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  • cesarloubard

#DalaEido : The Message (Beyrouth / Paris)

Mis à jour : juin 16

Héritière de sa culture, ancrée dans le présent et naviguant avec aisance vers le futur, Dala fait partie de cette génération de créateurs fidèle à la direction prise et à l'identité forte de son pays. Berceau de la diversité, épicentre des époques et témoin du changement, c'est au Liban qu'est née, qu'évolue et que se dessine l'ADN de la marque Dala Eido.


Malgré ses yeux noirs trahissant sa determination, c'est la tendresse et l'amour de son métier qui ressortent immédiatement dans ses créations. Entreprenante et indépendante, celle qui a reçu les félicitations de Mr Prigent en personne travaille dans l'ère de sa génération en produisant de manière cyclique et intuitive chaque collection.


Dala Eido pour Radio Loubard



Hello Dala, tu es la première libanaise sur Radio Loubard ! Super heureux de pouvoir faire cette interview franco-libanais haha, comment s’est passé ton confinement ?


Hello César! Merci de m’avoir sur Radio Loubard! Mon confinement n’était pas mal du tout, j'en ai profité pour prendre du recul et créer pour le plaisir, jouer, dans le but de me ressourcer et de visiter l’enfant en moi, qui est la petite créatrice dernière toutes mes collections.


Pourrais-tu te présenter pour ceux qui n’ont pas encore eu le plaisir de te connaître ?


Je m’appelle Dala Eido je suis Libanaise, j’ai déménagé à Paris après mon bac pour faire mes études en fashion design à Parsons Paris, j’ai aussi passé 1 année sur le campus new yorkais de l’école.

J’ai graduate à Paris en 2018 avec une collection expérimentale qui a défilé au show de Parsons à l’Elysée Montmartre. Certaines pièces ont été sélectionnés pour participer au Parsons Benefit de New York !

Après plusieurs expériences dans l’industrie de la mode à Paris, j’ai décidé de rentrer au Liban pour lancer ma propre marque. Je fais l'aller retour maintenant entre Beyrouth et Paris.


Tu as donc fondé la marque que tu diriges et qui porte ton nom ‘Dala Eido”, peux tu nous parler un peu de ton parcours dans la mode ?


Lors de mes études et aussi après ma "graduation" j’ai fait plusieurs stages à Paris dans le but de gagner le plus d’expériences possibles que ce soit chez des marques établies comme Elie Saab ou Loewe, ou des jeunes marques comme Ludovic de Saint-Sernin pour avoir une vision globale de l’industrie.

J’ai pas uniquement fait des stages en design, mais aussi en stylisme, ventes dans les showroom, production, aux défilés etc... Ce qui m'a permise de développer les outils nécessaire pour fonder ma marque.




Pourquoi c’était si important pour toi d’entreprendre dans la mode plutôt que de travailler pour une autre marque ? Te sens-tu plus fidèle dans tes envies et plus libre dans tes choix quand tu es à la direction de ta marque ?


Le plus je m’enfonçais dans le monde d’autrui en tant que stagiaire, le plus je me sentais suffoquée et distanciée de mon monde à moi qui depuis toute petite ne veux qu’exploser! J’ai senti le bouillonnement pour créer et m’établir déborder, du coup j’ai décidé de rentrer à Beyrouth où j’ai grandi, pour reprendre à zéro.

Avoir du succès c'est dur partout, dans une entreprise, seule en auto entrepreneur, etc.. Je me suis dis que si je vais devoir travailler dur, autant le faire pour ma propre marque, c’est plus gratifiant pour moi.

Etre à la direction de sa marque est bien sûr plus libérant, je peux construire ma vision, j’ai toujours eu des projets en dehors de mes cours et de mes stages, j’ai commencé à créer des vêtements de mon côté et les vendre depuis que j’était ado du coup maintenant c’est mon full time job!


Comment pourrais-tu décrire Dala Eido ? Quelles sont les valeurs et l’identité propre à la conception de tes collections ?


L’authenticité, la transparence, l’innocence enfantine, le désire pure, l’intuition, la digestion du chaos… Je valorise la communication avec mes clients, les artisans et les couturiers avec qui je travaille, et l’environnement en pratiquant des techniques zéro waste et “sustainable”. Par contre, le fait que je travaille de manière “sustainable” ne définit pas l’identité de ma marque, je trouve que c’est une chose qui doit être normalisée chez toutes les marques.


Je n’ai pas vraiment de mots pour décrire mon esthétique, elle est juste visiblement la mienne, et résonne avec beaucoup de personnes très différentes, ce qui donne une dimension universelle à la marque. Je pense que ça vient de mon désir a écouter attentivement mon intuition.


Je travaille de manière cyclique, mes collections consistent de plusieurs pièces différentes prêt à porter et puis j’ai beaucoup de pièces uniques, fait de tissus limités ou puisé de mes pièces précédentes et des restes, je ne jette rien, j’accumule des tissus et je tisse un monde, avec des motifs, des imprimés des expérimentations qui reviennent de manière cyclique C'est clairement dans ce sens où se ressent l’approche "zéro waste".

Il y’a donc une continuité dans mes collections, incluant des pièces différentes qui partagent un ADN commun.



On ressent vraiment un engagement et une envie profonde de t’investir dans la marque Pourquoi est ce si important pour toi de créer ?


Je sens mes idées frôler ma surface, c’est vraiment important pour moi de les faire sortir... laisser les idées accumuler créer un capharnaüm dans ma tête (rires ndlr)

En grandissant j’ai toujours cru que l’art et la mode étaient des moyens de s’exprimer, ce qui est vrai, par contre j’ai réalisé plus tard, que comme on vit dans un organisme qui bouge, et qu’on est pas seuls dans ce monde, c’est très important de prendre en compte le cadre dans lequel naissent nos créations.

Les identités manipulées et la "hype" ne correspondent pas à ma marque. Pour moi c’est l’authenticité, la qualité, la durabilité, la continuité, la mutations des pièces différentes.. l’utilisation d’un langage qui se développe, qui murit, qui n’est jamais vraiment le même, mais qui a les mêmes racines qui expriment un cri commun.

Tout ça c’est important pour moi, du coup je prend mon temps pour le perfectionner.





Tu as donc eu l’occasion de travailler à New York, puis à Paris pourquoi avoir justement décidé de retourner et d’avoir ton atelier au Liban ?


Les designers Libanais très réputés à l’international comme Elie Saab, Zuhair Murad et Rabih Kayrouz ont tous des ateliers à Beyrouth, y retourner pour fonder ma marque m’a donc semblé être la chose la plus naturelle à faire.

Il y’a aussi une forte scène créative locale de marques jeunes et moins jeunes, très appréciées par le marché locale et étranger. Je voulais aussi travailler avec nos artisans locaux, et participer à la consommation et production locale


On connaît la situation actuelle au Liban, quel est le rôle et la place de la jeunesse créative à Beyrouth ?


La jeunesse créative doit continuer à travailler, collaborer avec les artisans locaux pour encourager la consommation, production et le talent locale, comme ça une fois que la situation se calmera ils pourront continuer à travailler.

Les anciennes générations libanaises n’ont jamais arrêté de travailler même durant la guerre civile, on est habitué! Notre pays a plein de ressources et notre jeunesse est tellement diversifiée et cultivée, on a beaucoup à dire et à exprimer vu que notre pays nous offre simultanément de la beauté et du chaos qu’on peut réorganiser à travers la création pour un future meilleur et de nouvelles opportunités !



Ressens-tu une nouvelle vague, un renouveau dont tu te sens partie prenante et dans lequel tu vois de l’espoir ?


Oui, je trouve que les jeunes marques libanaises sont très éco-responsables, modernes, recherchées, et peuvent montrer au marché international que même si on est plutôt connus pour nos marques de hautes coutures, on peut offrir des vêtements de prêt à porter pour tous les goûts. Je ressens un boom dans le monde de la mode qui produit et vend localement, ce qui pourrait renforcer encore plus le rôle de Beyrouth en tant que hub de la mode dans le monde Arabe futur...



Pourquoi devrait-on tous passer l’été au Liban ? Je suis à deux doigts de prendre mes billets là….


Plein de raisons!! Le beau temps, la mer, les plages de sable, les plages de galets, l’air frais des montagnes, la proximité des villes, mer, montagne, le pays est tout petit et change de quartier en quartier, de colline en colline de régions en régions!

Les rues pleines de bar, la cuisine libanaise, les gens conviviales, les soirées nombreuses, la générosité, l’histoire riche et diversifiée du pays, l’abondance des activités, le contraste du vieux et du nouveau, les maisons traditionnelles.. Tout le monde qui vient au Liban tombe amoureux du pays :)




Tu as beaucoup voyagé, qu’est ce qu’apportes ce sentiment de “citoyenne du monde” dans ton travail ?


J’absorbe mon environnement comme une éponge, j'observe et je réutilise.

Étant trilingue depuis l’enfance et être libanaise aide déjà beaucoup à bien absorber toute autres villes, vu qu’on a grandit entouré à la fois des cultures américaines, européennes, et orientales.


Tu fonctionnes avec de l'upcycling, en ré-utilisant des tissus de collections précédentes pour en créer de nouvelles, pourquoi la mode doit faire preuve d’une conscience écologique dans le futur ?


La mode est l’une des industries les plus polluantes du monde.. Il y a plusieurs raisons qui font que ce changement est nécessaire :

L’excès de tissus, spécialement les tissus synthétique, le polyester, l’excès de stock au sein des compagnies fast fashion qui accumule des tonnes de vêtements qui finissent par être brûlés, qui passent à la poubelle…

La grosse consommation de matières premières, un jean par exemple nécessite 7 500 litres d’eau pour être fabriquer

La forte émission de gaz à effet de serre ou encore la création de fibre micro-plastiques

C’est pour cela que ma marque est une marque slow fashion qui cherche en 3 mots à réduire, réutiliser et recycler.



Tu n’aurais pas 3-4 artistes libanais à nous partager ?


Nadine Labaki: Réalisatrice

Ma maman, Nada Eido: Peintre


"Ephémère" / "3 heures du Matin II" / "L'incertitude du Temps VII"

Issues de la série "Intervalle Fluide" par Nada Eido


Mashrou’ Leila: Groupe de musique



“Séance” par Laura Karam: Upcycling de meuble


Quelques tracks à nous faire partager aussi ?


Hmmmm... J’écoute plein de genres différents! Sur un coup de tête:


Midnight Summer Dream - The Stranglers



Wa Nueid - Mashrou’ Leila



The House Song - The Beta Band



Bitter Sweet - Roxy Music



Halo Of Flies - Alice Cooper



The Lady Don’t Mind - The Talking Heads



Risingson - Massive Attack



Autre chose à nous faire partager ? Artistes, photographes, musiciens etc.. ?


Trop dur de faire une sélection haha, sur un coup de tête, je suis fan de Pantera, Soko, Luchino Visconti, Wim Wenders, Robert Eggers, Louise Bourgeois…


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PRESENCE ON ARTS&PIECES


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