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  • cesarloubard

#Chlär : The Message (Berlin/Swiss)

Sans public.

Ce sanguin consensus laisse un sentiment semblable à une vie sans musique. : triste et non-consenti. En dehors des quelques allitérations que l'écriture permet, ce sinistre constat laisse à une grande parties des créatifs de toutes générations confondues une amertume constante. Si l'on crée une sculpture, un tableau ou de la musique c'est surtout pour le partager, pour le ressentir ensemble et c'est dans le collectif que la créativité prend sa mesure et sa grandeur.


Cette année a provoqué une division entre artistes et publics dans sa manière "classique" d'interagir l'un avec l'autre. Même si la résistance s'est organisée, donnant lieu à de superbes événements organisés avec brio et courage, le mot "scène" s'est vue malgré tout altéré de façon drastique. J'attire votre attention sur ce mot, la scène peut signifier 2 choses: La scène en tant que lieu concret et la scène en tant que mot désignant un groupe de créatifs dans une ville ou dans un pays.


Vivre et agir dans une scène est quelque chose d'assez puissant, donnant lieu à de multiples rencontres et projets qui inévitablement apporte à chacun de ses membres une opportunité d'évoluer de grandir ensemble, porté par une motivation commune. Cette énergie est propulsée par l'envie irrésistible de porter des valeurs, profondément animé par la croyance que celles-ci peuvent changer et apporter quelque chose de nouveau à notre génération. Cette foi inébranlable puisent dans le sentiment partagé que chacun retrouve lorsque ces valeurs sont ressenties de manière commune, c'est en cela qu'elle est puissante et qu'elle trouve sa force.

A l'heure où nous sommes tous séparés, je reprendrais les mots du pianiste jazz londonien Joe Armon Jones qui ont apporté une vision plus sensible et contemporaine de ce qu'une scène représente :

“Community is a better word than scene, man”


L'humain est passé de nomades à sédentaires grâce à sa capacité à se mettre en communauté et à partager la flamme de la connaissance que Prométhée dans la mythologie grecque à voler aux dieux sur le Mont Olympe pour nous l'offrir. Si parfaire le sens de la communauté c'est évoluer, c'est aussi offrir à chacun la possibilité d'en sublimer son apport. Plus encore qu'évoluer, le simple fait de vivre en communauté permet de maintenir l'immunité du savoir, comme le socle solide rendant inévitablement grâce à la naissance de la culture de l'échange et à l'amour du partage.

Les épreuves de l'implacable "Restez chez vous" n'ont fait que renforcer chez moi l'urgence de répondre aux besoins le plus humaniste de tous, à savoir celui de se réunir, de vivre et d'agir en communauté, pas en isolation. L'isolation est définitivement la camisole de force de la communauté et nous devons lutter pour ne pas subir le même sort que ceux que d'autres ont jugé fous.

Pour continuer à vivre ces moments qui nous manquent tant, seul la force d'une communauté représente une alternative crédible à la poursuite de la diffusion de nos valeurs. C'est ce qui nous anime tous profondément et c'est en nous rapprochant, en travaillant ensemble et en agissant comme une communauté que nous saurons répondre aux tentatives d'incarcération que subit notre génération.


En attendant, j'ai l'immense plaisir de recevoir celui qui peut d'un claquement de vinyl, nous offrir la délivrance ultime à laquelle notre génération prétend. Ce justicier masqué par un trait de bombes de tag blanche est talentueux, entreprenant, bosseur et en bonus absolument génial. Cet helvétique, inaugurant du même coup, la suisse sur Radio Loubard, c'est Chlär et j'espère sincèrement que vous serez aussi heureux que moi de le découvrir à travers ses lignes....


Chlär pour Radio Loubard





Hello Chlar, tu es le premier suisse sur Radio Loubard, très heureux que tu en sois le représentant! Comment ça va en ce moment ?


Hello César! Merci de m'accueillir :) Écoute on fait aller, forcément cette pandémie n’a pas eu un impact très positif sur mon moral. Ces tourments m’ont amené à être bien plus créatif

mais sur le long terme, ça a été dur de garder le cap. Heureusement maintenant je commence gentiment à reprendre espoir.


J’ai aussi eu l’occasion d’avoir plus de temps pour me pencher sur d'autres projets (mastering, swiss electronic music convention, traitement acoustique de studio, musique pour film, etc..) et de commencer un master à l’université!


Pourrais-tu te présenter pour ceux qui n'auraient pas la chance d’encore te connaître ? Comment as-tu commencé la musique ?


Alors je m’appelle Charles, j’ai 23 ans, je suis un artiste et ingénieur son Suisse basé à Berlin. J’ai commencé la musique aux alentours de mes 10 ans avec la guitare en premier lieu. Un peu ennuyé de jouer des morceaux déjà composés par d’autres artistes j’ai, aux alentours de mes 14 ans, décidé de me lancer dans la composition. C’est très rapidement devenu une passion mais que je pensais garder en hobby (et oui, être artiste ça ne paie pas dans l’imaginaire collectif). A la base, je me voyais faire des études plus scientifiques, la physique étant l’un de mes autres gros centres d'intérêt.


Et pourtant, c’est grâce à mon père que je suis parti étudier la musique à Berlin. Voyant que je passais la majorité de mon temps à produire, il s’est mis en quête de me trouver des universités dédiées à cette pratique. Lorsqu’il m’en a parlé j’ai directement été séduit : j’avais le droit, mais surtout la possibilité de faire une carrière professionnelle dans ce milieu!





Ce qui est assez marrant, c’est que tu as débuté à produire sur AudioTool, un logiciel en ligne de MAO collaboratif! Qu’est ce qu’a pu apporter cet apprentissage collaboratif ?


Audiotool m’a énormément apporté. Offrant tous les outils de base que n’importe quel DAW actuel possède, il fonctionne aussi sur un principe de partage assez génial. En effet, chaque personne publiant un son sur la plateforme peut décider de donner libre accès au projet de la musique en question (ce qui était en grande majorité le cas car l’idée de collaboration à grande échelle était l’une des valeurs phare d’Audiotool.)


J’ai pu, au cours de mes premières années de production, emmagasiner un tas de concepts sur la synthèse sonore car aucun des synthés ne possédait ce que l’on appelle une banque de ‘’presets’’ (différents sons basés sur une sauvegarde de préréglages du synthé). De ce fait, j’ai dû me manger un tas de tutoriels ainsi qu’analyser la production de plein d’autres artistes de la plateforme pour me former le mieux que je pouvais.





Tu es également le codirecteur de Bipolar Disorder. Peux-tu nous parler du label et de son activité ?


Bipolar Disorder Rec. fût fondé en 2017 à Genève par mon très cher Marc-Antoine a.k.a. The Chronics. J’ai rejoint l’aventure peu de temps après. Le but premier était de répondre à un besoin de la scène techno suisse qui, avec un public grandissant, manquait cruellement d’initiative telle que celle-ci. En ce qui concerne le catalogue, on a toujours voulu promouvoir des artistes émergents en les mettant aux côtés d’autres producteurs bien plus établis qui s’occupent de remixer le travail de ces premiers. Après 4 ans de travail acharné, on a eu la chance de cumuler plus de 25 sorties digitales, 6 vinyls et 30 événements en Suisse ou en Europe tels qu’au FOLD à Londres, OHM à Berlin ou Glazart à Paris par exemple.




Tu es donc arrivé à Berlin à 19 ans pour faire de la musique, une ville pleine de ressources mais aussi de danger haha! Quelles étaient tes ambitions à l’époque et quel était ton état d’esprit lors de ton arrivée ?


Bonne question! Berlin est une ville incroyable à mes yeux, mais aussi un sacré vortex comme j'avais l’habitude de blaguer à ce propos avec mes potes. Beaucoup de personnes arrivent pleines d’ambitions et se font vite happer par les côtés sombres de la fête non-stop.


Personnellement je suis arrivé avec une seule idée en tête : faire de ma passion mon métier. De ce fait, je sortais extrêmement rarement lors de mes débuts, et passait la majorité de mon temps à travailler les cours ou mes musiques.

J’ai toujours été quelqu’un d’extrêmement exigeant envers moi même et les autres, ce qui a eu pour avantage de me pousser à me dépasser lors de chaque challenge professionnels, mais qui bien sûr, a affecté ma vie sociale pendant un petit moment avant que je me ‘’détende’’ un peu.


Après quelques années je me suis lancé et j’ai appris à surfer sur ce vortex, tout en restant sur ces bords en faisant quelques virages contrôlés vers son centre lors de certaines occasions :).


Depuis tu as fait du chemin jusqu’à réaliser le closing du Griessmühle avant l’arrivée de notre très cher Covid qui est tombé sur une période assez déterminante pour toi. Comment as-tu vécu cette époque ?


Honnêtement je ne l’ai pas super bien vécu. La pandémie est vraiment arrivée au moment où je commençais à recevoir un tas de gigs et ca été d’abord très dur de voir toutes ces annulations tomber. Ensuite le moral est tombé très bas, le plus bas que j’ai pu vivre de toute ma vie d’ailleurs. Je me tuais à la tâche tout en perdant une forme d'intérêt pour ce que je faisais. Maintenant je commence à me sentir mieux mais ce qui est sûr c’est que cette épreuve m’aura changé à jamais.





Tu as été largement connu en France après le passage de ta track “Oh La La La” par Hadone lors d’une Possession. Qu’est ce que cette track as-pu changer pour toi ? Quelle est l’histoire de cette mystérieuse track ?


Aaaah la fameuse ! Tout a commencé en 2019 lorsque j’ai composé ce track avec un très bon ami à moi, Paul a.k.a Apothicaire, que j’ai rencontré lors de mes études.


A la base c’était parti d’une énorme blague ! Il faut se dire qu'à l'époque personne ne faisait ce genre de remix (même si le concept a largement été exploité dans la fin des années 90’ en techno). Du coup, je l’ai longtemps gardé pour moi et l’ai joué occasionnellement lors de closing. C’est que lorsque l’on a invité Jeremy (Hadone) à venir jouer à Genève quelques mois avant son set possession que tout a changé. Lors du before party j’ai joué ce son pour rigoler et je me souviendrai toujours de sa réaction. Il a tout de suite adoré et m’a demandé de le lui passer pour qu’il la joue a Possession... ‘’the rest is history’’ comme on dit! :D





Tu es avant tout un gros producteur avec une productivité très impressionnante! Comment pourrais-tu définir ton style de production ainsi que son évolution ?


Très dur a dire! Honnêtement, lors de mon parcours je suis passé de la trap, future beats à la ‘’brostep’’, deep house, house, techno, trance, breakbeat tout en faisant des musiques de films ou des sons plus expérimentaux. Je dirais que j’ai toujours apprécié toucher à tout, ma passion restant la composition, peu importe le style ! Après c’est clair que mon style de prédilection reste la ‘’club music’’ mais la encore entre techno, electro, trance, difficile de choisir! Récemment j’ai sorti pas mal de sons très rentre dedans, assez trancy pour la plupart. Mais si je devais définir ce sur quoi je m’oriente en ce moment, ce serait une musique faite à base de boucle rythmique techno old school avec des sons de synthés assez organiques et très texturé, arrangés sur des plus long patterns pour marquer un contraste avec l’aspect répétitif.


Il a dû être compliqué pour toi de sortir tout ça sans gig ayant pu suivre et sans vraie relation avec le public. N’était-ce pas frustrant et motivant de ne pas pouvoir concrétiser tes actions et ton travail ?


J’ai commencé ma carrière par la production et la finirait sûrement ainsi mais je dois dire que je me suis bien rendu compte à quel point il était important pour moi de partager ma passion avec les autres. Se dire que pour un moment, un tas de gens se rassemble pour se dédier à la musique tel qu’un artiste le fait chaque jour de sa vie est quelque chose de tellement magique!


Bien sûr, c’est un art qui ne vit pas sans son public et malheureusement les réseaux sociaux ne parviennent pas à rétablir un contact sain selon moi. J’ai beau avoir de plus en plus de gens qui me suivent, il me reste très difficile de me dire que je suis sur le bon chemin tant que je réalise pas mon travail à travers des performances.


Tu me disais que tu te sentais plus inspiré par la techno old-school que par les sorties récentes, ce qui se ressent dans ton travail haha! Quels sont les éléments qui t'attire le plus dans ce type de techno ?


Selon moi, cette vague old school possède des caractéristiques que l’on retrouve moins dans notre scène actuelle. Loin de moi l’idée de dire que ‘’c’était mieux avant’’ bien sûr car non ça ne l’était clairement pas mais je dois avouer que je suis très sensible aux grooves et textures des sons de cette époque. Plus orientées sur les percussions, ces musiques possèdent une cadence tellement entraînante et une puissance qui, a mon humble avis, révèle notre plus profond, voire primitif, attrait pour les rythmes.


Peux-tu nous parler un peu de la scène électronique suisse ?


Une scène magnifique et si diverse! La Suisse est un tout petit pays qui regroupe 3 cultures, celle de l’allemagne avec les suisse allemands, une plus francophone avec les suisse romands et une italienne avec les tessinois.


Malgré son effervescence, il y’a à mon avis une forte dissonance avec les représentants officiels de celle-ci. Je pense surtout aux clubs et élites qui fonctionnent à travers des réseaux difficiles à intégrer. Avec très peu de tournus quand aux artistes représentés en soirées officielles et un nombre grandissant d'amateurs du genre, le nombre de raves parties n’a jamais été aussi important pour un pays aussi petit, qui est d'ailleurs le milieu dont je suis issu.


Vous avez également récemment lancé une plateforme destinée aux artistes suisses. Pourrais-tu nous la présenter ? Quels en sont les objectifs ?


Exact! La Swiss Electronic Music Convention de son petit nom. Le but est d’unir les énergies florissantes des quatre coins de la Suisse, de collaborer tous ensemble sur de grands événements et ultimement, faire assez de bruit pour se faire entendre à l’international pour créer une scène qui vaut le détour ! Ouvert à tous, chaque crew ou artiste se voit offrir le moyen de s’exprimer, que ce soit à travers des workshops, talks ou performances.

On vient tout juste de publier le premier événement! Accessible en ligne, sur la page facebook du même nom, cette édition regroupe 10 collectifs. L’émission a été diffusée sur 3 jours, avec pour programme : discussions sur plusieurs problématiques actuelles de la scène, interviews, performances live et dj sets avec une scénographie époustouflante (encore bravo aux VJ’s pour ce travail de dingue).


Autant dire qu’on attend que de pouvoir organiser ça mais avec un public cette fois ci!


Tu viens de signer un E.P sur le prestigieux label Lobster Theremin! On a hâte de pouvoir l’écouter en entier! Qu’as tu essayé de montrer sur cette sortie ?


Cet EP est dédié à toute les ‘’générations sacrifiées’’ de cette pandémie. Je pense surtout aux jeunes, l’avenir de cette planète, qui ont non seulement été pendant longtemps privés d’un tas de choses essentielles à leur développement personnel mais en plus de ça, largement blâmé d’être irresponsables durant cette crise. Le but bien sûr n’est pas de nier la souffrance terrible que cette pandémie a engendrée envers les familles de victimes, patrons de petites sociétés/commerces mais plutôt de pointer du doigt un groupe de la population qui à mon goût a bien trop été ignoré de toutes préoccupations politiques. Il sera bien sûr extrêmement dur de quantifier l’impact sur le long terme d’une telle crise mais il est important de noter que le taux de suicide et accueil en hopital psychiatrique a triplé (en tout cas en Suisse), que le nombre décrochage scolaire n’a jamais été aussi élevé. Couplez ceci avec un marché du travail post-covid au sein duquel un certificat obtenu pendant la pandémie aura moins de valeur et vous obtenez un combo parfait!




Bon et quand est-ce que tu viens jouer à la techno-pétanque à Marseille ?


Honnêtement dès que les restrictions seront un poil plus allégées, je saute dans le premier moyen de transport à disposition et j’arrive!





Aurais-tu 3-4 artistes à nous faire découvrir ?


Je sais que je le dis tout le temps mais : Blawan et Stef Mendesidis. Si vous ne le connaissez pas déjà, foncez! pour moi c’est deux des artistes qui repoussent le plus les frontières de notre musique tout en gardant une élégance et touche tellement unique!


A plus petite échelle je dirai le trio magique portugais Vil, Cravo et Temudo pour la techno classique bien efficace et sinon je vous conseil d’aller jeter une oreille à ce que faisait nos précurseurs : Dave The Drummer, Lars Klein, Danilo Vigorito ou Samuel L Sessions pour ne citer qu’eux.


Et quelques artistes/groupes non techno a absolument connaître selon moi : Philip Glass, Lemon Jelly, Jorge Ben, Masta Ace, Breton.



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