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  • annabreton

#Sekhou Drame : The Message (Paris)

J'ai rencontré Sekhou dans un bar à Jaurès, et j'ai tout de suite su que je commencerais par écrire sa façon de parler avec de grands gestes, de rire aux éclats et de son regard concentré. Je ne saurais pas bien dire si c'est moi qui l'ai interviewé ou si c'est lui qui m'a questionné, mais qu'importe, plein de belles choses ont été dites.


Il y a des gens qui savent ce qu'iels font et on iels vont, et c'est le cas de Sekhou : que ce soit au théâtre ou en posant, il joue des rôles. Tout vivre dans le jeu, dans l'excentrique, le drame et l'exubérant... On a parlé de plein de choses : de son rapport à sa famille, au mannequinat, de son rapport à son physique et aux injonctions esthétiques normées, de l'importance du théâtre pour lui, de tout ce que ça veut dire et de où l'espoir réside...


Le corps humain, on le voit aminci, épilé, contracté, cambré, retouché, ajusté, sur tous les réseaux et les pubs du monde. On sait tous comment ça fait d'être du côté de ceux qui regardent, mais être celui ou celle qui est regardé.e, ça fait quoi?





Sekhou Drame pour Radio Loubard



Je m’appelle Sekhou Drame, j’ai 20 ans, j’habite à Paris. Dans la vie je fais du théâtre et de l’acting ainsi que du mannequinat depuis plusieurs années. Actuellement je suis en tournée avec ma troupe de théâtre, le spectacle que nous sommes en train de présenter retrace le parcours de chacun, Pascal Rambert est le metteur en scène a l’initiative du projet, le texte qui m’a été attribué m’a permis de prendre conscience des problèmes auxquelles j’ai pu faire face, Pascal à réussi à mettre des mots sur mes traumatismes et je lui en suis reconnaissant. En parallèle à mes études de théâtre, je suis un grand passionné d’afro jazz et d'afro-cubisme.





Tu as commencé quand le mannequinat ? Comment tu crois que ça a construit ton regard sur toi-même ?


J’ai commencé le mannequinat en hiver 2018 avec une campagne Celine photographiée par Hedi Slimane, j'avais 16 ans à l'époque.


Un beau matin j’ai été repéré à la sortie d'un Mcdonalds, depuis je suis représenté par l’agence Rock Men Paris, qui m’accompagne dans ce merveilleux projet. D’après moi, l'atout principal de ce métier est qu’il m’a permis de prendre confiance en moi et de gagner en assurance ce qui n'était pas le cas plus jeune, j’avais un énorme complexe qui était lié à ma couleur de peau. La “peau tendance” au collège était celle des “light skins” (metisse ou noir avec la peau claire) ce qui me m’etait d’office sur le banc de touche. Je me sentais moche, et mes amis de l’époque participaient inconsciemment à mon mal être. En commençant le mannequinat j'ai repris petit à petit confiance en moi, car les gens me complimentaient beacoup par rapport à mon physique ce que je ne comprenais pas à l'époque.



Si tu devais me donner cinq mots pour te décrire, ce serait quoi ?


Je dirais ambitieux, drôle, bavard, bienveillant et indécis...


T'es verseau c'est normal... (rires) Le théâtre ça veut dire quoi pour toi ?


Alors pour moi le théâtre, c'est beaucoup de choses. C'est une manière de s'évader, d'échapper à sa propre vie en jouant à être quelqu'un d'autre. C'est aussi une manière de dire des mots de quelqu'un d'autre, que l'on ne prononcerait jamais. Au théâtre je me sent plus vivant dans un personnage que dans la vraie vie parce qu'on inspecte, on analyse et on scrute les profondeurs du personnage pour le faire vivre.


C'est aussi la mise en écriture de paroles et d'actes. Écrire quelque chose qui va être dit et jouer nécessite une bonne écoute du réel, de la vie, on ne fait pas dire n'importe quoi à un comédien. Ce n'est pas simplement retranscrire le réel, c'est l'interpréter, l'adapter à ce que veut y faire dire : c'est là où réside la création. D’après moi le théâtre, c'est faire dire à des comédiens ce que nous ne pouvons pas dire dans la vraie vie. En plus de les faire dire, c'est les faire interpréter et ça demande pas mal de confiance en soi...



C’est quoi pour toi le lien entre le mannequinat et le théâtre ?


Lorsque je shoot, je ne me vois jamais comme un mannequin mais toujours comme un acteur/comédien, c’est bien pour cela que j’analyse les vêtements que je porte pour automatiquement me mettre dans un personnage. On peut bien apercevoir sur mon profil Instagram que la plupart de mes clichés sont assez dramatiques... (rires) Pour moi le lien entre le mannequinat et le théâtre est tout simplement le jeu d’acteur. Tu verrais certains mannequin comme iels font la gueule (rires) : il ne faut pas forcément se prendre trop au sérieux!



Comment as tu vécu d'être partagé entre une éducation occidentale et africaine ?


Je l'ai très mal vécu parce que je n’ai jamais su vraiment ou me situer. J'étais partagé entre l'éducation de mes parents et celle de mes professeurs de classe, ce qui pouvait me mettre dans des situations d'incompréhension.


Quand un adulte à l’école me grondait , je devais le fixer dans les yeux, ce que mon père considérait comme un manque de respect... C'est plein d'informations contradictoires pour un enfant, et c'est plus compliqué de trouver ses repères.


Et comment tu allie une famille traditionnelle et la vie queer et libre que tu vis à coté ?


Pour ma part la solution à été de déménager de chez mes parents, je manque à ma famille, donc forcément les problèmes qu’on a pu rencontrer dans le passé s’efface ou du moins prennent moins de place. On apprend à se manquer. Le plus important c’est de garder un lien, et j’en ai besoin de ce lien parce que je suis autant queer que “tradi”. Les traditions, les principes et les valeurs que ma famille traditionnelle m’a transmis j’y tiens énormément : je fais en sorte de vivre ma vie tout en les respectant.



Si tu avais un message à faire passer aux gens autour, qu’est-ce que ce serait ?


Tout simplement croyez en vous, parce que personne ne le fera à votre place et ne laisser personne vous dire dans quelle direction aller suivez votre propre chemin.


Qu’est-ce qui te donne de l’espoir ?


Pour commencer je dirais l’humain, j’ai eu la chance de rencontrer un nombre incalculablede pépites dans ma vie. Ensuite je dirais les mouvements de notre jeunesse. Je crois qu'on réinvente l’activisme et la démocratie, en trouvant de nouvelles façons radicales de comprendre et de combattre les injustices de longue dates.


Tu pourrais me donner 2-3 sons ?


Orchestre de la Paillote - Kadia Blues


Africando - Xale Bile


Orlando Cachaito Lopez - Redencion












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