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  • cesarloubard

#Beaxgraphie : The Message (Paris)

Tout est mouvement.

Le fonctionnement de l'espace, la création de notre terre, le tee-shirt que vous portez, la langue que vous parlez, la couleur de votre peau jusqu'a l'amour que vous portez à votre amant.e est une conséquence d'un mouvement. Il est celui qui nous éloigne ou nous rapproche des gens ou d'une culture, lui qui est fils du temps, frère de la création et père des relations humaines.

Ne soyez pas surpris de faire partie, malgré vous, d'une infinité de mouvements avec mon préféré, celui de la jeunesse bien sûr dans toute sa diversité et pluralité. Cela nous fait, cher lecteur.rice, au moins un point commun : nous sommes tous résultat d'un mouvement que l'on peut ou pas maitriser et qui est inhérent à notre condition humaine.


Que l'on ne maitrise pas le mouvement des planètes est un fait, nous pouvons en revanche décider de rejoindre un mouvement qui se traduit souvent en combat. Le mouvement féministe, le mouvement Black Lives Matter, le mouvement punk ou le mouvement hippie ont pour point commun d'être un mouvement, qui dans la force de l'union peut faire "bouger" les choses. Mot divinement bien choisi : l'immobilité assassine les idées, le mouvement lui donne sa chance.


Si je vous parle de mouvement c'est parce que notre invitée du jour que vous allez découvrir bientôt m'a ouvert à une perspective très intéressante sur le mouvement. Pardonnez moi de la paraphraser avant l'heure, je suis sûr qu'elle comprendra... (Tu te démerdes avec mes avocats si t'es pas d'accord Béatrice...)


"Je n'appartiens pas à ce mouvement (ndlr drag-queen), mais je me considère comme une alliée : je suis très sensible à ce milieu, ce qu'il est, ce pour quoi il lutte, ce à quoi il aspire."


Sa position est très juste et le rôle de l'artiste trouve souvent sa voie dans cette direction. Se considérer comme une allié.e c'est donner de soi et de ses compétences parce qu'on est sensible à des idées. Qu'est ce qu'on attends d'un.e ami.e si ce n'est un.e allié.e ? Prêt.e à apporter quelque chose, à être présent parce qu'on y est profondément sensible et cela s'applique tout aussi bien à une relation qu'a une cause ou un combat.

Alors mes frères et soeurs, faisons de nos idées des amis et surtout ne cessons jamais de nous mettre en mouvement, de combattre, de partir, de voyager, de créer des liens, de se réunir et d'aller vers les autres. Respectons ce qui fait que nous sommes humains, et soyons un mouvement éternel, il est lui aussi l'allié du changement.


Beaxgraphie pour Radio Loubard




Hello Béa ! Comment s’est passé ton été ? J’espère que t’as aimé Marseille et que ça t’as énormément inspiré! Prête à repartir en pleine forme ?


Hello César ! Un été plein de bonnes surprises et qui donne un bel élan pour la rentrée! J’ai hâte d’y être..!


Peux-tu te présenter pour les aveugles qui n’auraient pas encore vu ton travail ? On vous en veut pas mais bon faites un effort…


Béatrice, Béa ou @beaxgraphie pour les internets, je suis photographe évènementielle et de projets artistiques à Paris. J'ai toujours avec moi mon boitier et mon vélo : je vadrouille pas mal et on me retrouve souvent dans des évènements allant du concert aux soirées queers. Je fixe peu de limites à mes projets artistiques : ils peuvent être colorés, oniriques, absurdes ou aborder des thématiques plus engagées. Pour les sensibles à l'astrologie, je suis Sagittaire ascendant Gémeaux !



Tu as un parcours assez peu classique dans la photo en ayant commencé par des concerts de rap au milieu de colosses sous Tacchini, c’était comment de pouvoir avoir cette première approche et qu’est ce que cela as pu apporter à tes débuts ?


Cette approche m'a mis les deux pieds dans le milieu du concert et de la musique sans prévenir, en totale improvisation ! Mes premières photos datent des apéros Chineurs de rap au bar A La Folie à Paris, qui organisaient des concerts suivi d'openmic.

Je trouvais que c'était un bon "labo", non seulement pour les belles brochettes de rappeurs qui testaient leur freestyle, mais aussi pour me mettre sérieusement à la photo dans un univers musical qui me parle.

Comme l'organisation et les artistes présents ont été réceptifs à mon travail, ils m'ont rapidement entrainé avec eux dans d'autres évènements, d'autres soirées, à la rencontre de collectifs musicaux, radios etc. Originaire de Grenoble, je débarquais à Paris et la photo a été le moyen de rencontrer beaucoup d'acteurs du monde culturel alternatif, dont certains sont devenus des amis et des gens avec qui je travaille encore maintenant.

Très vite je me suis rendue compte qu'il y avait quelque chose à creuser autour de la photo, je ne lâchais jamais mon boitier et c'est toujours comme ça aujourd'hui.





Tu me parlais d’une relation spéciale avec tes modèles, au croisement de l’improvisation et de la confiance en tes compétences et en l’aura de la personne photographiée. Qu’est ce que peut apporter la technique du “on verra ce que ça donne” dans ton travail?


C'est souvent un savant mélange, si la part d'improvisation est tenue par un minimum de réflexion en amont ! A mon sens, le principal est de fixer un cadre, aussi large soit-il, en ayant une idée du lieu, en choisissant la tenue, l'ambiance, le sens que tu veux y donner. Une fois que tu as ça en tête, c'est là que le "on verra " peut s'exprimer et qu'on attaque la partie passionnante du travail !


On va parler évidemment de toutes les thématiques que tu abordes dans ton travail et je souhaiterais si tu le veux bien commencer par celui des drag-queens. Pourrais-tu nous parler de ton histoire avec la famille Carbone et de ce qu’il te séduit dans cet univers ?


J'ai croisé le chemin de Lady Carbone, fondatrice de cette famille il y a deux ans par une amie en commun, qui était ma prof de théâtre. A ce moment là je commençais à flâner dans les soirées drag queen et les bars où elles performaient. Comme j'étais très intéressée par ce milieu, Lady Carbone m'a invité à les accompagner lors de la Pride. J'ai été chaleureusement accueillie par la famille Carbone dont Lady Carbone est la reine mère et grand mère. Composée de trois générations de drag queen, cette famille est aussi constituée de puppies, des "hommes-chiens", c'est à dire que certains d'entre eux revêtent des harnais et masques de chiens et agissent en tant que tels pendant la sortie.


J'ai découvert un univers fascinant : j'étais une petite souris au milieu de leurs accessoires colorés parfois faits mains, de leurs bottes à talons qui claquaient et de leurs corsets en cuir. J'observais leurs échanges acérés sur les choix de maquillage, leurs pauses cigarettes entre les heures de préparation et j'assistais à l'apparition progressive de leur personnage de drag-queen dans une effervescence grandissante.

Quand on est sorties, c'était une explosion : tout le monde nous regardait, elles posaient, elles se réunissaient en claquant les éventails. J'ai passé la journée les yeux grands ouverts, un sourire collé sur la figure : je me suis sentie vraiment à l'aise, c'était une journée qui m'a beaucoup marqué !

J'ai ensuite été ré-invité lors d'une de leurs sorties. C'était un plaisir de les retrouver et je suis toujours subjuguée par la beauté et la bienveillance de ce groupe : il en dégage une liberté d'être, un affranchissement des codes et une euphorie qui étaient particulièrement enivrants.



Sachant que tu ne fais pas partie de ce mouvement de manière explicite, comment imagines-tu ton rôle vis à vis de ce milieu ?


Je n'appartiens pas à ce mouvement, mais je me considère comme une alliée : je suis très sensible à ce milieu, ce qu'il est, ce pour quoi il lutte, ce à quoi il aspire.

Avec la famille Carbone, j'avais l'autorisation de photographier tout ce que je voulais, et c'était une chance d'être plongé au milieu de ces moments que je considère "intimes". C'était une journée forte, et à partir de là j'ai senti que faire des photos faisait sens. Je voulais utiliser la photo comme un outil artistique pour les sublimer, mais c'était aussi comme un outil engagé : être témoin de ce qu'elles représentent.

C'est un milieu qui est difficile d'accès, mais je travaille petit à petit avec des collectifs drag queen et lgbtq+ où je suis principalement photographe de soirée. Je gravite donc autour de cet univers, dans lequel il y a une ambiance qu'on ne trouve pas ailleurs. J'ai encore beaucoup à apprendre et qu'il me tarde d'approfondir !


Tu as également eu l’occasion de livrer cette sublime série avec @metauxlourds dans un autre registre plus engagée autour de la thématique du féminisme. Comment s’est passé la relation avec elle et comment est née cette idée ?


J'ai rencontré Marine lors d'un shooting pour une friperie sur lequel travaillait aussi Louise, @louise_houdin maquilleuse et troisième membre de ce projet. Comme nous avions mutuellement apprécié notre travail, c'est tout naturellement que nous avons souhaité travaillé ensemble à nouveau.

On a brodé petit à petit : avec Louise nous voulions faire des images avec des lettres collées sur le visage, c'était une envie artistique qui nous plaisait. Comme Marine est engagée dans le mouvement des colleuses, on s'est rapproché de l'idée d'utiliser le corps comme un mur et de faire des lettres collées des messages féministes. On était enthousiastes à l'idée de faire un écho à ce mouvement, d'incarner ces mots, de les faire vivre ! Il y a une énergie nouvelle qui est née à partir de là : chacune de nous avait un rôle clé dans la réalisation de cette série, pour la sublimer et lui faire prendre tout son sens. Le shooting s'est déroulé à merveille, on avait plaisir à se retrouver en toute simplicité dans un petit appartement. On a eu pas mal de retours positifs, et j'ai hâte de rebosser avec cette équipe !






Te sens-tu militante lorsque tu réalises ce travail ?


Oui à petite échelle, c'est un début timide mais un début tout de même ! Je ne sais pas vraiment comment faire pour militer, ni quel est le moyen qui me correspond le plus : je tâtonne et ce genre de projets photos me donne des armes et des outils d'expression qui me parlent pour l'instant.





Et puis encore une fois dans un autre contexte, tu planches avec brio et beaucoup de talents sur le thème de la bouffe. Quel est le mantra du projet et les attentes créatives lié à celui-ci ?


Le thème de la bouffe est très récurrent : faire des images autour de la bouffe m'intéresse parce que visuellement il y a de la couleur, du relief, des textures et des matières. On en a sous notre nez tous les jours, on prend notre assiette en photo sous tous les angles, alors je me dis qu'il y a du potentiel.Quand je vois de la bouffe, des plats qui représentent un pays, qui ont marqué une époque, je me demande comment on pourrait le mettre en scène et puis ça part ! Pour l'instant j'ai pas mal tourné autour la junk-food américaine, et le petit déjeuner!




Il y a ce côté absurde surtout, pour moi du moins, lié à la volonté de montrer l’excès autour de la junk food dans ces photos. Est-ce que finalement la notion d’excès ou de marge de liberté qu’offre l’excès ne se retrouve pas dans tes photos ?


Oui je pense. Comme on est déjà dans un thème qui déborde d'opulence, de trop-plein, on a une marge de liberté qui est assez vaste : un peu plus ou peu moins ne fera pas de grande différence, alors autant y aller à fond. C'est comme ça qu'on se retrouve avec un oeuf posé sur le coin du front ou un pain burger collé sur la tête : ça interpelle sans que ça soit choquant !





Quelle est ta volonté concrète vis à vis de ce que le spectateur pourrait voir et comprendre de l’ensemble de ton travail ?


Je vois mon travail comme un labo de création. J'aime mélanger les lumières, les matières et les couleurs pour créer de nouvelles mises en scène dans lesquelles les sujets font leur vie. Des fois j'imagine des histoires et des personnages, des fois c'est absurde: mes photos sont aussi un support de témoignage pour aborder des sujets plus engagés.



Tu n’aurez pas 3-4 artistes à nous faire découvrir ?


Je suis comme beaucoup inspirée par le travail de Lou Escobar qui est une source de création inépuisable. Les compositions de @joellegrace me parlent aussi beaucoup.

Je vous invite à découvrir Mathilde, @youcallmechaton_, photographe talentueuse qui aborde le corps et l’intimité, et avec qui j’ai déjà eu l’occasion de travailler.

En dehors de la photo, la tatoueuse @gladystomeetyou, une amie qui a un style incroyable et dont je porte quelques uns de ses dessins.


3-4 sons ?


Si ça peut étoffer les playlists de certains, j'ai tourné sur quelques sons en boucle cet été :


Isah et Dutty Dior : "Hallo"


My Face de Biga Ranx



Dumebi de Rema



Boyz de Yemi Alade



Tu veux faire une dédicace à la Skyrock en 2009 ?


Grosse dédicace à ma mère, si tu nous écoutes maman big up change rien t'es une soeur !!

J'en profite pour passer une dédicace à tout les mangeurs de pains de France et de Navarre, je vous adore on est ensemble sur la route du kiff !


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