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  • annabreton

#ReineLouve : The Message (Paris)

Dernière mise à jour : 1 avr.

L'art comme outil social peut être d'une immense richesse : toucher les autres au travers de couleurs, de formes : par les formes, la matérialité d'une création qui émerge face à elleux, un outil de communication, de sensibilisation. L'art peut être une porte ouverte au dialogue, à l'émergence un discours politique et identitaire qui se fait dans le partage, et de facto, dans la réception.


"Je partage des idées par un biais sensible, ce qui me permet d’entrer en contact de manière plus « douce » avec un panel de personnes aux horizons très divers qui de prime abord ne se retrouvent pas forcément dans mon discours mais peuvent être touché·e·s par mes formes. (...) Je crée des fictions dans lesquelles j’inscris mon travail, cela me permet d’avoir une certaine souplesse et de ne pas être dans un rapport frontal avec les visiteureuses".


Créer une fiction, un espace de liberté totale où l'autre s'immerge, permet de sortir d'une débat parfois stérile, renvoyé à une réalité et des paradigmes fixes. C'est en faisant jouer l'imaginaire qu'intervient alors de nouvelles paroles, de nouvelles projections et parfois, l'infusion d'une parole minoritaire invisibilisée.


Reine Louve m'a ainsi expliqué comme l'art était pour ael tant un outil de communication personnel que politique, l'importance de la matière et son intérêt pour les formes, pour la fiction et l'immersion artistique. Comme un voyage artistique permet à un autre échange de voir le jour.


Venez découvrir sa façon si riche d'envisager l'art et vous plonger dans son univers fictif pourtant si concret.






Salut Léonore, c’est génial de t'avoir ici avec nous! Est-ce que tu pourrais te présenter un peu?


Hello Anna, merci à toi pour l’invitation.


Je m’appelle Léonore Camus-Govoroff et je suis un·e artiste plasticien·ne non-binaire, ma pratique gravite principalement autour de la sculpture et de l’installation.

En ce moment je suis en résidence au Consulat (Voltaire) où j’ai mon atelier, je bosse sur plusieurs projets d’expositions notamment une qui aura lieu en mai à Reims dont Camille Bardin est la commissaire et deux autres en Allemagne pour cet été, à Karlsruhe et Berlin.


https://www.instagram.com/leconsulatparis/

https://www.instagram.com/camille_bardin/


Lieu à Karlsruhe : https://www.instagram.com/laube_karlsruhe/

Lieu à Berlin : https://www.instagram.com/hosekcontemporary/




Est-ce que ton identité queer influence ton travail? Si oui comment?


Plastiquement pas de manière directe, ou du moins intentionnelle, mon identité n’est pas au cœur de mon travail, c’est plutôt l’histoire de la communauté à laquelle j’appartiens qui m’intéresse, dans mes recherches théoriques et dans l’évolution de mes idées. J’essaie de développer des scénarios fictifs dans lesquels j’intègre différentes figures symboliques de la communauté LGBTQIA+.


Mais de manière générale l’art n’est pas objectif donc l’identité des artistes est souvent de manière plus ou moins consciente et directe partie intégrante de leur travail.


Pourquoi passes-tu par l’art pour développer ces discours politiques là?


J’utilise l’art avant tout comme un moyen de communication, un autre langage. Grâce à ma pratique je partage des idées par un biais sensible, ce qui me permet d’entrer en contact de manière plus « douce » avec un panel de personnes aux horizons très divers qui de prime abord ne se retrouvent pas forcément dans mon discours mais peuvent être touché·e·s par mes formes. Comme je te l’ai dit précédemment je crée des fictions dans lesquelles j’inscris mon travail, cela me permet d’avoir une certaine souplesse et de ne pas être dans un rapport frontal avec les visiteureuses.


J’essaie également de stimuler les différents sens du public, en invitant les personnes à toucher mon travail ou en développant des pièces olfactives.


Pour le projet d’exposition à Berlin prévu au mois d’août la pièce présentée parlera du mouvement féministe lesbien The Lavender Menace et sera complètement interactive et olfactive. Les gens pourront toucher l’installation, s’y allonger, faire une sieste, etc.. C’est aussi dans une démarche de désacralisation des œuvres d’art, de la création d’une intimité et de décloisonner les statuts des objets, tout en apprenant au public à prendre soin et être attentionné vis-à-vis des œuvres.


L’idée n’est vraiment pas de labelliser mon travail comme « queer » car il traite de diverses questions sociétales et est multiple.




A qui souhaites- tu parler comme public, avec ton art?


Idéalement à tout le monde, il n’est pas question de créer pour un groupe social particulier mais d’essayer de toucher une pluralité de personnes avec mon travail. J’aime parler aux enfants car iels sont réceptif·ve·s à mes formes et leur rapport à l’art est très instinctif. C’est un public moins référencé qu’un public adulte et surtout avec beaucoup moins d’aprioris, plus de souplesse, une grande ouverture aux formes nouvelles et un attrait particulier pour les discours fictifs et mondes inventés. Il est simple d’aborder des questions touchant à la communauté LGBTQIA+ avec elleux car iels sont encore en construction et ont un oeil neuf, en marge.



Qu’est-ce que tu penses du milieu de l’art parisien?


Le milieu de l’art à Paris est très fragmenté, l’inclusion de certaines minorités est encore discutable. Les institutions prennent plus ou moins en compte les dynamiques féministes, inclusives et décoloniales des collectifs et artistes émergent·e·s, mais il semblerait tout de même que ces questions soient de plus en plus considérées.


Le milieu reste en majorité cisgenre et blanc, malheureusement les représentations d’artistes non-binaires, transgenres et/ou racisé·es manquent encore dans les galeries mais aussi dans certaines structures publiques.


Et quel est ce projet “Alienshe” auquel tu participes aussi?


Alien She est une association créée par Cléo Farenc courant 2019.


Notre but est de promouvoir les travaux de jeunes artistes et étudiant·e·s femmes et issu·e·s de minorités de genres à travers des ateliers (Alien School) et des évènements culturels (expositions, concerts, soirées court-métrages, etc…) et depuis peu des productions audiovisuelles (Alien She Memory et un nouveau projet en cours de production prévu pour le mois de mai).

Nos tâches sont polyvalentes mais de manière générale j’y exerce un rôle de commissaire aux côtés de Cléo.

Aujourd’hui nous sommes sept avec Maria et Ariane à la communication, Camille et Emma à la trésorerie et Lili notre graphiste.



https://www.instagram.com/alienshe.art/

https://www.instagram.com/verppie/

https://www.instagram.com/lilidoesdesign/



Qu’est-ce que ce projet permet de différent que le milieu artistique dans lequel tu évolues professionnellement ?


Ce projet nous permet de retrouver un espace communautaire. On travaille souvent en non-mixité choisie, avec des personnes que l’on connaît et qui sont en accord avec nos principes. Les identités de chacun·e sont prises en compte de manière sincère et respectées.

C’est un espace où malgré le fait que les personnes cis restent majoritaires je me sens à l’aise et je sais que mon identité n’y est pas négligée.

L’association est en évolution permanente et notamment grâce au fait que Cléo ait toujours pris en considération les remarques des personnes non-cis qui l’entoure sur le développement du projet ou sur notre manière de communiquer.


Il est courant dans le milieu artistique (comme dans la vie de manière plus globale) que les personnes non-cis doivent supporter une réelle charge mentale éducative, ou bien faire face à une négligence de la part des personnes cisgenres qui, bien que sans forcément être transphobes ou bien enbyphobes, ne font pas d’efforts quotidiens allant dans le sens des minorités de genres et ne font pas non plus l’effort d’inclusion d’un vocabulaire non-genré ou neutre dans leurs habitudes de langage.




Tu as commencé quand à créer?


J’ai commencé au lycée avec un cursus STDAA (design et arts appliqués) et j’ai toujours fait pas mal d’activités plastiques ou artistiques depuis l’enfance. J’ai développé une sensibilité à la notion d’espace au lycée étant donné que j’avais une spécialisation architecture. Les matériaux du bâtiment me touchent beaucoup, dans la rue je fais attention aux palettes de briques sur les chantiers, aux fissures des murs, aux textures de goudrons, aux dallages des rues, etc. Je ne sais pas à quel point ces accroches visuelles nourrissent mon travail mais mon téléphone est plein de photos de parpaings. (rires)


Les milieux dans lesquels on évolue sont importants, je sais que cet attrait pour ces textures est du à mon passage par l’architecture comme le choix d’être artiste qui peut sembler instinctif est surtout le résultat de mon bagage socio-culturel et la suite logique de mon cursus en tant qu’étudiant·e aux Arts Déco. Je ne crois pas à l’idée que la pratique artistique soit une chose innée, c’est le fruit d’une construction, d’un milieu et de travail.




Et pourquoi cet intérêt si prononcé pour la sculpture, la 3D?


Comme je te le disais, j’ai été sensibilisé·e à l’espace d’une manière vraiment pratique lorsque j’étais au lycée. Puis aux Arts Décoratifs j’ai choisi la spécialisation Art Espace qui en est une approche plus plastique.

J’ai de grosses lacunes en dessin et conceptualiser une idée en 3D, la visualiser par le dessin pour ensuite la réaliser en 3D c’est un processus qui ne s’adapte pas à ma pratique et ni à ma perception des espaces.


Un objet en volume est pour moi beaucoup plus indépendant qu’un objet 2D, le rapport que l’on entretient avec l’objet est différent il y a un rapport de corps à corps qui se met en place avec la sculpture qui, je trouve, ne se retrouve pas dans d’autre forme d’art.

On vit dans une saturation d’images (numériques, souvent) et la sculpture permet de s'ancrer de nouveau dans une réalité matérielle, palpable.



Quel rapport tu entretiens avec tes œuvres?


J’ai tendance à beaucoup personnifier mes pièces, je leur donne souvent des surnoms. Dans mon atelier elles ne sont pas stockées dans des cartons, j’ai besoin d’avoir un contact visuel et également de les toucher régulièrement comme-ci elles pouvaient me transmettre quelque chose.





Tu mentionnes beaucoup l’importance de la fiction dans ton travail : tu pourrais m’en parler?



La fiction m’apporte une liberté créatrice autant pour moi que pour le public. Le scénario m’appartient pleinement mais les visiteureuses sont tout aussi libres de l’interpréter de la manière qu'iels le désirent. Ça permet également de faire glisser le discours militant de certaines de mes pièces et ainsi transmettre des idées d’une manière moins frontale.


Pour Long-Forgotten Fairytale (mon projet de fin d’études) l’idée était que l’exposition soit un mode de jeu vidéo, dans lequel chacun·e peut-être l’héro·ïne et de ce fait développe sa propre trame narrative via sa sensibilité aux pièces qui l’entourent. S’inscrire dans la fiction et notamment dans le monde du jeu vidéo permet une liberté des formes plastiques, la cohabitation d’objets anachroniques, etc… Sans qu’il y est un but précis l’idée est de confronter à ce que l’on pourrait apparenter à un rite initiatique, un apprentissage, accompagner les spectatrices vers de nouveaux questionnements, peut-être une remise en question en leur partageant mes recherches sur des questions sociétales contemporaines par un prisme fantastique.


Mais tu te dirais miliant.e à travers ton art?


J’ai un discours ultra militant mais discret. (rires) Les titres que je donne à mes pièces sont souvent assez référencés ou bien sont des réappropriations de termes homophobes comme il est courant dans la communauté LGBTQIA+.


Ton travail a sans aucun doute une dimension très immersive, pourquoi ce choix?


Lorsque je vais voir une exposition ou bien que je vais au cinéma, j'aime avoir cette sensation de voyage. C’est ce que j’essaie de traduire également dans mon travail. L’immersion pour moi ne se fait pas forcément dans l’opulence mais par une précision, un attention du détail, penser l’odeur qui accompagnera une exposition, un bruit ou un son, une ambiance, une simulation d’un sens inhabituel qui crée une intimité supplémentaire, une réelle rupture avec le monde extérieur.

Dans ma pratique, il arrive que j’ai tendance à en faire un peu trop, en ce moment j’essaie de me forcer à alléger mes installations pour me rapprocher d’une justesse plus fine.


Qu’est-ce qui nourrit ton travail ?


Une des choses qui nourrit le plus mon travail ce sont les conversations avec mes ami·e·s artistes (mais pas que), je pense que de manière générale, l’art est une émulation collective.

Autrement je regarde beaucoup de films, lorsqu’un sujet m’intéresse j’essaie d’abord de voir comment il a été traité dans la culture pop ou mainstream, car c’est important de savoir quelles sont les clefs de lecture d’un public non-initié et après je digg des écrits universitaires ou tout type de références que je trouve pertinentes peu importe l’origine ou l’auteurice.




Qu’est ce que tu apporte en plus dans ton travail artistique toi?



J’aime apprendre des choses mêmes anecdotiques lorsque je vais au musée ou voir une exposition, j’espère transmettre la même chose dans mon travail. J’essaie d’avoir des références précises que ce soit politiquement ou scientifiquement dans mon travail et de les partager de la manière qui me semble la plus juste.





3-4 artistes à nous faire découvrir?


Depuis un certain temps je suis beaucoup le travail de Rose-Mahé Cabel et évidemment le collectif des copaines Évènement 0, il y a aussi les artistes avec qui il est prévu qu’on travaille ensemble bientôt comme Louis Chaumier et Roméo Dini.

Et aussi les deux artistes qui m’émeuvent beaucoup depuis un certain temps Korakrit Arunanondchai & Sin-Way Kin. C’est plus que 3/4, j’ai le name dropping facile. (rires)



https://www.instagram.com/m_rdb_c/

https://www.instagram.com/evenement0/

https://www.instagram.com/louischaumier_/

https://www.instagram.com/romeo__dini/

https://www.instagram.com/kritbangkok/

https://www.instagram.com/sinforvictory/



3-4 sons?



En ce moment j’écoute en boucle l’album de Talita Otović « Arcanes Majeures » je pense honnêtement être la personne à l’avoir le plus streamé sur Soundclound (rires).



https://www.instagram.com/talitaotovic/



D’autres ressources?


La BA(F)FE (base de données féministe) ce site est une super aide, les articles sont très interessants et surtout bien classé, c’est super pour faire des recherches et la chaîne viméo des séminaires Something You Should Know créés et animés par Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petresin-Bachelez.


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