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  • annabreton

#Osmose : The Message (Nomade)

Beaucoup de gens parlent de prostitution, en ayant un avis bien tranché, mais là vérité, c'est que beaucoup n'y connaissent rien. Laisser parler ses préjugés c'est facile, on le fait toustes, tous les jours. Mais on s'est dit que ça pourrait être intéressant de parler à que une personne qui savait de quoi elle parlait et qui parle de sa communauté : une "pute visible", comme elle s'appelle. Osmose milite pour le travail du sexe et partage des bribes de pensées portant sur des sujets qui le traverse, sur le consentement, son regard sur soi, les autres, des sujets d'actualité... Des bouts de pensées qui font échos avec d'autres gens, qui ouvrent un dialogue et de nouvelles pistes de réflexions. C'est innovant, précieux et riche.


Rencontrer Osmose, c'est la.e rencontrer et tout son univers, et parler avec lui, c'est passionnant : sa réflexion s'est aventurée dans des lieux où peu de gens sont allés, c'est une bouffée de liberté, d'indépendance. Cet article retrace un parcours, et explore différentes pistes de réflexions autour du travail du sexe et de sa lutte, du désir, la gratuité de nos rapports au sein d'un monde capitaliste et encore bien d'autres choses. La vie d'Osmose et ses idées me semble être un manifeste d'émancipation.


A l'entendre, la vie est un voyage assez imprévisible, et beau, qu'il faut vivre à sa façon, intensément dans la rencontre et l'échange.


Cet article est pour toustes celleux qui veulent échanger, rencontrer, et penser en liberté.


Pas de féminisme sans les travailleureuses du sexe.



Osmose pour Radio Loubard



Anna : Salut Osmose, on est super heureux.ses de t’avoir avec nous aujourd’hui ! Est-ce que tu pourrais te présenter?


Je m'appelle Osmose, j'ai 26 ans, j'exerce les échanges économicos-sexuels depuis la fin de mes 17 ans ans, je suis nomade depuis 5 ans (je ne reste pas plus d'un mois au même endroit) et je me visibilise sur Instagram (sur le compte @o.s.m.o.s.e) pour inviter chacun.e à ré-interroger et déconstruire les certitudes qu'iels ont sur mon activité, et les inviter à nous soutenir dans la lutte pour nos droits.


Anna : Comment tu es devenu travailleureuse du sexe ?


Je n'ai jamais eu une vision stigmatisante des personnes exerçant la prostitution/le travail du sexe. Au contraire, je posais plutôt un regard fetichisant sur ce monde là je crois. C'est un monde qui m'inspirait.


Quand j'imaginais les putes, j'y voyais beaucoup de sensualité, de force, et surtout de vécu. Je projetais "c'est personne là ont beaucoup de vécu". Et le vécu, est une des choses qui me touchent le plus chez l'être humain.e.En bref, la conséquences de cette vision là, qui était jeune, sans expérience, ry fantasmée, c'était que je n'associais pas le travail du sexe à quelque chose de sale ou de dégradant.


Je suis rentré.e dans ma sexualité à mes 16 ans, puis ai découvert tout l'attirail des outils de rencontres gays/bi, les applications etc etc... Et à mes 17 ans, un mec m'a proposé de me payer. J'ai accepté, enjoué, et je traversais donc cette porte, qui était donc pour moi déjà ouverte, de manière fluide, très naturellement.



Suite à cette première expérience qui s'est très bien déroulé, j'ai continué d'exercer, et c'est toujours le cas aujourd'hui.




Anna : Qu’est-ce que tu trouves dans ce métier ?


Pour ma part, d'abord une certaine indépendance. En effet, pas de patron, je travaille quand je veux et avec qui, je choisis. Et puis, avec ma vie de nomade, cela colle plutôt très très bien haha !


Pour ma part, j'ai aussi cette sensation d'avoir une possibilité de vivre un peu en parallèle du système capitalise. Je fais mon argent de moi à moi, et je ne dois rien à personne.


Bon, je suis quand même au RSA aujourd'hui donc bon... Mais je sais que si un jour on me le coupe, je sais survivre par moi même, d'un point de vue économique. Aussi, le travail du sexe m'a apporté dans ma sexualité propre. Poser un cadre clair, comme je souhaite le poser, en étant dans le contrôle de ce dernier, en posant des conditions, en créant un espace de discussion avant le sexe, etc, est assez sécurisant.


De plus, dans mon histoire perso, j'ai parfois peur de l'attachement et parfois du mal à lâcher prise quand il est présent. Dans mon travail, il n'est pas risque. Je peux donc donner parfois beaucoup d'amour, sans avoir peur de l'attachement, car il s'exprime dans un cadre (30 min, 1h, une nuit etc)


Et puis, la communauté des putes, c'est quand même une sacré belle communauté.



Anna: Les pensées que tu partages sur Instagram sont très appréciées :Ta pensée à toi, tu l’as formée comment ?


Et bien avec ma vie. Avec tout les gens que j'ai pu croisé, leurs histoires, leurs perceptions, et mon écoute et accueil (au maximum), de ces dernières.



Anna : C’est quoi les revendications autour du travail du sexe ?




Globalement, qu'on nous laisse tranquille. Qu'on arrête de nous stigmatiser, de pénaliser nos clients, ry de nois empêcher de nous auto-organiser et de nous émanciper.


Il faut distinguer différentes doctrines :


Le Prohibitionisme revient à tout interdire, tout criminaliser dans le Travail du sexe.


L'abolitionnisme c’est vouloir abolir la prostitution car on la pense malsaine mais sans criminaliser les prostitué.e.s directement (mais pénaliser ce qui gravite autour de l'activité et donc les pénaliser).


Le Réglementarisme c’est autoriser le TDS mais le réglementer comme un vrai travail. Pensé par beaucoup comme la solution. Seulement, ne le serait que si les personnes migrantes, les personnes trans, des personnes handicapé.e.s, les personne neuroatypiques etc... Étaient incluent et respecté.e.s.


La Décriminalisation demande d’arrêter de criminaliser les clients et le proxénétisme : il y a déjà des lois contre la traite. C'est pour cela que beaucoup de TDS luttent.


Avec la décrim', nous aurions le pouvoir d'être réellement libre et de s'auto-organiser entre nous. À cette dernière, il faudrait selon moi demander à chaque communautés de TDS leurs besoins spécifiques, et y répondre. Car on ne travaille pas toustes dans les mêmes milieux, de la même façon, et avec les mêmes histoires.



Anna : Pourquoi est-ce qu’on dit « Pas de féminisme sans les traivailleureuses du sexe?


Parce que dans certains branches du féminisme, les Travailleur.euse.s du sexe sont considéré.e.s comme étant forcément des "victimes à sauver de la prostitution" avant d'être reconnu.e comme "être à part entière, avec une conscience de ce qu'iel vit, et qui exerce le travail du sexe/la prostitution". Nous avons donc été silencié.e.s, et ce depuis longtemps, par tout une frange du féminisme.


Alors nous revendiquons qu'il n'y a pas de féminisme sans nous.



Anna : Tu m’as dit que tu te questionnais sur la gratuité d’un existe véritablement: tu pourrais expliquer cette idée ?


J'pense que c'est un peu hypocrite de dire, et légèrement naïf de penser, que le sexe gratuit est quelque chose de majoritaire aujourd'hui.


Certain.e.s baisent pour le plaisir. Certain.e.s baisent pour aimer. Certain.e.s baisent pour se sentir aimé.e.s. Certain.e.s baisent pour célébrer l'amour ensemble.


Certain.e.s baisent pour de l'argent. Certain.e.s baisent pour la survie. Certain.e.s baisent pour qu'on leur foute la paix. Certain.e.s baisent pour s'évader.


Certain.e.s baisent pour se soigner.

Certain.e.s baisent pour explorer, expérimenter.

Certain.e.s baisent pour s'activer.

D'autres pour prendre un RTT de l'ennui, ou encore pour prendre soin de leur corps.


La liste est longue, courte, différente pour chacun.e. Parfois l'une de ces choses, parfois plusieurs, parfois aucune. Parfois en même temps, parfois pas. Et même ça, de pleins de manières différentes.


Beaucoup trouvent des bénéfices dans le sexe. Et je m'interroge sur la notion de "gratuité".


Cela ne concerne t'il que l'argent, pour la majorité des gens ? Ça les regarde.


Moi, tout ce que je vois, c'est des personnes qui, de manière personnelle, définissent les différents bénéfices comme étant éthiques ou non, et qui cherchent, ou non, à les imposer.Je ne me sens pas dégradé.e quand on me dis que me faire payer en thunes pour mes services sexuels me rend sale. Je me rend juste compte de la conscience des rapports bénéficiaires qui existent dans le sexe que peut avoir l'autre.


Je me rend compte de ses croyances, de ses façons de vivre le sexe et, parfois, de sa non-acceptation des miennes, au point de vouloir me faire du mal. Je les vois plus qu'iels ne me voient, au final. Mais nous, les putes, on voit beaucoup de choses, ça j'en suis persuadée.



Anna : Et pour toi, le consentement n’est pas toujours lié au désir ?


Non. Je pense qu'on peut consentir sans plaisir. Que c'est légitime et personnel.


Et qu'une situation non consentie, même où le désir existe, c'est violent. Du non plaisir consentie, c'est ok si c'est définit comme ok par les personnes partageant le moment. Du plaisir non consenti, c'est violent. Parce qu'il n'est pas consenti.


Et pour finir, je ne consent pas à ce que les gens s'incrustent dans ma façon de vivre le consentement


Anna : Tu répondrais quoi à un.e abolutionniste qui te dirais que le travail du sexe c’est un realité extrèmement minoritaire dans la prostituion et que ça en fait une revendication libérale?


Je lui répondrais que c'est pas le plus important. Que ce soit reconnue comme un travail ou non, c'est pas le plus important. Certains exerçant.e.s le définissent comme un travail, d'autres non. Le plus important, c'est de lutter contre les violences qui existent dans notre activité, ce que ne peux pas faire l'abolitionnisme.



Anna: Et au fait que les travailleuresues du sexe sont des victimes du patriarcat?


Le patriarcat existe et les Travailleur.euse.s du sexe autant que les bénévoles du sexe, connaissent les violences qu'ils entraînent.


Si des personnes veulent capitaliser sur une sexualité patriarcale qui de toute façon, se base sur l'éjaculation-du-mec-cis-puis-cest-fini, on devrait les soutenir. Et si des personnes souhaitent quitter le travail du sexe, il faut les y aider.


Leurs donner des papiers, un revenu universel, et écouter leurs besoins propres, me semble plus pertinent que de les stigmatiser, pénaliser leurs clients et les empêcher de s'auto-organiser.


Et de poser les bonnes questions. Au lieu de se dire que la prostitution est forcément une violence patriarcale, plutôt s'interroger : Que serait le travail du sexe dans un monde sans patriarcat ?


Et puis de toute façon, à terme, faire en sorte que toute personnes exerçant.e le fasse en plein conscience, accord, et sécurité.



Anna : Tu as un point de vu très particulier sur le collectif et l’individu : souvent on oppose les deux, mais toi tu dis qu'ils sont indissociables, tu pourrais m’expliquer ça ?



Chaque individu.e.s existe dans un collectif. Et chaque collectif est formé d'individu.e.s. L'un n'existe pas sans l'autre. Enfin sauf pour les être infiniment solitaires je suppose.






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