvrir à plusieurs univers ou disciplines nourrit forcément. Non seulement ça permet d'accéder à de nouveaux points de vue sur certains sujets, mais aussi de découvrir des parties invisibles de notre sensibilité. Pour moi, toutes les disciplines, pas seulement artistiques, sont des des chemins ou prismes par lesquels on peut découvrir une “réalité” ou “essence”. J’ai besoin d’en toucher plusieurs pour vraiment tout décaper et enfin comprendre ce que je recherche.





Tes photos transpirent l’amour du corps, qu'essaies tu de montrer à travers cette “recherche du corps” ?


Le corps comme le monde matériel sont des sujets très intéressants car on a tendance à les réduire au statut d’artifice, et parfois même de perversion. Pour moi le corps est un puissant outil mystique qui permet de porter en lui de grandes énergies et intentions. Alors qu’on le réduit souvent à l’objet et au genre, j’aime me dire que je peux le présenter autrement. Le corps ne se réduit pas qu’à sa première représentation brute, notamment de “vaisseau pour l’âme”, et peut devenir un puissant médium qui transcende beaucoup de règles et de normes.




Tu me parlais aussi d’une envie de révéler le corps féminin ou masculin. et l’un à travers l’autre. Pourrais-tu nous parler de cette envie et de cette démarche ?


A travers mes séries photographiques, je recherche à évoquer et transcender le féminin et masculin. La genrification des corps a été un fléau pour l’épanouissement pour l’humanité. Je pense qu’à partir du moment où on a voulu absolument tout catégoriser par des idées très binaires, on s’est déconnecté d’une partie de nous-même. Je pense que tout le monde a en lui une part de féminin et de masculin mais la société nous pousse à éteindre l’une ou l’autre. J’aime me dire qu’en travaillant avec mes modèles, ils peuvent s’y reconnecter et le communiquer. Le corps devient ainsi un puissant médium mystique et sacré.





La mise en scène a aussi une place de choix dans ton travail avec différentes empreintes visibles, comment conçois-tu et imagine-tu ta scénographie ?


La mise en scène de mes séries photographiques est souvent pensée en amont mais change quasi systématiquement. Je laisse beaucoup de place à la chance ou la coïncidence. Parfois, on part sur une idée, mais une plus forte se manifeste et a tout d’un coup plus de répondant. Bien évidemment, j’en parle toujours avec mes modèles et tout est quand même validé à l’avance. Mais je travaille toujours grâce au hasard et à l’instinct. Ces changements arrivent généralement lorsque je ressens que le ou la modèle dégage ce jours là, une autre énergie. Je me sens obligée de transparaître ce que je ressens alors avec cette personne à ce moment là et pas forcément ce qu’on avait prévu 1 mois avant.



Quels sont tes types de sujets préférés ou ceux vers lesquels tu aimerais te diriger ?


Mes types de sujets préférés sont le corps, le genre mais surtout le féminin, car je demeure être une femme. J’aimerai exploré de nouveaux angles autour du corps et de la matière plus généralement. Ce que je recherche serait l'équilibre parfait entre le monde totalement matériel voir artificiel, et lui octroyait toute sa dimension divine pour montrer que tout dépend des intentions et de la relation qu’on donne à ce qui nous entoure. Peut-être que ça inciterait les gens à changer la relation qu’ils ont avec les objets.





J’ai adoré ton idée de “photo-coïncidente”, est-ce que c’est ce que tu recherches lors d’un shooting ?


Lors d’un shooting, je recherche avant tout à me connecter avec la personne, à ne rien projeter en elle mais à faire transparaître ce qu’elle est au fond. Comment, elle se représente ou vit son féminin, ou bien son masculin. Pour ce, il faut établir une relation de confiance mais aussi de spontanéité. Même si je prépare mes shoots en amont, je laisse toujours une grande place à la “photo-coïncidente”, c’est à dire au hasard. Je ne supporte pas l’idée de me dire que tout est déjà calculé et prévu, car tout change en permanence et pour moi le plus important sera que le modèle soit représenté le plus fidèlement possible ce jour là. Bien évidemment, tout se fait en fonction de sa sensibilité et jusqu’au degré où elle est prête à accepter de montrer ses facettes si intimes. Une fois qu’on établit cette permission, le but est que son corps puisse les manifester le plus spontanément possible et que le modèle en vive une expérience transcendante et de redécouverte de son soi magique.


Tu as aussi des projets avec le Mucem et un atelier avec des enfants en ZUP, tu pourrais nous en parler un peu ?


Depuis juin, je travaille avec Denis Alcaniz et Julien Lamy sur une vidéo expérimentale de danse contemporaine d’environ 22 minutes commandée par la compagnie de danse de l’AMU pour une diffusion au Mucem en Septembre 2020. Nous sommes encore entrain de la monter mais c’est un travail de réécriture très intéressant car nous n’avons pas réalisé les prises de vues. En effet, nous nous sommes basés sur des vidéos faites par les danseurs seuls chez eux lors du confinement mais aussi de leurs interviews très personnels. J’ai vraiment hâte de la partager! En août, j’aurai la chance de pouvoir à la fois travailler en stage auprès de l’agence de design 3.14 à Marseille mais aussi d’encadrer des ateliers de tournages audiovisuels pour jeunes de la ZUP d’Aix-en-Provence avec à nouveau Denis Alcaniz et Julien Lamy. Le but sera de réaliser un film avec eux en leur faisant de découvrir toutes les étapes! Le 29 août je participe à une exposition “Les Zouz de Talent” au Cocovelten organisé par Airsancho ! Y’aura pleins de nanas super douées ça va être extra.





Comme Radio Loubard, tu es extrêmement attaché à Marseille, pourquoi selon toi il y a cette affection si profonde et cette fierté si intense pour cette ville ?


Je pense que Marseille peut répondre à tous celles et ceux qui recherchent une terre vierge, brute et authentique. Même si elle a une très ancienne histoire, qui est d’ailleurs très honorable, étant une des plus grandes villes d’accueil et de mixité sociale, Marseille reste un endroit où tout le monde a encore sa place et où tout le monde peut écrire quelque chose. Je pense que cette liberté restera toujours sauvage et accessible, c’est à nous de l’honorer, de la préserver et de pouvoir enfin s’en servir comme une force.





Comment vois-tu la scène actuelle et comment perçois tu la scène futur ?


Je pense que la scène actuelle à Marseille est très intéressante car on voit naître de nombreux talents de pleins de disciplines différentes mais avec une réelle identité personnelle. J’aurai même tendance à dire que c’est un mouvement unique en France car lorsque je regarde des artistes Lyonnais ou Parisiens, je distingue mal l’énergie ou la patte qu’il peut y avoir. Alors qu’une création marseillaise, ça se ressent directement, c’est presque une culture. Ce qui la rend si particulière c’est qu’elle reste presque autosuffisante et indépendante. Et si dans l’avenir elle devait s'homogénéiser, elle s'affaiblirait mais je suis sur que ça n’arrivera pas. Ce qui la rend aussi si unique, c’est la solidarité et l’écho qui perdurent dans cette ville. La proximité entre les artistes et donc les disciplines est une réelle force. Je pense que ça intrigue beaucoup le reste de la France, et y’a de quoi.


Ressens-tu une identité marseillaise dans tes photos ? Ou alors une volonté de pouvoir faire passer un message particulier à travers elle ?


Je n’aurai pas la prétention de dire que l’identité marseillaise se vit dans mes photos car déjà je ne suis pas native de la ville mais j’aime me dire que la mixité et l’intégration du genre serait possible aussi bien dans mes photos que dans cette ville. Marseille paraît très violente et archaïque pour le reste du monde, pourtant une part très douce et féminine vit en elle. J’espère arriver à retranscrire cela. Je pense que c’est une ville qui représente en réalité la problématique qui m’obsède: l’intégration du double genre en tout.





Astrid dans 3 ans ?


Je ne sais pas qui je suis déjà maintenant mais si je devais être quelque part ou quelqu’un dans trois ans, il n’y aurait que deux possibilité extrémistes. Soit je serai toujours autant suractive, à essayer de monter pleins de projets artistiques avec d’autres personnes, à travailler dans la photographie notamment de mode et j’aurai gagné à prouver que le double genre existe en nous toutes et tous, soit je vivrai dans la pampa en autosuffisance et communauté à surfer toute la journée!


Un message pour Marseille ?


La seule chose que j’aimerai dire c’est fierté et amour!


T’aurais pas 3-4 sons à nous faire partager ?


  • Rap holiday de Mc miker & dj sven


  • Orange blossom de Princess Nokia



  • Sunshine Reggae de Laid Back



Autre chose à nous faire découvrir (Artistes, Musiciens, Livres, Films etc…)


Documentaire: Paris is Burning de Jennie Livingston

Livres: L’Alchimiste de Paul Coelho

Artistes: Miki Kim, Laura Narpon

Musicien: Ajaz


Tu veux faire une dédicace à la Skyrock en 2009 ?


GROSSE DEDICACE ET BIGUP A TOUTES LES ZOUZES MAIS AUSSI MES GARS FORTS ! ENSEMBLE, PLUS FORT!


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