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  • cesarloubard

#JAËSS : The Message (Paris)

Mis à jour : oct. 28

Jaëss est visiblement un acharné. Vous découvrirez à travers ses lignes et ses mots la nature et la genèse de cette volonté suprême qui l'a toujours guidé.

Mais qu'est ce que l'acharnement? Celui qui dans le jargon médical peut même résister à la mort ? Cette ardeur furieuse, émanant d'une addiction à la lutte, à l'effort, à la poursuite aveugle de nos valeurs prend un sens éclatant de vérité dans le milieu de la culture actuellement.


Cette crise que vous pouvez appeler sanitaire, politique, sociale impose un acharnement brutal contre une grande partie des acteurs de la précieuse scène culturelle française. Beaucoup partageraient les mots de Churchill qui ne se sont pas érodés avec le temps :

"Construire peut être le fruit d’un travail long et acharné. Détruire peut être l’oeuvre d’une seule journée.”

Ce sentiment est injuste, est impure, émanant d'une conquête devenue absurde lorsque ce qui "a été" ne sera plus. Pire encore qu'une destruction en une journée, la crise du Covid étend le supplice dans la longueur, se balançant entre espoir et déception ou entre résilience et détermination.


Et c'est sur ce mot que le renouveau peut enfin se dessiner. Contre tout acharnement, la meilleure des réponses est l'acharnement. Car il en faut de la conviction pour subsister en tant qu'artistes, collectifs, ou clubs, et c'est faire preuve de ténacité que de ne pas abandonner dans le désir de réinventer ce que la culture sera demain.

L'acharnement est le fruit d'un combat contre le monde, contre les autres ou contre vous même et plus que jamais une opposition brutale s'obstine face à une résistance nécessaire.

Nous devons incarner cette résistance, avec chacun ses moyens, chacun ses armes et la culture a toujours été le moteur de cette résistance. La tuer c'est nous désarmer tous, défendons-là avec l'ardeur et l'amour qu'on lui porte.


Nous avons le même âge avec Jaëss et voir son envie et sa volonté m'est des plus inspirantes et motivantes. En espérant que nous partageons, chers lecteu.rice.s ce désir de se mettre à la hauteur de nos ambitions.


En attendant, découvrez l'interview du dernier né de Possession à la production intense et aux styles inimitables:


Jaëss pour Radio Loubard




Hello Jaëss ! Très heureux d’avoir de la jeunesse déterminée sur Radio Loubard! 

Merci à toi pour cette interview ! 

Comment s’est passé cette année un peu spéciale pour toi ?

Étonnamment, malgré le Corona, 2020 aura été une année vraiment superbe pour moi, autant au niveau accomplissements qu’au niveau rencontres et expériences.

C’est ma toute première année dans le monde de la techno, et j’ai commencé à bien faire découvrir l’univers de Jaëss, avec un style pas tout à fait commun, mais qui, d’après les retours, à l’air de bien plaire ! J’en suis vraiment très heureux.

J’ai aussi eu l’honneur de faire mes premières scènes en me lançant avec le closing de la Possession du 18 septembre dernier, et une seconde à Berlin en octobre.

À côté de ça, je suis justement rentré dans la team Possession, qui est vraiment une belle team, avec des gens vraiment talentueux et passionnés du milieu. 

Les rencontres artistiques qui ont suivi m’ont aussi beaucoup apporté humainement. 




Même si on a l’impression que tu sors de “nulle-part”, tu as un parcours dans la production musicale assez large et éclectique. Pourrais-tu nous en parler ?

J’ai commencé la composition sur ordinateur à 13 ans, inspiré par Stromae et ses « leçon de Stromae ». C’est un domaine qui m’a tout de suite donné envie. 

J’ai débuté dans le milieu du rap. J’ai eu à un certain moment un collectif de beatmaker qui fonctionnait plutôt bien ! Je bossais avec des artistes comme la MZ (gros love aux connaisseurs).

Après le lycée j’ai dérivé sur un style carrément électro, en délaissant le rap. C’était plutôt très chill soyons honnêtes... Jusqu’à il y a deux ans où j’ai fait ma première soirée techno, c’était une Possession, et forcément j’en suis vite tombé amoureux.

Je n’ai pas exploré ce milieu-là de suite, mais ça n’a pas trop tardé pour que je m’y intéresse ahah ! J’ai vite ressenti le besoin de faire de la musique qui bouge un peu plus !

Ton histoire s’entrecroise souvent entre concours de circonstances et hasard bénéfique haha! Comment vois-tu justement ce passé et l’aboutissement de tout ça à présent ?

J’ai toujours aimé travailler beaucoup la musique. Je savais que quoi qu’il arrive, c’était dans ce domaine que je voulais travailler, en tant qu’artiste ou non d’ailleurs. Pendant le lycée, à l’époque du rap, j’avais eu une proposition de contrat mais j’avais été obligé de refuser à cause du bac.

Après le lycée j’ai été contraint de continuer mes études, ce qui n’était pas mon souhait. Ça ne collait pas du tout, quand je rentrais de cours je ne faisais que de la musique en délaissant complètement ce que j’avais à faire pour les cours. Ça a duré deux ans, avant que je puisse enfin suivre mes envies, et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à bosser comme un acharné, jour et nuit.

À ce jour, mon aboutissement est d’avoir pu suivre à 100% mes envies, d’avoir eu la chance et le courage de pouvoir me jeter dans le vide en arrêtant tout pour la musique. Mais ce n’est qu’une première étape. J’ai conscience que la route est encore longue et qu’elle est loin d’être tracée ! 

Toutes mes années passées m’ont permis de me rendre encore plus compte qu’aujourd’hui j’ai la chance de faire ce que j’ai toujours voulu faire, tout en ayant travaillé et pris beaucoup de temps pour en arriver là, c’est une grosse source de motivation. 



@nightmess

Tu n’as jamais lâché l’affaire et a toujours eu une confiance en ton travail malgré tout ce que “se lancer à 100%” peut induire actuellement. Tu as toujours eu ce sentiment ?

Ce sentiment qui m’a permis de me lancer à 100% n’est arrivé qu’au même moment que la techno dans ma vie. 

Cela a vraiment été quelque chose entre moi et moi-même. Je découvrais la techno, je n’avais absolument rien fait dans ce style, et je n’avais pas encore commencé à l’expérimenter. 

Pour autant je sentais que j’avais quelques choses à faire là-dedans. Je m’y suis trouvé à 100% et je savais que pour me lancer professionnellement dans ce style, il fallait tout lâcher pour avoir beaucoup de temps à y consacrer. Il y a quelque chose en moi qui me poussait à le faire les yeux fermés.

Et fort de ce sentiment, un jour je suis rentré de la fac de droit, je m’étais mis à faire de la musique, et à un moment j’ai coupé le son et je me suis dit que je devais suivre ce que je voulais profondément.

J’ai réfléchi peut-être 45 secondes à ce que cela allait impliquer, puis j’ai envoyé un message à ma mère pour lui annoncer que je n’allais pas retourner en cours et que je me lançais officiellement dans la musique. 

J’ai fixé le mur en face de moi pendant 5 minutes dans le silence le plus total et puis j’étais reparti, encore plus motivé ahahah.

Tout cela pour dire que le sentiment de vouloir se lancer à 100% est vraiment un sentiment que l’on ressent. Cela ne peut pas s’inventer ou sortir de nulle part. 


Heureusement que tu as quitté la fac de droit! Même si je suis sûr que tu aurais eu beaucoup de style en robe de magistrat... D’ailleurs en parlant de style, comment pourrais-tu définir le tien ?

Je n’avais jamais réussi à caler ce que je faisais dans un style déjà existant. Au travers de Jaëss, il y a des nouvelles sonorités, il me fallait un style qui fasse le pont entre tout ce que cela réunissait. C’est une musique très actuelle à l’image de notre nouvelle génération. Voilà pourquoi « NEWTRANCE ».

Globalement, la Newtrance c’est un mélange de techno, de trance et d’acid. Du gros kick, de la mélodie à foison, des vocaux, des Fx etc. Ce qui prime avant tout c’est l’émotion et le voyage proposés par chacun des morceaux.




Tu n’es pas DJ et te produit exclusivement en live. Qu’est-ce qui va justement plus te séduire dans cette approche de la performance et de la scène ?

J’aime beaucoup le côté artistique d’un live, car il faut déjà le composer en amont mais aussi parce que je suis avant tout un compositeur. 

Le live est clairement l’outil parfait qui me permet de passer de la composition des morceaux dans mon studio à leur interprétation sur scène devant un public. 

Très honnêtement, je pense qu’être devant des platines m’ennuierait fortement. Le live est vivant, si tu le délaisses un instant, tu laisses tourner une boucle de quelques secondes. Il faut toujours être bien présent.

Aussi, le live laisse une part énorme à la créativité et des interprétations toujours différentes.

Évidemment, il y a une ligne directrice pour le set. Mais il y a à côté de ça une liberté énorme de pouvoir en faire ce que tu veux à tout moment. 

Étonnamment, j’aime aussi beaucoup le risque qu’il y a de jouer en live. Une mauvaise touche, une mauvaise action et tout peut dérailler. Ça pousse à connaître parfaitement ton matos. En live, rien n’est assuré, c’est à l’artiste de réussir à faire en sorte que tout soit carré de la première à la dernière seconde.

Les artistes techno faisant du live sont de plus en plus rares, encore plus pour ce qui est de la jeune génération. Est-ce que tu trouves ça dommage que les producteurs délaissent un peu cette partie ?

Je ne dirais pas que c’est dommage. Chacun peut exprimer son côté artistique par le moyen qu’il souhaite. La finalité de tout ça est de faire kiffer le public qu’il y a en face de toi. 

En plus de ça le live est plus contraignant puisqu’il faut ramener ses machines. 

Je pourrais parler d’ailleurs aussi du prix des machines en elle-même ! Ça coûte cher de bien s’équiper et tout le monde n’a pas les moyens d’avoir du matos pour le live à cause de ça. 

Le seul moment où je trouve ça dommage c’est quand certains artistes ayant les moyens et l’envie ne font pas de live juste parce que c’est plus facile d’être DJ. Si tu réfléchis comme ça, je pense que le live ne te mérite pas. 

La musique, c’est un domaine compliqué et qui demande beaucoup de travail. Il faut être motivé quoi qu’il arrive.




Tu as pu te produire pour la première fois en live au closing de la Possession! Comment s’est passé la connexion sachant que tu n’avais jamais joué auparavant ? Et entre nous, pas trop stressé sur scène...?

J’ai eu la chance, avec les morceaux que j’ai sortis, de faire connaître un peu mon nom dans le milieu pro. La team de Possession connaissait déjà mon style et il y avait déjà un podcast qui attendait de sortir à ce moment-là.

Mais ça a vraiment été un gros pari de leur part et je leur en suis vraiment reconnaissant. 

Je n’avais rien fait avant et ils m’ont accordé une grande confiance en me plaçant directement sur le closing. 

Dans ma tête, je me devais de tout casser et de faire en sorte que la première date ne passe pas inaperçue! J’ai beaucoup bossé la semaine précédant la date. Je me souviens que le mardi était la journée compo et j’ai composé presque 8 nouveaux morceaux ce jour-là ! J’avais une détermination incassable ahah.

Le jour J, presque toute ma team de potes était présente. J’avoue que je voulais leur montrer de quoi j’étais capable. 

Les deux ou trois heures avant le set j’avais un peu de stress et d’appréhension, car il y avait du monde à faire danser. Mais honnêtement, au fond de moi, j’étais confiant, je savais ce que j’avais préparé. 

20 minutes avant, lorsque je me suis installé sur scène pour préparer mon matos, j’ai vu toute la foule qui était présente et j’ai croisé pas mal de regards dans le public de personnes qui me faisaient comprendre que ça allait être incroyable ! Très vite mon stress s’est complètement envolé, et très étonnamment, j’étais hyper détendu au moment de commencer. 

1h30 plus tard, je ne voulais déjà plus quitter la scène. 


@nightmess


Le fait que tu ne viennes pas depuis 10 ans de la scène techno et que tu ne sois pas un aficionado inconditionnel de cette musique étrange apporte forcément une différence à ton travail. Qu’est-ce que le fait de ne pas avoir d’influence majeure dans ce genre musical peut amener à tes productions?

Je pense que souvent, quand on commence un style de musique, on a tendance à s’appuyer sur ce qu’on connaît de ce style. Beaucoup pensent qu’il y a des règles à suivre pour réussir. Forcément quand on n’écoute pas de techno on ne connaît pas la techno. 

Quand je me suis lancé, la seule règle que j’avais en tête était le four on the floor, 4 kicks sur les 4 temps. 

À partir de là, j’étais libre pour tout le reste. Je me suis écouté moi-même avant d’écouter les autres. C’est ce qui fait que j’ai pu explorer mon style et créer une patte qui était 100% moi.

J’avoue que depuis je n’ai pas écouté plus de techno que ça, alors je ne connais pas encore grand chose de ce qui se fait à côté. Je préfère rester avec ma définition de la techno.



Tu me disais que tu ne te considérais pas comme un artiste underground quand la fatalité qu'être un artiste techno imposerait. Quelle est ta vision de tout ça et pourquoi ne pas vouloir te reconnaître comme tel ?

J’ai l’impression qu’aujourd’hui il y a un gros clivage entre ce qui est underground et ce qui ne l’est pas. C’est bien dommage car il y a de bonnes choses à prendre des deux côtés. 

Pour ma part, je rêve de beaucoup de choses dans la techno. Dites-vous qu’en France on a des salles comme Bercy ou encore des zéniths et qu’on y fait toujours rien, quand bien même la scène techno devient de plus en plus populaire. 

À côté de ça, je pense qu’il faut surtout ouvrir les yeux sur la situation actuelle. La techno est et devient de plus en plus mainstream. Elle fait partie des styles les plus écoutés, on voit de la promo partout sur les réseaux, les grosses soirées ne sont plus cachées, etc. 

Je pense qu’il n’y a que l’ambiance qui est underground.

En ce qui me concerne, je n’ai jamais été underground. De toute manière avec ces idées-là on ne peut pas l’être. Je n’ai absolument pas envie de m’enfermer. En ne me considérant pas comme underground, je reste libre de tout. 





Jaëss dans 3 ans il fait quoi ?

Dédicace à Fort Boyard, toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort.

Je vais garder mes envies les plus folles pour moi, mais je dois avouer que j’imagine de belles grandes choses pour plus tard. Peut-être parfois de trop grandes choses mais c’est ce qui me pousse à me dépasser encore plus chaque jour pour essayer de m’en rapprocher le plus possible.

Tout ce que je veux, c’est de continuer à faire danser le public, qu’on kiffe tous ensemble et qu’on pousse la techno au plus haut. 


Tu as donc signé chez Possession pour le booking mais reste indépendant pour le reste. Quels sont les nouveaux projets en cours ? A la fin du mois de novembre on fêtera la première année alors je compte bien sortir quelque chose, mais je n’ai pas encore trouvé le format.  À côté de ça il n’y a plus de soirée, donc les projets à venir concerneront principalement des sorties de tracks, principalement sur ma chaîne SoundCloud (et les plateformes) car je travaille assez peu avec des labels.  Il y a deux trois VA qui arriveront dans les jours/semaines à venir,  notamment avec des sorties en physiques et digitales.  Pour être honnête j’ai un gros stock d’unreleased qui grandit de jours en jours alors les sorties ne vont pas arrêter ahah ! 


Tu veux faire une dédicace à la Skyrock en 2009 ? Évidemment ! Grosse dédicace à ceux qui suivent de près ou de loin le projet Jaëss, à mathilda et Anne-Claire pour possession, aux artistes que j’aimerai bien citer mais il faudrait une autre interview pour ça, et aux copains toujours fort présents ! 


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