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  • annabreton

#Maurine, La Purple : The Message (Paris)


Si les articles ici concernant des personnalités militantes abordent toujours les questions d'engagement politique de façon assez dure, parfois violente, car c'est une grande partie de ce monde militant aussi. Pourtant, il devient de plus en plus fondamental de créer et d'aménager des espaces positifs, qui puisent ouvrir à une politisation par la fête, la joie, la douceur et la communauté.


Créer des sas de respiration où les individu.e.s invisibilisé.e.s ont leurs places et se retrouvent sans violence. C'est un de ces espaces que Maurine a souhaité créer avec La Purple, une fête jeune, queer, accessible et pas uniquement fréquenté par une population blanche. La nécessité de ces lieux, de ces portes militantes joyeuses et de son travail autour de la visibilité queer éréevèlente rfont de Maurineérevèlent revèle de Maurine une personnalité si dynamique, admirable, inspirante et attentive. Elle se dit fatiguée mais convaincue par toutes ces tâches pour faire exister cette communauté queer dont elle fait partie, et faire vivre nos identités. Au fond, on a pas vraiment le choix : il faut le faire nous même, pour faire exister tout ça et exister n'ira pas sans résister. C'est l'idée de résister par la joie qui m'a semblé si importante, et tellement peu courante !


Créons ensemble de la douceur, de la joie et des lieux exempt de violence, pour parfois, l'espace d'un instant, pouvoir exister simplement : dans la joie et la simplicité.


Parce que nous y avons droit aussi.




Salut Maurine! Je pense que pour comprendre ta démarche aujourd’hui, il faut aussi comprendre ton cheminement politique : tu pourrais nous en parler?


Je pense que j'ai commencé à me rendre compte de l'importance du militantisme et de la représentation au sein de mon club de sport. J'ai fait du bmx race (comme une course de moto cross mais avec un vélo) pendant 9 ans à haut niveau. Autant te dire que dans cette discipline on est loin du monopole féminin, alors je roulais avec les garçons de mon âge et parfois plus vieux.


C'est avant la ligne de départ, quand je mettais mon casque que certains étaient étonnés voire rassurés de concourir face à une fille. En revanche, quand j'avais le malheur de finir la course devant eux, autant te dire qu'ils avaient carrément la rage allant parfois jusqu'aux insultes et menaces : c'est à partir de là je pense que j'ai ressenti le besoin de conserver ma place face à eux et de toujours me battre pour. Je pense que le sport est une bonne école concernant les inégalités de genre.


A travers ma scolarité et notamment après un outing forcé, c'est toujours en m'engageant et portant des projets que je trouvais de la résonance et du respect.


En arrêtant les compétitions pour les études, je me suis engagée avec Hystériques*, l'asso queer intersectionnelle de la Sorbonne Nouvelle. C'est à travers les nouvelles rencontres, les nombreux échanges, diverses actions et sujets d'actualité que j'ai découvert les collages contre les féminicides.


C'est d'ailleurs pour protester contre l'avant première de J'accuse de Polanski au Champollion que j'ai fait pour la première fois fait connaissance avec quelques militant·es du mouvement (qui comptent d'ailleurs aujourd'hui parmi mes besties). Plusieurs autres actions ont suivi telles celle pour le Grenelle au sujet des violences conjugales, la cérémonie des Césars 2020,la pride des banlieues, incruste à la manif pour tous...



La purple, c’est né comment?


La purple c'est né d'un constat assez simple finalement. Quand on arrive à Paris quand on vient de banlieue en tant qu'étudiant d'autant plus de la communauté queer, on projette beaucoup d'attentes sur le fait de trouver des endroits où on pourra juste être nous même et rencontrer des gens qui nous ressemblent. Je me souviens encore avoir enregistré en favoris l'adresse de la mutinerie dans Google Maps comme point de départ de ma nouvelle vie assumée (rires).


Mais je me souviens aussi que quand on voulait faire une soirée dite lgbt+, le plus souvent, voire tout le temps, seulement les hommes gay blancs parisiens étaient totalement représentés. J'avoue que c'est là que je me suis rendu compte que ce que j'attendais des soirées lgbt+ de la capitale était totalement déconnecté de la réalité.


Après de nombreuses discussions et échanges avec des amis, on a pensé à créer nos propres soirées pour répondre à nos propres besoins : l'inclusivité autant sur les orientations sexuelles que l'origine sociale dans un cadre communautaire bienveillant.




Dans ce projet, ça a été quoi tu penses ta plus grande victoire?

Un point sur lequel avec l'équipe on peut être extrêmement fiers c'est la mixité de la soirée.

Je pense qu'effectivement on a réussi à faire une soirée à notre image et je l'espère à l'image de la communauté queer : une soirée où toutes les lettres de l'acronyme sont représentées.


Ma victoire personnelle se teinte de militantisme. Souvent les soirées qui nous concernent prennent place dans des hangars ou des clubs fermés un peu isolés, ce qui m'a fait plaisir avec La Purple c'est qu'en grandissant on a réussi à avoir accès à des lieux incroyables comme les terrasses de l'Aquarium de Paris. En tant que queer, passer une soirée au pied de la tour Eiffel dans un club qui n'accueille pas ce type de soirée habituellement c'est comme s'approprier un espace qui ne nous était pas destiné : d'affirmer que oui on est là et au même titre que les hétéros, on mérite de danser dans un endroit à ciel ouvert sans se cacher.

Enfin, je pense que je suis très fière des artistes qui nous épaulent à chaque soirée. On peut y voir une nouvelle porte sur le militantisme par la fête et la joie. La plupart du temps quand on va en manif ou en assemblée générale c'est qu'on sait pourquoi on y va. En revanche, quand tu vas à une soirée c'est pour passer un bon moment avec tes potes. Si t'es dans ce mood là, si devant toi il y a un show de drag queen, un live de rap, une battle de vogguing, que tu connaisses ou pas, que tu aimes ou non tu auras découvert un nouvel univers et potentiellement maintenant tu auras envie d'en découvrir plus.


Je pense qu'on est plus à même d'apprécier quelque chose qu'on n'attendait pas si on passe déjà un bon moment.


On voit de nombreuses boites/soirées ouvrir à Paris, qui se revendiquement queer et safe, mais qui semble capitaliser sur nos identités plus qu’autre chose : tu te positionne comment par rapport à tout ça toi?

Je ne pense pas que le problème soit de se revendiquer en tant que tel si la réalité matérielle correspond à l'image projetée. Si les personnes à la tête de l'évènement pour la communauté en font partie j'ai presque envie de dire que c'est la moindre des choses de garantir cette sécurité et d'être capable de réagir activement en ce sens. La communauté queer est tellement riche de talents divers et variés, que si la soirée se dit queer il est nécessaire d'avoir un booking en accord. Je ne vois pas l'intérêt de promouvoir une soirée inclusive par exemple avec un mec cis het aux platines si ce n'est que pour l'étiquette...

De toutes les façons, se donner une étiquette qui ne se vérifie pas ne satisfera pas le public : s’il y a plus de cis het que de personnes concernées dans la fosse ça se repère assez vite.




Vous pensez à décentraliser La Purple ?


Absolument ! On a fait quelques éditions en province comme Lille et Rouen. On a été très tristes de devoir annuler la date de Bordeaux en raison de la fermeture des clubs due à la crise sanitaire.

C’est vrai qu’à Paris être queer et visible est tout de même relativement accepté, ce qui n’est pas autant le cas dans d’autre villes de France. A travers les rencontres et les expériences dans des clubs en dehors de la capitale, on se rend vite compte que rien n’est vraiment acquis et que les agressions lgbtphobes décomplexées sont toujours bel et bien d’actualité.

A Rouen d’ailleurs, nous avons été victimes d’une agression assez violente. Alors que tout se passait pour le mieux, un groupe d’hommes a gazé les bouches d'aérations extérieures de la boite avec du gaz lacrymogène avant de prendre la fuite en voiture. Le lieu a été aussitôt évacué, mais les personnes présentes ont insisté pour continuer la soirée et rerentrer dans la boîte après avoir repris leurs esprits. Ce n’était apparemment pas la première fois que le club subissait ce type d’agression et s’en désolait qu’on en ait été aussi victimes.

Les scènes queer de province ne sont pas si denses qu’à Paris et méritent tout autant un dance floor et l’esprit Purple.




Comment est-ce qu’on monte une soirée safe? (rires)


Malheureusement rien ne sera jamais safe à 100%, on ne peut pas être responsable de toutes les personnes, de leurs agissements et paroles. Cependant l’organisation est responsable de la gestion de ces problèmes que peuvent causer ces personnes et se doit de réagir en fonction. Bien évidemment cela passe d’abord par l’information et la sensibilisation qui sont essentielles et peuvent prendre diverses formes : rappel des valeurs de la soirée sur les réseaux sociaux, campagne d’affichage sur le consentement, briefing avec les agents de sécurité, rendre le staff visible en cas de besoin dans la soirée…

Pour faire d’une soirée une safe place, il faut aussi avant tout compter sur la bienveillance et la solidarité de son public.

Si malheureusement un problème n’a pas pu être remonté directement au cours de la soirée et traité en conséquence, avec La Purple on est particulièrement attentifs à nos réseaux sociaux. Il arrive que des personnes nous contactent à posteriori concernant un souci au cours de la dernière soirée, nous répondons bien évidemment et essayons de les accompagner au mieux en proposant des solutions concrètes.

Bien souvent c’est en convenant d’un rendez-vous physique pour revenir sur les faits et resserrer le lien de solidarité de la communauté.

Je tiens à rappeler que La Purple s'ancre dans une vision intersectionnelle et fait preuve d’une tolérance zéro à tous actes qui irait à son encontre.




Tu es aussi connue pour faire de la vulgarisation historique lesbienne sur instagram : pourquoi l’approche historique te semble si importante?


J’ai toujours aimé l’histoire et cruellement regretté le manque d'icônes féminines dans les lignes. En cherchant un peu dans l’hisoire queer, on se rend vite compte que les lesbiennes ont énormément pesé dans les débats ; que ce soit à Stonewall aux cotés de nos soeurs Marsha P Johnson et Sylvia Rivera, pour la luttre contre le sida, dans les combats des droits des femmes ou plus récemment pour la PMA et la GPA. Or, percu comme femmes par la société et soumisent à la censure du patriarcat quand bien même au sein de la communauté queer, peu de portaits s’érigent comme référence et tombent dans l’oubli. C’est pour palier (à petite échelle) à ce manque de représentation que l’approche historique par l’humour et la vulgarisation me semble intéressante. Ça permet de découvrir qu’on a des ancêtres gouines qui ont dead ça, d’apprendre de leurs combats et de s’y identifier.


Tu m’as parlé en exclu d’une nouvelle idée de projet : tu pourrais expliquer en quoi ça consiste? (rires)


Avec ma copine on est en train de bosser sur un Queer Guide. En gros ce serait une sorte de petit carnet d’adresse qui recenserait toutes les initiatives queers qu’elles soient éphémères ou permanentes. Le défi est de rendre visible les initiatives créées par et pour les personnes de la communauté. De façon assez variée on retrouverait des bars, des restaurants, des salons de tatouages, des festivals, des expos, des artistes…. avec une présentation par les créateur·ices des valeurs et motivations qui font qu’aujourd’hui le projet a été monté. D’ailleurs, si vous voulez nous solliciter, n’hésitez pas à m’envoyer un message ;)




Dans toute la démarche de visibilisation de la culture lesbienne, tu m’as parlé de l’importance d’instaurer un dialogue intercommunautaire et inter-générationnel lesbien : tu pourrais expliquer pourquoi?


Parce qu’on apprend de celleux qui nous ressemblent et c’est à travers les échanges de point de vue qu'on fait avancer les débats. J’imagine qu’il y a 50 ans on était pas lesbienne comme aujourd’hui. A travers les bouleversements de la société, les avancées féministes, les évolutions technologiques, tout devait être très différent et je pense que ça mérite d'être transmis, un peu comme un héritage finalement. On écrit toustes un peu nos histoires à travers le même prisme, à mon sens, elles méritent de se faire écho, d’être connues et reconnues.


Le lesbianisme politique, tu en penses quoi toi?


J’ai un peu de mal à me situer car j’ai un peu de mal à comprendre le principe. Une orientation sexuelle n’est pas le produit d’un choix délibéré. Vouloir s’afficher lesbienne politiquement alors qu’intimement ce n’est pas le cas est un privilege et c’est profondément irrespecteux et violent pour les personnes concerné·e·s.


Comment tu te sens face à toutes ces tâches immenses que tu entreprends avec d’autres?


Ahahahaha, je me sens surtout libre, utile, fatiguée parfois, mais surtout convaincue. C’est à nous de créer nos propres espaces car nous sommes les plus à même de savoir ce qui nous correspond. Rien de mieux que de donner la parole et surtout les moyens aux personnes concernées. Métaphoriquement je vois un peu ça comme un immense puzzle vierge où chacun·e dessine sur une pièce sa petite vie et cherche le lien qui pourra la connecter à l'ensemble.



Pour toi cette rencontre est permise dans des espaces positifs, comme avec La Purple, mais en vois-tu d’autres qu’au travers de la fête?


Bien évidemment tout ne se résume pas à la fête ! Je dirais principalement des instances associatives qui, personnellement, m'ont énormément apportées en relations humaines et en conscience politique. Les milieux artistiques, sportifs, militants sont tout autant micro climat et biais de socialisation importants qui peuvent se revendiquer communautaires. Je pense notamment à la scène ballroom, l’équipe de foot du rosa bonheur, les clubs de ciné associatifs…

Pourquoi la non mixité queer te semble importante?


Parce qu’elle fait du bien ? ahahah Parce qu'on n’a pas cette pression de performer les gens que nous sommes ou justifier nos identités, de craindre le mot de travers ou le débordement.









3-4 artistes à nous faire découvrir? mon couple d’artistes pref @annabelfaustin & @mylene.comte

les danseuses les plus enivrantes de la capitales @havaa__aa & @tehamour

et bien sur ma bff @layayotattoo


3-4 sons?

matin : Lalla Rami “Inchallah”

midi : SHANI DA FLAVA “STARLETTE!”

soir : Lala&ace “Wet”

On mange bien


D'autres ressources? besties @hysterique_mais_pas_que @tal.madesta et @irenevrose

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