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  • annabreton

#Okphilou : The Message (Paris)

Dernière mise à jour : 1 mars

On croise souvent son reflet, sans s'y arrêter. Devant la glace, dans la vitre des magasins, des fenêtres... on se croise. On remet ses cheveux en place, son rouge à lèvres à la va-vite, on se réajuste rapidement, dans l'ombre, pour ne pas être vu.e.s à se regarder. On se croise sans s'arrêter, plus longtemps sûrement avant de sortir, lorsque l'on sait que l'on sera observé.e.s. Parce que le visage et le corps, c'est une partie d'identité : une partie de nous et de celleux qui viennent avant nous. On se porte soi mais aussi une multitudes de visages, d'histoires, d'amours, de chagrins et de vies. On se porte soi et tous les autres d'avant, qu'on est parfois exaspérés de retrouver sur nos visages. Dans tous les cas, on les cherche.


La recherche des visages qui donnent naissance au nôtre, à celui qui nous appartient, c'est trouver son identité. Celle-ci passe par l'image, qui porte en elle toute une histoire sans le dire, à demi-mots, dans des traits, la brillance des cheveux, l'écat du regard, la courbure de la bouche. Dans ces détails qui forment un tout.


Philou est passionnée par le détail, dans un rapport à elle-même en questionnement. Construire son image, la repenser, la travailler et voir que d'autres s'en emparent. Jusqu'où donner, sans que l'on la lui vole? Images qu'elle crée, l'image qu'elle est, images qu'elles questionne, dans un idéal toujours de liberté. On a discuté de son rapport au corps, à l'image, de sa façon d'aimer et de créer en étant jeune.


Identité pour s'identifier, se ressembler, se rencontrez.


Venez rencontrer Philou?


OKPhilou pour Radio Loubard




Salut Philou, on est super content.e.s de t’avoir avec nous : est-ce que tu pourrais te présenter ?

Hellooo ! Je m’appelle Philou, j’ai 24 ans, j’ai fait les beaux-arts de Montpellier pendant 3 ans. J’ai toujours été intéressée par la création, j’ai grandi dans un environnement très stimulant avec un entourage dans le milieu des arts du spectacle.

Ma première passion à été la cuisine, j’ai toujours été fascinée par le travail de la matière dans ses multiples formes, jouer avec le goût, les textures, les couleurs. Aujourd’hui ça fait 2 ans que je suis modèle photo en parallèle de mes études.

On a beaucoup parlé de ton rapport à l’image qui est assez mitigé, est-ce que tu pourrais nous expliquer ?


Plus le temps passe, plus je suis confrontée à mon image et je me sens dépossédée, parfois trafiquée, déguisée, je sens que ça emprunte des codes qui ne sont pas les miens.


Ce qui m’agace souvent, c’est le malaise qu’il y a lorsque je parle de rémunération selon les propositions ou si je peut voir/valider les photos avec la/le photographe avant leurs diffusions (selon certains cas, et c’est là où je me rends compte que mon image ne m’appartient déjà plus) et ça ne devrait pas l’être, j'ai l'impression de passer pour quelqu’un de pénible alors que c’est du travail et que c’est tout à fait normal dans le cadre de collaborations.


Par exemple, un projet que j’ai fais récemment rend hommage à une sous culture chinoise, sur le projet on était plusieurs modèles asiatiques d’origines différentes et je me suis rendue compte avec le recul que c’était finalement étrange, mon image a été utilisée pour un projet qui s’inspire d’une culture qui n'a rien à voir avec moi.


C’est dur de se rendre compte de la capitalisation de son corps, c’est pourquoi travailler avec des jeunes créateur.ices est très important et considérant pour moi, j’y trouve plus de sens que de travailler pour des grandes marques déjà établies. Je me sens moins comme un produit.


Dernièrement j’ai eu l’occasion de faire un shooting avec des pièces que j’ai choisies, c’est un photographe que j’affectionne particulièrement qui m'a proposé de faire ce projet. Ça m'a beaucoup touché, j’ai pu avoir la main sur la DA, choisir mon équipe.



Est-ce que tu réussis à conserver tes valeurs tout en rencontrant les attentes des marques pour qui tu travailles ?


C’est difficile pour moi de trouver un équilibre entre mes convictions et la réalité du métier.

95% de ce que je fais aujourd’hui sont plutôt des edito pour des mag ou pour les créateur.ices, je n’ai jamais vraiment fait de la publicité et c’est un choix que je fais. Je refuse au maximum les marques qui ne sont pas en adéquation avec mes valeurs. Aujourd’hui, je ne souhaite pas travailler avec des marques qui ne respectent pas l’humain et l’environnement. J’ai dû accepter certains projets de marques pour gagner ma vie et non par réel intérêt artistique…


Contrairement à l’idée qu’on peut se faire du milieu de la mode, je ne vis pas de cette pratique. Par exemple, en ce qui concerne les edito, c’est considéré comme de la « collaboration artistique » donc pas rémunéré, donc la monnaie d’échange ce sont les images. C’est dans la pub et le luxe qu’il y a du budget a priori.


En revanche, il m’est arrivé de trouver une autre forme de reconnaissance financière. Notamment une reconnaissance qui passe par certaines intentions : quand on me laisse une place égale par rapport aux équipes sur le projet, quand les créateur.ices me font des pièces sur mesure pour me remercier des shootings, ou de créer des liens avec des gens pour travailler ensemble par la suite et d’être confrontée à des visions différentes qui sont inspirantes.






Est-ce qu’être modèle photo a changé ton rapport à ton corps ou ton apparence ?

Mon rapport au corps s’est malheureusement construit par des stigmates et une stigmatisation de celui-ci. J’ai longtemps regardé mon corps comme celui d’une enfant (surtout parce qu’on me critiquait ainsi) c’est pourquoi il est difficile pour moi de voir mon corps changer et de l’apprécier. De tout évidence, sans que j’ai le choix, j’ai eu des périodes ou je me suis sentie plus complexée que d’habitude.


Typiquement, je n’ai pas la taille « homologuée » pour défiler, en réalité peu m’importe mais pour des projets de groupes, je pense que ça a été décisif.


Par rapport à l’apparence, la mode m’a toujours intéressée, pour moi c’est un réel espace pour s’exprimer et s’affirmer dont je faisais moins l’usage avant.

Je me suis demandée si avant j’étais fade ou remplaçable. Et aujourd’hui mes choix vestimentaires et esthétiques sont devenus une caractéristique typique de mon image/personnalité.





Est-ce qu’être modèle photo t’apprends à t’approprier ton image ?


Pour moi c’est un espace d’expression pour tenter de m’approprier mon image et j’ai de plus en plus envie de le faire, et quelque part c’est aussi une quête identitaire parce que je n’ai pas de visage référent. C’est une manière de m’assumer. J’ai été adoptée et je ne sais pas à qui je ressemble, quand on me demande si j’ai envie de retrouver mes parents, je réponds souvent que j’aurai aimé avoir une photo d’eux. J’aime bien penser que ma mère biologique pourrait me voir en tombant sur mes photos.

Si tu devais me donner trois mots pour qualifier ton esthétique, ce serait quoi ?


Je dirais, matière, texture et organique.





Pourquoi cet amour pour la cuisine (rires) tu m’as dit que tu adorais ça ?

La cuisine c’est une vraie passion, c’est esthétique mais aussi chimique : ça m’émeut, c’est un langage hyper important pour moi, comme je suis plutôt timide pour exprimer mes sentiments, c’est un moyen de déclarer mon amour ! J’ai toujours eu un rapport au goût très prononcé, autant dans la sensation que dans la saveur, c’est un trésor d’exploration et de possibilités.


T’as une esthétique assez claire déjà, tu crées aussi ?

Aux beaux-arts je travaillais les matières synthétiques et organiques, leurs capacité à dialoguer ou non, le développement des bactéries. J’aimais créer un environnement propice au développement du vivant mais sans avoir un impact dessus, ou alors pour expérimenter et observer.


Je suis obsédée par le détail, l’infiniment petit. J’ai une capacité à me concentrer sur un sens en particulier, en l’isolant des autres en passant par l’observation, je peux donc apprécier (ou à l’inverse être révulsée) à 100% par un paysage, une musique, une saveur, le toucher etc.

Ça fait très peu de temps que je me suis mise à faire des visuels pour jouer avec mes photos macro de mousses, de transparence et de textures que je collectionne dans mon téléphone. J’ai aussi depuis peu, aménagé un espace dans ma chambre ou j’expérimente des matériaux.


J’essaye aussi de monter un projet de résidence pour réaliser des images, avec des artistes pluridisciplinaires, chacun.es pourraient s’ouvrir à d’autres pratiques tout en proposant son savoir-faire. L’idée est de se rencontrer, trouver des langages communs, créer ensemble et surtout se faire plaisir sans l’obligation de produire.


L’art contemporain, tu m’as dit que tu ne te retrouvais pas dedans, tu pourrais m’expliquer pourquoi ?

Le monde de l'art contemporain ça m'a fatigué je crois (rires), surtout depuis que j’ai fait une école d’art, et où j’ai trouvé beaucoup de choses à dire sur la manière dont l’art y était enseigné et produit. Évidemment j’ai vu aussi les avantages, il y a des espaces propices à la créa’, tu es en relation avec des artistes et d’autres personnes qui créent, il y a une émulation créative. Mais ça ne te prépare pas à l’après.


Après cette expérience je me suis sentie fragilisée dans ma création et abandonnée dans la jungle, sans rien de concret. Et surtout dégoûtée de ma pratique. Et puis il y a un formatage et tous les travaux finissent par se ressembler… Je trouve ça dommage car il arrive souvent que la façon imposée d’argumenter les œuvres ne laisse pas place à une interprétation propre à chacun.es


Je pense qu’il faut rester fidèle et croire en sa pratique et ne pas changer sa vision sous prétexte qu’il faut plaire.



Le clip de Laylow, ça t’as pas mal fait décoller, qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?


J’ai refusé le projet au départ, puis après des négociations sur la question de la rémunération et le fait qu’iels aient manifesté.es un véritable intérêt pour mon profil, j’ai finalement accepté.


Ça a été une expérience très enrichissante au niveau du dépassement de ma timidité car je n’avais jamais fais d’acting, l’équipe était bienveillante, je me suis dis : « des personnes attendent quelque chose de moi, il faut que je me surpasse ! », ça m’avait donné envie de réitérer l’expérience. Après ce projet, j’ai eu une accélération de propositions de projets et puis j’ai été confrontée à des situations que je n’aurai jamais imaginé vivre un jour, notamment le fait qu’on me reconnaisse dans la rue, ça c’est dingue ...




Et tu te vois où dans quelques années ?


Je ne veux pas me poser la question de ce que je veux faire plus tard, je fais confiance à la personne que je suis et que je deviendrai, je me sens à la bonne place et je serai surement à la bonne place à l’avenir.

Ces questions de genre et d'identités sur lesquelles on te fait jouer parfois dans les shoots, comment les vis-tu ?

Il faut dire que souvent lors des shootings ce n’est pas mon choix artistique et ce n’est pas moi qui parle, moi je donne corps aux personnes qui me proposent leur projet, j’illustre leurs propos. Je suis un média, et donc de fait c’est pour ça que parfois j’ai la sensation de voler des codes qui ne m'appartiennent pas. Je le vis mal si je sens qu’on me fait représenter des codes qui définissent mal ce que je pense ou qui je suis. Il y a une distance entre le sujet et le propos. Souvent je dois m’adapter sans qu’on me consulte. C’est pourquoi je suis ravie d’aller vers ma propre DA et de choisir les personnes avec qui j’ai envie de bosser pour aussi mettre en œuvre ce qui m’intéresse vraiment et où je me sens plus légitime de m’exprimer.


De fait quand tu es modèle, les shootings sont des projets qui demandent de faire vivre, d’incarner la création, des idées, un univers etc… mais paradoxalement, j’ai finalement peu de recul sur ce que je renvoie aux gens à travers toutes ces photos. Leur interprétation est libre et parfois se charge de sens sans que je le veuille. Le fait de proposer mes propres projets c’est aussi incarner au maximum mes idées et où je sais ce que je veux comme image, mais même là je ne suis pas à l'abri d’une interprétation de mon image.





3/4 sons à nous faire découvrir ?


Ahhh c’est duuuur de sélectionner… bon j’avoue j’en ai mis + haha


★Eartheater ♪ Scripture

★Tami T ♪ Princess

★Bladee ♪ Trendy

★Sg Lily ♪ Nocco

★100 gecs ♪ Toothless

★Punkinloveee ♪ Freak Show (ft. H3artcrush)

★Angsty Camboy Revenge ♪ thaï N die (ft. Tommy moisi)











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