Rechercher
  • cesarloubard

#SashaYolo : The Message

"L'absurde c'est ce divorce entre l'âme qui désire et le monde qui déçoit" énonçait le prix Nobel Albert Camus dans son essai "Le mythe de Sisyphe".

Née d'une famille LGBT où le mariage comme le divorce semble être un combat, l'absurde de Sasha nous déçoit rarement et nous évoque plus de désir que de raison. Entre esthétique monochrome et logique convexe, son travail converge parfaitement entre ses inspirations diverses et son esprit complexe. Sincère et sensible, ses photos sont un parfait reflet de sa personnalité en tant que femme, en tant que photographe et en tant qu'artiste.


Elle nous fait l'immense plaisir d'ouvrir une porte de son imaginaire aujourd'hui pour Radio Loubard et c'est avec une intrigue active que nous allons ensemble la découvrir...


Sasha la Femme Monochrome pour Radio Loubard





Hello Sasha, très heureux de recevoir la femme en monochrome sur Radio Loubard !

Pourrais-tu te présenter rapidement pour ceux qui n’ont pas découvert la définition de l'absurde-réalité sasha.yoloïque ?

Absurde c’est pas mal... Je saurais pas donner une définition exhaustive de ma personne parce que je suis toujours en train de chercher qui je suis vraiment mais sinon je peux donner mon état civil! Je suis née le 15 avril 2000 et j’habite près de Lille à la campagne dans un magnifique village avec faune et flore sauvages mais je ne citerais pas son nom pour le préserver des touristes....

Je mesure 1m80 et je m’habille en couleurs, je suis un peu bizarre ou du moins je ne passe pas vraiment inaperçue, mes amis m’ont souvent dit que j’étais assez atypique de par mon apparence mais aussi et surtout de par ma personnalité et mon attitude haha!

J'ai pas mal de facettes donc c’est difficile de me ranger dans une case, même dans ce que je fais, j'essaye de faire preuve au maximum de polyvalence parce que je l'a trouve plus adaptée actuellement. Je fais de la photo, des études de sociologie, de la réalisation audiovisuelle, de la scénographie, de l'écriture et du dessin donc ça reste assez large quoi!

C'est assez embêtant parce qu’on est aujourd’hui dans un monde de la spécialisation du genre : on aime pouvoir ranger les gens dans des métiers et du coup la polyvalence ou cultiver la polyvalence c’est pas vraiment vu comme une qualité mais plutôt comme un manque d’aboutissement dans quelque chose.

Contrairement à des héros de l'humanité comme Platon ou Léonard de Vinci par exemple, ils n'étaient pas juste philosophe ou peintre, Léonard de Vinci était aussi mathématicien en plus d'une multitude d'autres métiers et compétences (cf Wikipédia) et pareil pour Platon ce n'était pas le philosophe désincarné, poussiéreux et livide que vous imaginait, il était athlétique, c’était un lutteur !

Bref ils étaient plus dans un idéal de la totalité, bon et beau (khalos khagatos pour faire intellectuelle) et je trouve personnellement que cette polyvalence apportent des contenus plus riches et pertinents. A l’inverse aujourd’hui on essaye de spécialiser les gens pour les faire rentrer dans des cases ce que je trouve dommage parce que je pense qu’on gagne beaucoup à s’ouvrir à plusieurs activités.




Comment pourrais-tu nous décrire ta démarche artistique et ton processus de création ? 

Je veux donner à voir quelque chose que l’on ne pourrait jamais voir dans la ‘vraie vie’. Je veux surprendre et questionner les gens, je veux qu’ils se disent pourquoi et pourquoi pas. J’essaye de réinventer une nouvelle réalité et de « transfigurer le réel ». Concrètement j’essaye de voir au-delà des apparences des objets qui nous entourent pour essayer de détourner leur fonction utilitaire et de leur en réinventer une nouvelle ou alors de les prendre juste pour leur fonction esthétique. J’aime jouer sur la frontière entre la réalité et la fiction, le normal, l’impossible. Je pense que cette frontière est très mince et surtout elle dépend toujours d’une époque et d’un lieu donné. Ce qui paraît normal aujourd’hui ne l’était sûrement pas il y a 100 ans. Prendre conscience de cette relativité permet aussi de changer sa vision des choses et du monde qui nous entoure, prendre du recul, et surtout, prendre conscience que la réalité dans laquelle nous vivons n’est jamais la même que celle de notre voisin et qu’il y a donc autant de réalités que d’êtres humains vivants sur cette terre.


Tu n’as pour l’instant pas fait d’école d’art ni de photographie, mais tu as plutôt fait une classe préparatoire pour des grandes écoles, qu’est ce que ces études ont pu apporter à ton travail artistique?


Je dirais une capacité de réflexion et surtout d’abstraction et de recul sur ce qui nous entoure. Si beaucoup de connaissances théoriques finissent par partir au bout d’un certain temps, c’est surtout une manière d’être au monde qui reste, c’est-à-dire une attitude de questionnement et de remise en question permanente sur ce qui nous entoure.

Ne jamais rien prendre pour acquis mais se confronter à l’adversité, pour essayer de se forger sa propre opinion et individualiser sa pensée. Moi je sais que j’ai toujours envie d’écrire des pages entières de réflexions et questionnements sur pleins de choses (là par exemple dans cette interview j’ai envie d’écrire 15 pages pour répondre à chaque question parce que sinon j’ai l’impression de ne pas être allée jusqu’au bout de ma pensée, je suis du coup actuellement grave frustrée). J’écris régulièrement des sortes de débuts d’articles sur des sujets qui m’intéressent pour essayer de me faire un avis un peu personnel et de structurer ma pensée mais bon mon but principal c’est surtout de me poser les questions et d’y réfléchir. J’ai jamais les réponses.





Est-ce que c’est important pour toi justement d’apporter l’aspect sociologique croisés avec des inspirations poétiques dans l’art actuellement ?


Oui même si au début, j’y pensais pas tellement, je me suis dit ensuite que je pouvais développer quelque chose là-dessus. Cet aspect sociologique n’est pas forcément très visible et évident à première vue dans mes photos mais je pense qu’on peut le retrouver dans ma tentative de remise en question des normes sociales qui nous entourent et nous influencent quotidiennement.

Je veux vraiment que les gens prennent conscience de ces normes et surtout de leur caractère arbitraire et temporel. Les normes sociales c’est pas juste l’orientation sexuelle, les pratiques dans un couple etc c’est tout ce qui passe dans notre quotidien, c’est ce qui influence le déroulement de nos interactions quotidiennes, de nos attitudes envers nous-même et les autres, ce qui influence et modèle nos corps, nos représentations, nos désirs, nos rejets. Je pense qu’on ne sait pas toujours jusqu’à quel point on est modelés par l’environnement dans lequel on évolue. Il y a une multitude de possibles autres que ceux qu’on nous a appris étant petits. Je choisirais de prendre exemple sur la manière de s’habiller, on pourrait très bien vivre dans une société où la norme serait de porter une couleur différente chaque jour et de s’habiller intégralement avec cette couleur. Il y a seulement quelques dizaines d’années, c’était impensable de voir une femme avec un pantalon, aujourd’hui c’est complètement normal. La question c’est donc de trouver ce qui est impensable aujourd’hui ?




Ce que j’apprécie avec le surréalisme ou l’absurde c’est que chacun va pouvoir y trouver quelque chose qui va spécialement le marquer, et l’on peut s'attarder longtemps sur la photo et y découvrir quelque chose de nouveau. Est-ce que justement ce choix de mouvement artistique te permets de pouvoir laisser plus de liberté d’interprétation dans tes photos ?

Oui exactement. Je suis très influencée par l’esthétique et surtout la démarche et le processus de création surréaliste. Le propre d’une image est bien que chacun puisse l’interpréter à sa manière et je veux laisser cette liberté au spectateur, c’est aussi pour ça que j’accorde une grande importance aux détails dans mes photos afin que celles-ci puissent en elle-même raconter des histoires.



Tu as une esthétique très monochrome le plus souvent avec une harmonie facilement identifiable, pourquoi ce choix ?


Je pense que la couleur est ce qui permet de donner une cohérence à mes mises en scènes. Quand je rassemble par exemple plusieurs objets qui n’ont rien à voir les uns avec les autres dans une même scène, c’est la couleur commune qui permet de créer l’harmonie et la cohérence de la scène et qui permet alors au spectateur d’éventuellement s’attarder sur les détails des objets, et donc aussi sur la signification possible qu’on pourrait donner à la scène. Je pense qu’en photographie comme dans d'autres modèles artistiques que l’esthétique sert le sens et les deux sont forcément liés (je vais éviter de rouvrir une parenthèse ici mais j’en ai très envie!!). C’est vrai que mes photos sont assez ‘cadrées’ et j’adopte souvent la même prise de vue avec le sujet au centre, comme pour la similarité des couleurs, c’est pour que l’œil du spectateur puisse ensuite s’attarder davantage sur les détails de la scène.



Ce que j’adore dans tes photos c’est la mise en place d’une scénographie particulière et le placement minutieux de petits objets qui donne du sens à la scène. Pourrais-tu nous parler de ta démarche scénographique ?


Oui c’est vrai que je suis pas trop dans l’épuration, j’adore l’esthétique de l’abondance donc dans mes mises en scène il y a souvent pleins d’objets et donc également pleins d’informations et de signifiants différents. Je sais pas trop d’où ça me vient mais je sais que j’ai toujours grandi dans un univers très ‘décoré’. J’ai toujours adoré les braderies et d’une manière générale, je collectionne tout et n’importe quoi, je jette jamais rien du coup j’ai des milliers d’objets chez moi et chaque objet me donne des idées de mises en scène. Ce qui me permet clairement de travailler avec un processus infini : j’ai tout le temps des nouvelles idées parce que mon inspiration se développe à partir de l’objet. Chaque fois que je découvre un nouvel objet dans mon grenier, dans une braderie ou chez Emmaüs j’ai une nouvelle idée. Quand je créé moi-même mes décors, j’adore fabriquer des objets en grande dimension mais je crains de ne pas encore avoir trouvé la signification de cette démarche il faudrait que j’explore davantage mon inconscient!



Tu as grandis dans une famille 100% LGBTQ, est-ce que tu penses que ça a pu t’influencer d’une manière ou d’une autre ? 

Oui très certainement. Je ne suis pas trop une partisane du déterminisme et je pense que tout le monde a potentiellement une part de libre-arbitre mais bien sûr j’ai été influencé par les personnes avec lesquelles j’ai grandi et surtout leurs idées et manières de voir et concevoir le monde. Jusqu’à ce que je rencontre des parents d’amis à l’école, la norme c’était pas du tout un homme et une femme ensembles et d’ailleurs je savais même pas qu’il pouvait y avoir des normes en ce qui concerne l’amour! C’est quand j’ai réalisé ça plus tard que je me suis vraiment rendue compte que chacun avait sa propre réalité et vision des choses. En fait, tout est possible et imaginable et notre champ des possibles, cela dépend juste de l’environnement dans lequel on évolue. D'un autre côté, quand tu vis en société il faut trouver des gens qui peuvent partager un peu ta réalité et tes idéaux, ce qui pour ma part n'est pas très facile! C’est certainement pour ça aussi que je veux créer quelque chose de surréel dans mes photos, faute de pouvoir le vivre en vrai...


Quels artistes ou personnes t’ont le plus inspirés ? 

Comme je l’ai dit plus haut, je suis pas trop dans l’épuration du coup je vais faire une liste non exhaustive ni chronologique de photographes reconnus qui me viennent en tête et que j’adore sans expliquer pourquoi parce que sinon on en aurait pour des heures : Ryan Schude, Gregory Crewdson, Cindy Sherman, Larry Sultan, Alex Webb, Axel Prager, David Lachapelle, Sophie Calle, Philip-Lorca diCorcia, Lars Tunbjork, Charles H Traub, Tim Walker et 7890 autres...


Mais en fait d’une manière générale, tout autour de moi va m’inspirez, là dans mon carnet j’ai des milliers de scènes écrites et dessinées, il faut juste que je les prenne en photos avec des sujets humains. J’ai tendance à tout voir autour de moi comme une potentielle matière artistique, comme je l’ai dit je jette jamais rien et du coup j’ai tout le temps plein d’idées et des fois la nuit je me réveille pour noter un rêve qui m’a inspiré (oui j’ai vraiment un carnet de rêve et j’espère que personne ne verra jamais ce carnet parce qu’il y a vraiment des choses très bizarres et compromettantes dedans).

Je pense vraiment que tout est là autour de nous pour être ‘œuvre artistique’ -les gens autour de nous dans la rue, les objets, les paysages, il suffit de trouver le bon angle, le bon ordre comme pour les mots, la poésie, la pensée. C’est juste une question d’ordre et d’agencement.





Tu n’aurais pas 3-4 artistes nous faire découvrir ? 

J’en ai pleins encore mais ce qui vient en tête là c’est sur Instagram, j’ai découvert récemment le compte de Brendon Burton ça n’a rien à voir avec ce que je fais mais j’adore ses photos ! Je n’aurais jamais pensé faire de la pub pour quelqu’un un jour, il me connait pas et il saura sans doute jamais que je lui ai fait de la pub mais voilà j’aime bien faire les choses gratuitement, c’est ma facette Abbé Pierre.


Autre chose à nous faire partager ? Artistes, photographes, musiciens, livres etc.. ? 


Je l’ai déjà dit aussi mais j’adore la poésie et la philosophie, je lis que ça parce que pour moi c’est très important de savoir mettre des mots justes sur ce que je ressens et la poésie a notamment cette capacité de dire l’universel à travers le particulier. On est tous un peu les mêmes au fond, et je pense que les mots peuvent, en nous individualisant, nous rassembler. Je lis pour découvrir des regards différents du mien sur le monde et pour confronter ma pensée, mes contradictions, et parce que la philo c’est pas juste un truc chiant et rébarbatif ! Il y a pleins d’auteurs hyper intéressants et passionnants qui semblent avoir totalement compris la vie et qui peuvent parfois résumer des heures de pensées en une phrase. Pour moi on peut pas vivre pleinement et être pleinement acteur de sa vie sans s’interroger sur sa vie et sans se poser des questions sur soi et ce qui nous entoure. En tout cas moi la philosophie et la poésie ça m’a beaucoup aidé pour savoir qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie, je quitterais sûrement ce monde en lévitation. Mais sinon je dis ça aussi parce que j’ai l’impression qu’aujourd’hui presque plus personne ne lit, les réseaux nous apprennent à zapper, à être pressés, à traiter l’autre comme un objet, à savoir interagir qu’à partir d’images et à pas vraiment débattre ni confronter des points de vus. Je trouve ça sincèrement dommage de se contenter de si peu et de ne pas exploiter les incroyables capacités intellectuelles du mystérieux cerveau humain.

bisous colorés.



NOW THAT YOU LOVE HER (HOW THE FUCK YOU CAN'T?) SUPPORT HER :


INSTAGRAM SASHA

PORTFOLIO SASHA



141 vues
Join my mailing list
  • White SoundCloud Icon
  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Instagram Icon
  • White YouTube Icon