Rechercher
  • annabreton

QUEER EXHIBIT (Poitiers)

Identités et résistances




"J’aimerai voir des meufs dans les films qui parlent d’amour, dans les livres qui racontent des peines de cœur, j’aimerai voir des meufs, qui s’aiment et qui font l’amour, qui s’embrassent, la vie quoi, et pas d’Adèle, la vie d’un amour, d’un amour plus libre, où il faut tout réinventer, cet immense espace de liberté qui apparaît lorsqu’on sort de l’hétérosexualité.


J’aimerai qu’il y ai tant de films, de livres, de musique de pd, que je n’ai plus à te chercher dans les paroles des hommes qui parlent d’ELLE, le L de leur IL, pour te faire exister quelque part. Je voudrais qu’il y est tant de représentations de pd que l’on pourrait créer plein d’autres choses, sur d’autres sujets. Parce que dire qui on est ne serait plus politique, simplement poétique, que revendiquer serait répéter, une histoire d’amour encore, avec quelques tattoo et piercing en plus.

Et puis j’aimerai que tu sois au centre, au centre de tout ça, tout cet amour joyeux, te photographier sous la neige, dans la mer, dans le lit, avec ta clope et tes belles mains, tes sourcils un peu froncés, ton regard d’amour. Le ELLE du IL c’est toi, c’est toi dans toutes les chansons d’amour, toutes les poésies, sauf que je ne suis pas IL et tu n’est pas ELLE, mais enfin, on n’a rien de mieux, alors je m’en contente. IL parle de son corps de Femme avec un grand F qu’il aime, et moi je pense à toi, à toi ton corps, ta peau douce, tes seins, ton ventre, tes épaules, ta nuque, ton nez, qui ne sont ni homme ni femme, ni tout à fait IL ni complètement ELLE, mais qui parlent d’amour, comme ton parfum et ton rire de tes bras à tes mains.

J’aimerai des corps de pd partout, que on ne doive plus être underground mais qu’on danse pareil que dans les caves, qu’on s’embrasse plus derrière les portes et que l’on s’étreigne pareil dans les rues passantes. J’aimerai qu’on nous laisse tranquilles, qu’on puisse s’embrasser où on veut, quand on veut, si on veut, que personne ne s’arrête, ne parle, ne regarde : qu’on nous foute la paix.

J’aimerai dire partout que je t’aime, sans que ce soit un événement autre que celui d’aimer, que celui d’être heureuse. Comme je t’aime.


On dit queer, fièrement, parce que c’est tellement beau, cet autre chose qui nous rassemble. Parce qu’être queer ce n’est pas simplement une histoire de cul, c’est une identité, c’est un nouveau regard et une culture entière à embrasser. C’est un nouveau monde d’images, de désir, d’amour, de liberté et de douceur.

Voilà des œuvres qui parle de ce que c'est que d'être queer, de ce que c'est que résister pour exister. Voilà leurs regards, leurs créations et leurs visions. A tous nos amours queer."


Anna Breton


Voici le poème avec lequel l'exposition débute, qui porte en lui toute la démarche de l'exposition. Ce sont les associations Soror et Volar qui organisent cette exposition, visant à promouvoir l'émergence d'une nouvelle culture visuelle queer, loin de l'hétéronormativité. Si le monde est saturé d'images, la nécessité d'images queer, d'amour, de joie, de lutte ou de témoignages est crucial. Créer de nouveaux imaginaires, pour ouvrir à de nouvelles réalités, ou simplement se légitimer dans la sienne. Créer et recevoir, c'est un double mouvement, un dialogue, un miroir entre celleux qui ne sont pas vu.e.s par le système. Cette exposition vise à être une espace positif, stimulant et doux comme il en faut plus pour la communauté queer. Elle regroupe les oeuvres d'une quinzaine d'artistes queer venant de la France entière, aux esthétiques et sujets différents. L'exposition tient à varier les formes artistiques : elle regroupe donc peintures, dessins, photographies, poèmes, danse, musiques et vidéos. Etre queer est une identité qui résiste contre un système hétérosexuel, cisgenre, capitaliste et patriarcal. Identités et résistances, voici le thème, au pluriel tant il y en a de formes différentes d'identités et de résistances, deux concepts qui ne vont pas l'un sans l'autre lorsque l'on est queer.


Le lieu est merveilleux : "Le Bloc", un nouveau lieu d'exposition à Poitiers, en béton, très vaste, un ancien local industriel.
































Lili Chomat m'a sourit et elle m'a dit "j'ai eu deux phobies : être bonne soeur et être lesbienne". Et aujourd'hui, je parle de lesbienne et d'église". Elle est comédienne, metteuse en scène et photographe. Sur scène, derrière l’écran ou par ses écritures, elle explore le lien à l’autre, à la liberté, au sacré, à l’érotisme. Cette série photo s’inscrit dans une réflexion sur le lesbianisme, les corps dans l’espace public, les oppressions quotidiennes. De ces clichés transparaît la volonté de se ré-approprier nos corps, intimement avant tout, et de faire exister nos amours publiquement, librement. "Pour qu’on puisse être fier.e.x de nos amours. Pour que la nuit ne soit pas une menace mais une fête. Pour qu’on puisse se déguiser, s’éloigner de nous-mêmes, dans un cri de joie et d’innocence. Pour que la lumière de nos cœurs irradie sur le trottoir".


Le traitement de la lumière est au cœur de sa recherche : la lumière porte en elle un sentiment à la fois de fragilité et d’éternel. La lumière des bougies, des néons, du flash de l’appareil, des matériaux qui la réverbèrent, des sentiments qui jaillissent, cette lumière physique ou métaphysique est porteuse de vie, de mystère, de désir et de sacré.




Les mariées de Pigalle


"Les trottoirs de Pigalle accueillent nos errances, nos marches effrénées pour attraper le métro, nos larmes sur le goudron, nos danses dans la nuit, nos baisers, nos amours. Et sur ces trottoirs, les regards. Toujours, les regards. Le harcèlement parfois. Souvent.

Quand tu embrasses cette fille que tu aimes tant, tu voudrais que les yeux de l’univers entier soient tournés vers les étoiles. Que chacun.e.x soit aussi épris.e.x de liberté que toi à ce moment-là. Que le monde soit aussi vaste et beau que ton amour. Mais quand tu tournes la tête et que tu regardes autour de toi, la réalité est différente. Les yeux ne sont pas tournés vers les étoiles. Ils te regardent. Et si ça s’arrête au regard, tu te dis que tu as de la chance.

Quelle place pour nos amours dans l’espace public ? À Pigalle, les regards sont doubles. Il y a les passants, et il y a ces corps figés dans les vitrines des sexshops. Tous ces mannequins de plastique, aux seins énormes et aux culottes de latex, qui nous tendent leurs visages vides vers les nôtres, curieux. Ces mannequins, je ne les sens pas si loin de moi. Ou du moins de ce que cette société voudrait de moi, de nous. Être sage, ne pas faire trop de bruit, rentrer dans l’ordre attendu, avec toujours ce paradoxe : l’hypersexualisation et la fétichisation des corps féminins, qui côtoient notre injonction de ne pas faire de vague, et qui sont les barreaux de notre oppression.

En tant que femme cis et lesbienne*, je me demande comment avoir une sensation pleine de liberté, de sécurité, quand les corps affichés de l’autre côté de la vitre modèlent l’imaginaire collectif, et me renvoient tant de violence. Ces corps avec des seins, des cheveux longs, et bien ça pourrait être moi. Nos sexualités, nos corps, nos désirs se distordent, se modèlent au gré de représentations fantasmées, normées, de l’excitation, du plaisir. Ces corps en vitrine voudraient représenter la quintessence de la transgression, de l’excitation, du corps caché et contraint source de jouissance. Cette sexualité male gaze et hétéronormée alimente l’idée de faute, de dépravation. Elle enclave nos corps. Cette pseudo-transgression, servie sur un plateau d’argent par la société même qui oppresse, est une illusion, c’est le contraire, l’ennemi de la liberté. Elle révèle l’oppression de nos corps au quotidien.

Au banc des accusés : l’hétéropatriarcat emprunt d’images pornographiques mainstream et l’héritage judéo-chrétien selon lequel la chair est coupable, toujours. L’Église, c’est le noeud douloureux de notre rapport à la chair. Le péché commence avec la faute d’Ève : en mangeant le fruit, « les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, et ils connurent qu’ils étaient nus » (Genèse, 3,6). Et depuis des siècles, à cause de ces quelques lignes, on se traîne l’idée de culpabilité de la chair, de honte de nos désirs, de corps fautifs et viles. Et pour répondre à nos désirs, pour dresser nos pulsions, une institution : le mariage. Sans doute la plus belle invention pour donner envie de fauter. Si on peut se questionner sur la vision de l’amour et de l’engagement que soulève le mariage (ainsi que sur sa valeur politique, juridique, économique), sa force symbolique est aujourd’hui encore évidente : célébrer l’union avec la personne aimée. Le mariage civil entre personnes du même genre en France est permis depuis presque dix ans, mais force est de constater que nos droits ne sont jamais acquis pour toujours, et que cette réalité n’est pas la même dans de nombreux pays. Et malgré la loi de 2013, on se les prend en pleine face, ces regards sur le trottoir, qui condamnent, fétichisent, interrogent, et ne laissent pas la place de célébrer simplement notre amour. Comment s’aimer, comment se réapproprier nos amours, notre sensualité ?

Nous, on se prend par la main pour aller se marier à l’église ou sur le trottoir. On se marie n’importe où. Nos baisers n’ont pas besoin d’un serment pour exister. Nos baisers n’ont pas de maison. Ni maison de Dieu, ni maison close, ni quoi que ce soit. Nos baisers c’est l’univers tout entier.

On se demande comment inventer des nouvelles représentations pour nos amours. De nouveaux regards. Où est la transgression ? Dans le trash ? Dans la provocation ? Je me dis que quand j’aime cette fille, je ne me demande pas si je suis transgressive.


Juste, je l’aime. Juste, on s’aime.


On prend l’appareil photo et ces images on va les créer avec toute notre fougue et notre simplicité. Notre tendresse. Notre extravagance. Notre excitation. Peut-être que la transgression est de ce côté-là.

On ne sait pas si notre amour durera le temps d’un battement d’ailes de papillon ou pour la vie, s’il sera unique et exclusif ou s’il côtoiera d’autres amours; mais ce qu’on sait, c’est qu’on veut s’amuser, se sentir libres, vivre. On ouvre les yeux sur nos désirs. Alors on performe la féminité, on se déguise comme des enfants, on refuse de devenir des femmes sérieuses, on veut se maquiller et se déformer, et juste crier « vivent les mariées » devant les boîtes de striptease, devant les poppers des sexshops, devant le Christ sur sa croix, devant le prêtre. Et on joue, avec toutes nos convictions, nos interrogations, nos doutes, nos paradoxes. On se déguise en mariées mais on pourrait aussi se déguiser en pirates : on crie ce « vivent les mariées » comme on crierait « à l’abordage » face à ce monde et aux trottoirs.

*NB : je parle de mon point de vue de femme cis lesbienne. Mais j’ouvre mes questionnements à toute sexualité, en-dehors du cadre hétéronormatif, et à toute personne qui se retrouverait dans ces problématiques."


Lili Chomat




Club de Bridge participe aussi à cette exposition, et quelle joie que de les compter parmi nous! Ses illustrations ajoute la poésie de la communauté, si fondamentale. Allez lire sa propre interview personnelle sur Radio Loubard !



"Le Club de Bridge est une communauté fluide développant une culture de résistance et de poésie. En abordant de façon sensible les notions queer, de séparatisme, de blanchité et d’écologie, le Club de Bridge ouvre des espaces d'adelphité de soin, comme autant de réponses militantes aux enjeux contemporains"

Confort moderne




Les oeuvres de Boris Mondélice ou Melina Favarel s'intéressent au monde queer et au drag, à la fête queer et à la force et de la liberté de ces identités queers revendiquées.


Melina Favarel (il/elle) se questionne sur la capacité d'un capitalisme plastique à absorber notre espace et par là même, nos identités pour les transformer et les uniformiser. Il tente de répondre, subjectivement, en archivant photographiquement son milieu : où se situent nos héritages, nos craintes, le marché mais aussi nos points d'ancrages résistants, et surtout notre beauté. Melina pense qu'il y a à archiver une réelle esthétique de l'émancipation et de notre culture.





Melina Favarel


Boris Mondélice, inspiré par différents moments de vie partagés avec son entourage, il photographie uniquement à l’argentique. Avec ces photos capturées lors d’une soirée, un rituel annuel instauré par ses ami.e.s qui s’essayent au drag, le photographe travaille la question des identités Queer. Qu’est-ce qu’être queer aujourd’hui dans la société ? Le travail de l’artiste tire son essence de l’exutoire que représente l’expression de soi-même, au sein d’une communauté à laquelle on se sent appartenir et pleinement s’identifier. On y voit les fiertés, l’insouciance dans un safe space, une certaine réclamation et revendication. Une bulle à part, loin de la conformité imposée par une société hétéronormative.






Boris Mondélice


Titouan Guillemot exposait également une de ses peintures : il s’intéresse à la réinterprétation de la vision généralisée des divinités relatives à l’amour et à la sensualité, entités souvent féminines étroitement connectées à la guerre et la révolte, concepts pourtant associés culturellement et socialement à la sphère masculine.




Sapphosutra nous a aussi fait le plaisir de participer à cette exposition. Il s'agit d'un projet mené par Lou Dvina et Leontin depuis 2019 dont l’objectif est de donner plus de visibilité aux amours et aux sexualités saphiques. A travers Sapphosutra, Lou et Leontin militent de manière toujours positive. Leur démarche est celle d’une réappropriation des imaginaires et des représentations érotiques saphiques. A travers son dessin, l’illustratrice Lou Dvina prend sa revanche sur l’Histoire dont le récit a toujours évincé les personnes lesbiennes, bi et pan et d’autant plus censuré leurs intimités. Cette dualité des intimités queers, entre terrain de lutte et oasis d’imaginaire et au cœur même du processus créatif de Sapphosutra.





Lou Dvina, a d'ailleurs exposé des petites icônes de BD : elle est illustrateurice queer, genderfluid et gouine. Ses dessins rendent visibles les amours et les identités en marge du système cis-hétéro-patriarcal. Sa démarche relève du journal intime et du témoignage. Confidences couchées sur le papier, sentiments exacerbés par l’encre noire, ses récits sont ceux d’un coeur queer qui célèbre l’amour pour ses pairs et questionne les normes qui régissent son quotidien. Sa pratique se veut témoignage d’une génération qui fait exploser toutes les carcans, comme mue par l’urgence de vivre à sa façon avant l’apocalypse.



Segolene Asmara a également exposé des photos et des textes anonymes, parlant d'amour : elle explore les thèmes du corps, de l’intimité et des relations dans ses photographies et ses textes. Pour la série amour(s) elle a rencontré des duos de gens qui s’aiment et les a interviewé anonymement.






La merveilleuse Marie Casaÿs (dont l'interview est également disponible sur Radio Loubard!) a également exposé plusieurs illustrations à la queer exhibit : sa façon de représenter le corps et la sexualité est si riche, si jouissive : "Ecrire de nouvelles règles, plus centrées sur le respect et l’acceptation des différences, l’envie, les désirs, le consentement et faire en sorte qu’elles soient les plus inclusives possible."


:



Armand van Mastrigt a exopé des dessins et une oeuvre en mousse amovible. Après des études de design graphique aux beaux-arts du Havre, il revient vite à la peinture et au dessin pour questionner la vitesse des images contemporaines. Son travail s'interroge sur la violence du patriarcat et ses liens avec le désir homosexuel. C'est par le dessin et la peinture en volume que l'artiste n'hésite pas à emmener ses influences iconographiques comme la pornographie, les films d'horreur ou de science fiction vers des terrains poétiques, critiques et fantastiques. L'artiste imagine, d'après les lectures de Roland Barthes, Pascal Quignard et Donna Haraway des corps utopiques échappant aux normes hetéronormatives. Ses rêveries hormonales proposent un espace vivable pour l'existence des vies queer.


Popline Fichot a exposé une installation : "Le contour de l'intime". Son travail est centré autour de l’exploration de l’ombre : « Rêver l’obscur ». C’est dans une dimension multiple embrassant autant l’esthétique que le poétique et le politique qu'elle engage cette recherche. Il s'agit d'une installation qui collecte des témoignages sur la violence, composé de 29 pendentifs uniques et leur supports, faits en laiton, impression sur métal, émail, gravure.






"Le rebut cette installation vient se manifester sous deux niveaux, d’un côté nous avons des témoignages d’évènements violents recueillis, qui sont des rebuts de paroles, mis au ban de la société et de l’autre des rebuts de production. Chacun des pendentifs a été amputés : les portraits de leurs visages et les phrases de leurs contextes. Chaque phrase choisit dans le témoignage est gravé sur le pendentif, elle a pour but d’entrer en résonance avec celui qui la lit. Mon travail a été de codifier, d’inventer un vocabulaire devant la pluralité des réponses donné à ma question : « Veux-tu me raconter un évènement, un moment ou une situation que tu as vu, perçu, vécu comme violent ? » Cette question a été posée à un trentaine de jeunes adultes entre 18 à 25 ans. Ces pendentifs anonymes, captent, recueillent le réel et le représentent, témoignent d’un évènement intime pris dans un ensemble. À l’inverse des amulettes qui serviraient à protéger du réel, mes pendentifs viennent révéler, exposer le réel."

Elias Ouassir

"Ce projet est né de la volonté de mettre en lumière mon amie Ariana qui est une jeune femme vogueuse et transgenre.


J’ai voulu être au plus proche de l’énergie de la communauté ballroom à laquelle nous appartenons. J’ai souhaité créé un contraste entre l’énergie singulière de la ballroom et l’empowerment qu’elle permet, symbolisé par l‘enchaînement des images et de la musique, et celle de la rue, espace violent pour les corps non légitimés mais qu’Ariana se réapproprie par la danse : le voguing".




D'autres artistes on aussi participé : Margaux Renard, Dalo Marin Loup, Couleur Chaude (texte et performance musicale).


Merci pour le beau moment qu'a été le vernissage!







128 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout