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  • cesarloubard

#EmilieDésir : The Message (Paris)

D'un clic dans le chaos peut naître la beauté, de la destruction extérieure né une nouvelle création, une image, comme un souvenir qui nous est offert. Le travail d'Emilie est de celleux qui excelle dans l'art de déceler la tendresse dans la souffrance, la tempérance dans l'intense et la jeunesse dans sa prétendue inconscience.


Ses photos sont précieuses car elles n'ont pas besoins de mots pour être ressenties et comprises. Les clichés toujours visent droit, frappent fort et touchent les cibles que sont nos sensibilités, nos âmes et nos coeurs.


Ce qui marque dans son travail, après ma modeste mais sincère interprétation, c'est la présence quasi-constante de la notion de combat, dans toutes ses formes. Que ce soit en manifestation Gilets-Jaunes, pendant la gay-pride, dans une manifestation féministe jusqu'à une photo de deux hommes qui s'aiment sereinement dans un appartement parisien, le combat n'est pas le même mais demeure.

Pas le même combat ? Une nuance s'impose, catégoriser les combats revient à les diviser. Quoi de mieux pour les "ennemis invisibles" d'avoir à défendre plusieurs petits combats plutôt qu'un seul uni ?

Dans mon inconscience ou dans mon utopie, les clichés d'Emilie me ramènent qu'à un seul combat, une seule idée ou un seul rêve et c'est celui de la jeunesse qu'elle évoque.


On a tendance à voir le combat comme un concept péjoratif, décadent et négatif alors qu'en lui se trouve de nombreuses réponses. Dans la rue ou en nous même, nous sommes toujours engagés dans une lutte nécessaire, bénéfiques et utile car tant qu'il y a un combat, il y a de l'espoir. Vous conviendrez, chers frères et soeurs que si il y a un scénario des plus apocalyptiques de nos vies, ce serait bien celui avec le désespoir en personnage principal qui remporterait la palme.


Aimant plus que quiconque les mots de mes cyber-invité.e.s, je me permet de leur voler leurs mots le temps d'une ligne.

"La rue te donne ta dose d’espoir nécessaire pour ne pas imploser." Oui Emilie, l'espoir est une drogue qui comme pour d'autres ne permet de ne pas imploser. Posons-nous donc la question cher.e.s lecteur.rice.s : Quel est votre shoot d'espoir ?


Dans l'intensité des warehouses ? Dans un livre de De Beauvoir ? Pendant un collage sur un mur ? Est-ce dans les bras d'un amant ? Ou dans ceux d'un.e autre ? Dans une foule qui se lève ? Dans un frère ou une soeur qui vous sourie ? Dans une poignée de main ? Devant le tableau offert de deux amoureux qui s'enlacent ? Dans le regard de votre mère ?


Même si les doses se font de plus en plus rare, il est important que les toxicomanes de l'espoir demeurent, se lèvent et s'éveillent. Quand tout semble perdus, quand vous implosez rappelez vous simplement que quelques gouttes d'élixir d'espoir suffisent..


Vous le savez ces shoots sont courts, passionnels, intenses et compactes et c'est heureusement juste le temps pour Emilie de "shooter" une photo, un espoir.

Dans les combats et dans la jeunesse, elle capture l'espoir et nous savons tous que c'est en eux que se trouvent le plus de doses.


N'implose pas tout seul ma soeur, mon frère, explose avec les autres.

Droguez vous à l'espoir.


Le combat continue tant qu'on est jeune, coupable et libre.


Emilie Désir pour Radio Loubard





Hello Emilie ! Prépare toi pour la psychanalyse…. On commence doucement : Comment ça va en ce moment ?


Hey César ! J’espère que tu vas pas trop me faire chauffer le cerveau. Ça roule plutôt bien, une rentrée qui se passe au mieux avec plusieurs projets à paraître prochainement.


Simple formalité journalistique mais néanmoins utile à nos cher.e.s lecteur.rice.s : Pourrais-tu te présenter ?


Je m’appelle Émilie, j’ai 33 ans, j’habite à Paris et je passe le plus clair de mon temps libre à prendre des photos. Ce qui m’a amené à travailler sur différents projets de livres et de fanzines avec notamment la maison d’édition Nuit Noire ou en auto-édition.



Nous échangeons donc entre amateurs puisque ni l’un ni l’autre ne sont des “professionnel.le.s” du secteur haha ! Tu me disais que tu concevais plutôt la photographie comme un épanouissement plutôt qu’un travail. Penses-tu qu’aborder cet art de cette manière permet de conserver une forme de liberté artistique ?


Effectivement, me concernant, je sais que le fait de rester amatrice, me permet de consacrer mon énergie, lorsque je suis off, à des causes ou des sujets qui suscitent mon attention et me tiennent à cœur. Mon épanouissement au quotidien découle directement de la photographie, et je ne souhaite pas perdre ce bénéfice en essayant de devenir professionnelle et perdre le goût de la photo à force de trop en faire au quotidien pour “ le travail”.



Tu me disais que tu aimais conserver et accumuler des choses et la photographie est à la fois le conservateur et l’accumulateur de souvenirs. Pas étonnant que tu aies choisi cet art là haha ! Est ce que la photo ne serait pas une façon pour toi de faire le parallèle entre matériel et immatériel, comme une mémoire concrète ?


Concrètement, les photos que je prends, que je garde et range précieusement, constituent ma mémoire. Je fais des photos en partie pour me rappeler, pour ne pas oublier. Conserver certains instants qui sur le moment me paraissent nécessaire d’immortaliser.


Accumuler peut avoir une connotation négative, ne pas choisir, ne pas renoncer, tout cela peut amener à un trop plein, à une incapacité d’abandonner, à un besoin de tout ou trop garder. N’est ce pas compliqué de pouvoir faire le tri d’émotions, de sentiments ou d’argentique…?


C’est vrai que ça peut paraître assez contradictoire pour moi de faire de l’argentique et de ne pas avoir le choix de faire le tri avant même de prendre la photo, sachant que j’ai un faible pour l’accumulation de souvenirs physiques. C’est peut-être un moyen de garder un équilibre dans ma vie. Où plutôt, je vais pas te mentir, c’est peut-être surtout par flemme de faire des editings infinis de photos numériques..!

Mais pour revenir sur les émotions, faire le tri avant de shooter c’est pas facile, et j’ai qu’une seule règle lorsque je shoote à l’argentique: si j’hésite à prendre une photo, je n'appuie pas sur le bouton.



Arrive donc le dilemme tragico-dramatique cornélien fatale ! N’est-ce pas trop dur de faire la différence entre le positif et le négatif, le nécessaire ou l’inutile, le bien et le mal ?


César ! Il faudrait faire une interview entière rien que sur ce sujet. Et à priori, c’est carrément subjectif, on a toutes et tous une vision différente de ces deux notions.

Mais pour parler du bien ou du mal, je suis le genre de personne assez tranchée. Et la notion de justice anime la plupart de mes journées. Ça peut vite monter en pression lorsque je suis confrontée à des scènes injustes au quotidien. Mais est-ce bien utile de s’insurger en continu, même si l’on estime que quelque chose est mal ? Ça peut aussi être contre-productif. Ça y’est tu m’as perdue..!



Bon bon, revenons à nos oignons photographiques si tu le veux bien ? J’aime beaucoup ton travail parce que je trouve que tu arrives à capturer un moment de beauté dans une situation censée prôner l’inverse comme dans une manifestation par exemple! Que cherches-tu à faire lorsque tu shoote ?


En ce qui concerne les manifestations, honnêtement, je ne cherche pas à faire quelque chose de précis. Je fonctionne à l’affecte, je me laisse déambuler et me laisser guider par l’émotion, c’est l’émotion qui me fait appuyer sur le bouton. Que ce soit, de la peur, de l’espoir, de la détresse ou de la joie. Ces émotions sont variées et souvent intenses. Et figures-toi qu’il y a beaucoup de beauté en manifestation, les gens qui luttent en premier lieu ! C’est sans doute cette beauté que tu perçois, plutôt qu’une esthétique froide, je vais essayer de capter une atmosphère, des moments assez furtifs, j’observe beaucoup les manifestant.es , leurs gestes, leurs sourires, ce qui émanent d’elleux est extrêmement touchant.




A quel moment te sens-tu heureuse lors de tes sessions photographiques ?


Dans la photographie y’a un côté très perso, t’es plus ou moins seule, y’a toi et ton appareil, et ce qu’il y a en face. Mais en manifestation, c’est différent, tu n'es jamais seule, même si le fait de photographier est censé t’isoler. Tu tombes toujours sur un.e pote, manifestant.e , photographe ou passant.e, et ce qui me rend heureuse c’est ça, c’est le contact avec les autres, tu retrouves un peu ton humanité dans une manifestation. C’est comme si d’un coup le filtre de la ville disparaissait, on redevient humains, des humains qui ne sont pas réduit à des codes que la société nous dicte pour nous mettre dans des cases. Ce qui nous définit en tant qu’humain, il me semble que c’est en partie la communication. Et on oublie beaucoup de communiquer aujourd’hui. Ce qui me rend heureuse, ce serait sans doute ça, retrouver mon côté humain, en tissant des liens avec des inconnu.es.




Lorsque l’on défile sur ton compte Instagram, on passe d’une bouteille de Ricard, à un jet de lacrymo, à deux femmes sur un lit devant une fenêtre d’un appartement parisien à des CRS prêt à charger. Pour moi, j’ai l’impression que tu captures l’ensemble d’une certaine génération. Pourquoi est-ce important pour toi d’avoir cet éclectisme dans ta proposition artistique ?


Tu me donnes la sensation d’avoir mieux analysé mes photos que moi même. J’essaye à vrai dire de ne pas rester sur mes acquis, j’aime découvrir ce qu’il se passe autour de moi, essayer tant que possible de vivre avec mon temps et d’essayer d’évoluer avec. Le monde évolue vite, il est important selon moi d’être à son écoute.





Tu me disais que tu étais actuellement en dé-construction. Comment en es-tu arrivé à cette phase de dé-construction ? Que signifie-t-elle pour toi ?


Cette phase de déconstruction à commencé à opérer récemment, avec les collages sauvages des collages féminicides paris ( insta: collages_feminicides_paris ), j’ai commencé à les voir un peu partout à Paris à partir de septembre 2019 environ si ma mémoire est bonne. J’ai voulu retrouver qui faisait ces collages, et par le biais d’instagram je me suis retrouvée à découvrir plusieurs comptes féministes militants intersectionels plus intéressants les uns que les autres ( insta : irenevrose, mecreantes, tal.madesta, preparez_vous_pour_la_bagarre pour ne citez qu’elleux ) . Avec le premier confinement de mars 2020, j’ai eu du temps à y consacrer pour m’informer à ce sujet et réfléchir à ma condition de femme dans ce monde, et c’est pas de tout repos, quand on a vécu pendant 32 ans bien ancrée dans le patriarcat.




Tu me disais qu’il y avait souvent des femmes en tête de cortège et que tu les admirais particulièrement. Que représente-t-elle pour toi ?

Il y a en régulièrement, et plus qu’on pourrait le croire. Je les admire énormément, bien qu’elles ne soient pas plus vulnérables que quiconque dans cette configuration précise. Le bloc est une entité à part entière. Chacun.e est au service de l’autre, comme une chaîne, chaque maillon à son importance capitale. Femme ou homme, il n’est pas question de genre.


Ce que j’ai adoré lors de notre appel, c’est l’amour inconditionnel que tu portes à ton travail. C’est un amour sincère et je trouve cela extrêmement précieux. Qu’est ce qui fait que cet amour perdure autant ?


Je ressens beaucoup de bonheur et de plaisir à prendre des photos, comme je te l’ai dit lors de notre appel, je prends autant de plaisir à photographier un veau dans la brume, que le black bloc dans les lacrymos. C’est clairement pas la même émotion, mais la concentration est la même et le plaisir de shooter est équivalent. Au final je prends même plus de plaisir à shooter que de découvrir les photos. J’adore ces moments privilégiés avec les sujets que je cadre, où j’essaye au maximum de me connecter avec.



Alors, je te pose la question qui t'énerves mais qui fera office d’une réponse globale à tous ceux qui te l'ont posée et te la re-poseront. Emilie, mais enfin, pourquoi tu vas encore en manif ? T’en as pas marre à la fin ?


Haha César merci de mettre les pieds dans le plat. C’est une bonne question, on peut imaginer qu’on finit par se lasser d’aller en manif, de faire les mêmes trajets, d’entendre les mêmes slogans scandés par en partie les mêmes personnes, il y a une sorte de routine en manifestation c’est clair. Plusieurs fois j’ai eu la flemme d’y aller, ou même je ressentais ce sentiment de résignation et je pouvais me dire “ à quoi bon ? “. Et pourtant la rue finit toujours par m’appeler, je n’arrive pas à ne pas y aller, je suppose que c’est un bon indicateur. J’en ai marre parfois, mais une fois que j’y suis je me rappelle pourquoi j’y vais. La rue te donne ta dose d’espoir nécessaire pour ne pas imploser.


Tu me disais que d’aller en manifestation te transcende et que c’était une forme de thérapie. A part ces arguments déjà très solides, pourquoi devrait-on venir avec toi pour une prochaine manif ?


Pour se faire sa propre opinion. On a toutes et tous cette possibilité aujourd'hui, de s'informer à la source. Aller dans la rue demande un investissement personnel, mais finalement ce n’est pas pire que d’aller faire du shopping à Châtelet ( le pire des endroit à Paris ) un samedi aprem, dans les deux cas c’est éreintant et blindé de monde, par contre aller manifester ça ne nourrit pas le capitalisme mais ton cerveau. La rue n’est qu’un moyen parmi d'autres de militer, mais y descendre est un bon départ pour se sensibiliser, pour s’ouvrir aux autres, pour comprendre les gens qui n’ont pas le même quotidien et donc pas les mêmes raisonnements.

On essaye en permanence de nous diviser et le pire c’est que c’est tellement bien fait qu’on ne s’en rend même pas compte. Les yeux se détournent des sujets qui fâchent, les consciences s'éteignent car la réalité est trop brutale, on baisse les bras par dépit ou résignation, et surtout par individualisme. Aller dans la rue permet de renouer avec ces notions qui me semble primordiales : la solidarité, la bienveillance, l’écoute et le partage.




Un souvenir marquant d’une manif ?


C’était le 16 mars 2019, un samedi de Gilets Jaunes, vraiment énervé, on était sur les champs elysées, ça cramait de partout, le fameux jour du Fouquet’s qui a été pillé et brulé. Et c’était le cas de tous les magasins de l’avenue, dont le Bulgari, qui a été totalement vidé malgré les imposantes palissades de métal installées ce samedi en prévision. Et je me retrouve là, au bout de 2 ou 3 heures sur place, au milieu des champs, comme paralysée par la peur, à ne plus savoir où aller, y’avait de la fumée noire et des lacrymos partout autour de moi, des hurlements des manifestant.es et des forces de l’ordre. Des blessés un peu partout, un homme allongé au sol qui venait de recevoir un tir de lbd à l'œil et qui était en train d’être secouru par des medics en train de lui bander le visage. C’était la première fois réellement que je ressentais cette détresse monter en moi en manif. Et là, au pic de l’angoisse, comme un ange tombé du ciel, mon ami Adnan Farzat, rencontré en manif d’ailleurs, pose sa main sur mon l’épaule, et me demande “ ça va ? “. Il m’a pris sous son aile l’heure qui a suivi, il m’a pas lâché d’une semelle. C’est ça les manifestations, t’es jamais seul.e. Y’aura toujours quelqu’un.e pour veiller sur toi.




Aurais-tu 3-4 artistes à nous faire découvrir ?


Mon énorme crush photographique de ces derniers moi c’est le compte d’une femme géorgienne photographe, Natela Grigalashvili.

Je suis aussi très fan du travail de Cha Gonzalez, allez absolument découvrir son compte instagram si vous ne la connaissez pas encore.


3-4 sons ?


Westbam feat Richard Butler - You need the drugs

Rare Bird - Sympathy

Sad Lovers & Giants - Colourless Dream

Sixth June - Call me



Autre chose à nous faire partager (Livres, Films, Documentaires etc…)?


Documentaire à voir impérativement :

  • La Stratégie du Choc , tiré du livre de Naomi Klein

  • L’homme qui à mangé la terre, docu Arte

  • Propaganda la fabrique du consentement ent , docu Arte

Le film :

  • Un pays qui se tient sage de David Dufresnes

Livres:

  • Tract de Barbara Stiegler : De la démocratie en pandémie

  • La trilogie du Comité Invisible : L’insurrection qui vient, Maintenant, À nos Amis







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