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#MaisonMourcel : The Message (Paris)

Concevoir le monde contemporain dans sa dimension présente et surtout dans sa construction future, ne pourrait se faire sans le mot "autrement". Le Covid-19 nous a tous forcé à concevoir nos relations sociales autrement, à travailler autrement, à inévitablement entrevoir autrement cet autre monde.

J'ai personnellement aimé la mission de Maison Mourcel, centrer autour de l'idée de "créer autrement". Frappant d'un élégant réalisme moderne, la situation actuelle, en plus de nous forcer à générer un spectre de pensée différent, relève également d'un besoin irrépressible de redoubler de créativité. Que ce soit dans l'art, l'architecture, le supply-chain, tout est amené à une remise en question dont la réponse viendra de notre capacité à insuffler une créativité en phase avec ses réalités futures.


Cette créativité moderne nécessite de donner l'existence à quelque chose qui n'existait pas encore, éventuellement à partir d'autres éléments. L'ancien monde est mort et nous offre la possibilité de tout réinventer à partir d'autres éléments. Quoi de mieux que le up-cycling pour jouer le rôle de cette renaissance possible ? Que ce soit dans les choix artistiques, éditoriales, éthiques et morales, vous découvrirez dans les lignes qui suivent une cohérence indéniable de Maison Mourcel avec sa génération et dans son époque.


Et puis pour le prouver, rien que le système solaire aurait été créé à partir d’un nuage interstellaire principalement composé d’hydrogène et d’hélium. Vous conviendrez, cher lecteu.rice.s que, si avec un tee-shirt de football on peut faire un corset, Maison Mourcel a de quoi faire tout un monde!


Maison Mourcel pour Radio Loubard


Hello Lucie ! Très heureux de te recevoir sur Radio Loubard, comment se passe ce re-confinement ? 


Très bien, je continue d'avancer comme je peux pour faire grandir mes projets dans ce contexte particulier, #forceauxartistes !


Pourrais-tu nous parler de la genèse de Maison Mourcel ? Et de ses différentes étapes de progression ? 


Depuis toujours, je porte une attention particulière aux vêtements de seconde main, j'aime chiner mes vêtements en friperie, brocantes/puces et trouver des pièces uniques.

Lorsque j’ai commencé à me lancer dans la création de ma marque il m'est apparu naturel de me tourner vers l’upcycling afin de donner une nouvelle vie aux vêtements de seconde main, trop souvent mis de côté. Je n’ai à vrai dire jamais envisagé de faire ce métier d’une autre manière.

Aujourd'hui, à travers mon projet, je souhaite encourager une autre forme de production, une autre manière de consommer. En moyenne, un vêtement est jeté après avoir été porté environ 7 à 10 fois, nous pourrions presque habiller la planète entière avec toute cette matière inutilisée, ajouté à cela, la sur-production des grandes marques au moindre coût ( fast fashion), l'industrie de la mode est une des plus polluante de la planète. Face à ce constat sans appel, j’ai souhaité à travers Maison Mourcel, revendiquer l'art de créer autrement, et de faire d'un vêtement dont on ne veut plus, un vêtement unique et désirable.



Comment pourrais-tu décrire l’univers de la marque ? Quelles sont ses valeurs ? 


Maison Mourcel, fondée à Paris en 2018, est à la fois masculine et féminine. Elle prend sa source dans la volonté d’abolir les distinctions de genre, de groupes sociaux, musicaux ou vestimentaires. En inventant de nouveaux symboles, Maison Mourcel revendique avec humour l’appartenance à des communautés fictives.


Ses collections engagées de pièces uniques sont constituées à partir de matières et de vêtements recyclés provenant de seconde main : donations, marchés aux puces, brocantes et friperies.


En leur donnant une nouvelle vie par le détournement, la customisation, la création de motifs, le jeu de combinaisons et d’accumulations, une nouvelle identité est donnée aux vêtements. Les motifs choisis signent une appartenance où le dessin contemporain modifie l’histoire du vêtement et le rend intemporel.

Maison Mourcel crée des collections en collaboration avec des artistes provenant de milieux très différents : graphistes, peintres, musiciens, danseurs... afin de promouvoir leur travail et d’accueillir l’expérimentation et la confrontation des disciplines artistiques.




Il y a une dimension clairement engagée qui se ressent et que vous énoncez clairement. Penses-tu que le choix d’une direction éditoriale et créative fidèle à ses valeurs est devenue inhérent au métier de créateur aujourd’hui ? 


J'ai grandi dans une famille où la durabilité était une évidence. Ma mère était une pionnière sur la scène de la mode éthique et durable et j'ai été très tôt sensibilisée au terrible impact de la mode rapide. Par conséquent, lorsque j'ai créé ma marque, je n'ai pas réfléchi à deux fois aux matériaux que j'utiliserais : ce serait des vêtements recyclés.


J'aime penser que tôt ou tard toutes les marques seront dans l’obligation de contrôler leur impact sur l'environnement et de respecter les droits des travailleurs : les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés et j’espère que nous utiliseront de plus en plus notre pouvoir d’achat pour encourager ces industries dans une voix plus éthique.


On peut évidemment parler aujourd’hui de « tendance » ou « d’effet de mode » pour certaines marques qui sortent des collections « conscious », mais à mon sens il n’y a pas de retour en arrière possible. Aujourd’hui via les réseaux sociaux, l’information circule très vite, le public est rapidement informé de ce qu’il se passe dans le monde, le bon comme le mauvais. Notre génération revendique le droit à être informé sur ce qu’il consomme. Une fois alertés, les consommateurs sont donc conscients de leur impact.

Le choix d’une direction éditoriale emprunte de ces valeurs implique donc un bouleversement de la manière de créer ainsi qu’une réorganisation d’une grande partie de la chaîne d'approvisionnement, beaucoup de grandes marques ne sont qu’au début de ce cheminement, mais rien n’est impossible !





D’ailleurs, qu’est ce que signifie plus largement pour toi, créer autrement ?


Créer différemment pour moi c’est créer à partir de ce qu’on a déjà, réparer c’est aussi créer. J’ai le sentiment que de plus en plus de personne désire se différencier grâce à cette autre manière de créer. C’est pour cette raison que je confiante sur l’avenir de l’Upcyling. Le vrai luxe à mon sens est d’avoir entre les mains des pièces uniques, faites à la main avec des savoir-faire spécifiques.

J’essaye toujours de garder en tête cet objectif premier qui est le mien, de redonner une histoire au vêtement. C’est pour cette raison que je produis peu et seulement des pièces uniques. Je suis de toute façon plus inspirée par cette façon d’opérer. Redonner du sens aux vêtements m’inspire.

Recycler est pour moi un avantage et non une contrainte que je m’impose. Il s’agit pour moi d’une source de matière et d’inspiration infinie.


Que ce soit de genre, de mannequins ou à travers vos vêtements, l’idée d'identité revient souvent! On a tendance à dire que ce que l’on porte reflète le choix d’une identité, que souhaitez-vous que ressente les personnes qui portent vos créations ? 


Chaque modèle que je choisi pour porter mes créations sont sélectionnés pour leurs personnalité, leur force, leur art. Je veux refléter ce qu’ils sont à partir de mes vêtements et non les façonner à mes produits, c’est le cheminement inverse qui se produit.


Pour moi il s’agit réellement d’une collaboration horizontale avec le modèle, même s’il s’agit d’un shooting pour ma marque, je veux que la personne s’exprime à travers le vêtement porté et se l’approprie. Je ne suis pas à l’aise avec le concept du « mannequin cintre ». Souvent, les modèles que je choisis, sont des artistes eux-mêmes et j’apporte une attention particulière à la promotion de leurs disciplines artistiques.





En réconciliant contemporain et intemporel est-ce qu’il n’y aurait pas une forme d’hybridité qui s’installerait dans vos vêtements ? Qu’est ce que l'hybridité peut montrer aujourd'hui pour vous ? 


L’hybridité fait partie de la genèse de mon projet. Il existe encore aujourd’hui un réel cloisonnement des vestiaires masculins versus féminin. Ces distinctions de genre dans les vêtements m’ont toujours dérangé. Cette déconstruction m’intéresse et m’inspire. Dans mes créations je combine donc des vêtements dit traditionnellement « masculins » avec des pièces phares du vestiaire « féminin ».


C’est dans cette optique que j'ai décidé de créer des Corsets « sport ». Associer des t-shirts de football, souvent synonymes de transpiration, loin de l'univers sexy des corsets ultra féminins, pour faire émerger une pièce hybride montre que la réunion de deux vestiaires opposés est possible et même intéressante. Je veux sublimer toute sorte de vêtements, mêmes ceux que l'on ne souhaite pas porter au quotidien et qui sont à l'origine destinés à des occasions particulières.





Vous vous affranchissez de certains diktats de la mode et offrez une vision libre de ce qu’un groupe social, musical ou vestimentaire doit être. Est-ce qu’on pourrait donc dire que vous n'appartenez à aucune communauté…? 


En effet, tout mon travail consiste en la transgression des barrières sociétales visibles sur les vêtements que l'on choisit. Je ne veux pas m'identifier à un quelconque groupe ou communauté ou que mes vêtements ne soit portés que par un certain « type de personne ».

Je souhaite vraiment qu'à l'avenir, chacun puisse s'exprimer et s'habiller comme il l'entend sans suivre des tendances restrictives !


Vous vous appuyez et co-créer avec d'autres artistes issues de disciplines artistiques différentes. C'est important pour vous d'apporter des collaborations dans votre travail ? 


J'aime créer des collections en collaboration avec des artistes provenant de milieux très différents : graphistes, peintres, musiciens, danseurs... Mon désir est promouvoir leur travaux et d’accueillir l’expérimentation et la confrontation des disciplines artistiques, c'est pour moi la plus belle des manières de créer et celle vers laquelle nous devrions tendre d’avantage.



On a pu vous voir porter par Angèle ou encore Joanna! Comment s'est passé la mise en contact et est-ce qu'on aura l'occasion de voir Maison Mourcel porté par d'autres bientôt ?


Je suis en effet très heureuse d'avoir pu collaborer avec plusieurs artistes influentes. C'est toujours agréable de voir ses créations portées en mouvement, sur scène, par des performeurs/euses. Ma dernière collaboration en date était avec la chanteuse Poupie pour son dernier clip « Feu », la combinaison qu'elle porte est une de mes créations.




Qu'est ce que la crise actuelle a pu changer pour vous ?


Pour les créateurs, cette crise nous aura permis de démystifier le concept de « saisons », je pense que les créateurs seront moins complexés à sortir leurs collections lorsqu'elles sont terminées et non pour répondre à l'urgence d'une prochaine tendance . La pression des saisons était à mon sens contre créative et destinée à favoriser la consommation.


Certains designers de renom se sont réunis à cet effet pendant le confinement et désirent dans l’ensemble se tourner vers un rythme de production plus humain. C'est un changement général, réclamé dans toutes les grandes villes de mode (Milan, Paris, NYC….), si la crise du Covid 19 fut certes dévastatrice à bien des niveaux, elle permettra peut être des changements bénéfiques dans l'industrie de la mode, en tout cas je l'espère !

Autre point positif pour les jeunes créateurs, grâce aux réseaux sociaux, ils peuvent aujourd'hui accéder à une certaine visibilité auparavant réservée aux grosses enseignes.




Quelles sont les prochaines étapes de Maison Mourcel ?


Je souhaite dans mon évolution restée fidèle aux objectifs premiers que je me suis fixée. Le challenge sera alors de grandir tout en continuant de préserver l'environnement sans perdre de vue les valeurs de la marque.


Vous n'auriez pas 3-4 artistes à nous faire découvrir ?


Si bien-sur !


Je vous conseille d'aller voir le travail d’Ibrahim Kamara, mon styliste préféré ! Je suis aussi une grande fan de la photographe Nadia Lee Cohen. Et pour finir dans la famille Grand Mourcel, mes grand frères Pablo Grand Mourcel et Tom Grand Mourcel, le premier est graphiste et le second danseur contemporain !


3-4 sons ?


- Mogoya Remixed : Oumou Sangaré



- M.I.A. - Boyz



Need It - Kaytranada




Autre chose à nous faire partager (Livres, documentaires, films, expos etc…) ? 


J'ai adoré le documentaire « Paris Is Burning ! »


Vous voulez faire une dédicace à la Skyrock en 2009 ?  


Dédicace à tous les gens qui me supportent , à tous ceux qui m'entourent me suivent et me soutiennent ! *Drop the mic*

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