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  • cesarloubard

#VJ Rien : The Message (Paris)

"Méta est un préfixe qui provient du grec μετά (meta) (après, au-delà de, avec). Il exprime tout à la fois la réflexion, le changement, la succession, le fait d'aller au-delà, à côté de, entre ou avec." (Wikipedia, merci de m'inspirer chaque jour)

Puisque l'inspiration et Wikipédia ne suffisent pas, je dois également me soumettre à l'utilisation de mon métacarpe pour respecter ce préfixe latin et tenter d'exprimer toute les choses énoncés ci-dessus.

Les clips et le travail de VJ Rien qui par un nom évoquant le néant arrive pourtant à remplir de symboles et d'images les soirées Possession ou celle de RAW avec talent et conviction. Quelles sont leurs armes ? Qu'est ce que signifie leur travail ? Pourquoi plait-il tant ? Une des réponses qui m'est immédiatement venu en tête en passant du temps à regarder leurs lives et clips c'est l'utilisation avec puissance de la métaphore

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Ce mot qui signifie littéralement en grec "transport" a la force de nous faire voyager et d'aller "au-delà" ou "a côté" de la réalité. Avant tout une figure de style, elle est finalement assez inhérente au désir humain, s'inscrivant dans notre recherche continue de "reflexion, de changement et de succession". La vie est plus séduisante en métaphore, elle permet de passer habilement à côté d'une réalité en overdose de noirceur et en manque cruel de beauté, créant une illusion poétique plus séduisante pour notre esprit.

Vous achetez des métaphores, la religion est une métaphore et l'amour commence toujours par une métaphore qui peut prendre le chemin de l'oxymore ou de l'antithèse, choisissez donc bien avec qui et comment pratiquer la figure de style amoureuse...

Jouant sur la symbolique, nous avons plus de facilités à s'identifier à des symboles qu'a notre propre personnalité, et c'est ce qui fait de la métaphore une précieuse amie créative, soeur du narratif de la vie et mère de la littérature du quotidien.


En travaillant sur une succession d'images, de symboles, et croisant en live des concepts et des histoires, le duo parisien ne déroge pas à l'étymologie de la métaphore et transportent a chaque fois ses spectateurs dans un rêve d'images et de sens.

Ce qui est également très beau, c'est de pouvoir travailler sur le support qu'est la musique techno, nécessitant de s'adapter aux breaks et aux drops des sets pendant les performances. Parce que finalement, la vie est aussi faite de breaks et de drops, que l'on image comme on peut le peut, sélectionnant les métaphores du souvenir qui nous arrange le plus.

En performant live dans toutes les soirées cool de la capitale et d'ailleurs, ceux qui cherchent le "moment de grâce" nous emmènent chaque fois dans une explosion visuelle forte, saisissant nos âmes de métaphores euphorique. Soutenue par une passion de leur métier et par une passion du cinéma et de l'image, VJ Rien s'est imposé comme des acteurs indispensables de nos soirées et ont prit le précieux rôle de narrateurs de nos nuits.

Le marchand de sable va passer....


VJ RIEN pour Radio Loubard




Hello VJ Rien, j’espère que tout va bien pour vous ? Comment s’est passé votre confinement ?


Kevin: Salut ça va bien, je suis parti vivre chez notre pote Andrei chez qui on a pu goûter un sentiment d'after prolongé sur plus d'un mois en compagnie de JKS et Marianna la photographe de la Possession.


Oscar: Je me suis barré la veille du confinement à Lisbonne avec un musicien et un chef cuisinier. On a fait de la photo argentique du son de la bouffe c'était parfait. J'ai pu replonger dans mes premières amours, la 3D réaliste et le motion design.


Pourriez-vous nous parler un peu de l’histoire du duo et de votre arrivée dans le VJ ?


On s'est rencontré dans une Order il y a 4 ans. Un pote en commun nous a ramené et on s'est retrouvé tous les deux face à un écran énorme sur lequel passait une vidéo en boucle. Donc on est allé voir les orgas qui étaient également les boss de l'agence booking raw et l'un d'eux m'a fait "mais t'es mon voisin toi on habite dans le même immeuble". C'était incroyable de voir qu'il n'y avait personne, aucune concurrence, ils nous ont donné notre chance direct alors qu'on avait jamais vraiment fait ça.

Ensuite on s'est vu tous les jours pendant 1 mois pour préparer notre set-up en détournant une platine Dj. Il fallait choisir nos effets, la manière dont on classe les vidéos ce qui donnait lieu à des débats quasi philosophique.

La 1ere fois qu'on a joué, les régisseurs nous ont gentiment indiqué notre place: une petite table flanquée de deux chaises près des toilettes du backstage. Ils étaient assez étonnés quand on leur a dit non merci on jouera sur scène sans chaise pour les 10 prochaines heures.



Tout ça passe par, j’imagine, une très grosse culture cinématographique, quelles sont vos plus grandes inspirations dans l’audiovisuel ?


Il y a quand même deux mondes qui sont difficilement joignables: celui de l'esthétique et celui de la narration. Dans le monde de la narration on trouve Fellini Antonioni, de Palma...des films dont l'histoire est particulièrement bien écrite et dont il faut des relectures incessantes pour comprendre les idées qu'ils y cachent.

Dans le monde de l'esthétique on peut tomber sur des films très mauvais, complètement oubliés mais dont les plans sont parfaits pour le vjing.

Bien sur, ces deux mondes se rejoignent sur les grands films qui arrivent à les concilier. Notre but est d'utiliser les clés narratives d'un plan, de les mettre en valeur pour les mixer avec des plans esthétiques.


Vous faites finalement partie à part entière de ce que l’atmosphère d’une soirée techno peut faire ressentir. Comment prenez vous des décisions pendant les sets ?


On se parle assez peu en fait. On est vraiment comme des musiciens on se comprend au travers des images. Les moments où on prend des décisions sont surtout sur les breaks et les drops. Quand on sent l'un ou l'autre arriver l'un d'entre nous signale qu'il va prendre le contrôle pour mettre l'image du drop (quand le kick arrive) ou l'image du break. Quand on joue à deux ça permet à l'un de jouer à fond pendant que l'autre prépare le drop par exemple. Ça permet de casser parfaitement entre les deux rythmes.


Qu’est ce que vous essayez de faire transmettre avec le VJing ? Une histoire ? Des émotions ? Ou un aspect purement esthétique ?


Comme cette discipline en est encore à ses balbutiements, on ne peut pas encore transmettre une histoire, dans le format warehouse 7h de mix. Ça demanderait une production hollywoodienne. Il s'agit pour le moment de mettre en place des concepts (une femme, la ville, la nature, un objet) qui forment mis bout à bout un fil narratif très fragile. Et ces concepts se réunissent grâce à des jeux esthétiques: composition des éléments dans l'image, couleurs semblables, thèmes opposés ou communs…

Il arrive 3 ou 4 fois dans un mix qu'on ai ce qu'on appelle un moment de grâce, c'est un moment pendant lequel on arrive à dérouler une mini histoire qui met en place des concepts forts et qui est forte esthétiquement, à un tel point que la musique passe en arrière plan comme si c'était la musique d'un film. Ce sont des moments rares dans lesquels le hasard joue un rôle assez conséquent puisqu'il faut en permanence deviner quel choix va faire le Dj.



Il y aussi une relation avec l’artiste qui est importante sur des lives, vous avez généralement carte blanche ou certaines directives globales sont données en amont ?


C'est très rare de pouvoir préparer un set de DJ. Simplement parce que les Dj ne savent pas eux même ce qu'ils vont jouer, c'est très long ça prendrait plusieurs mois à plein temps et le temps de préparer ça il y aura déjà des dizaines de morceaux qui auront changé dans la playlist. La rapidité avec laquelle la musique évolue nous impose de nouvelles contraintes pour créer un live sur mesure. A Dour par exemple on nous a donné les plans d'un écran long de 70 mètres seulement un mois avant le live.

La solution donc c'est de choisir des thèmes qui correspondent à l'univers de l'artiste puis d'improviser comme toujours sur les musique qu'il passe. De cette manière on garde une direction artistique et on s'adapte en temps réel à son jeu.


La dimension symbolique des images est assez forte dans le V-Jing. Même si l’esthétique “Warehouse” est facilement identifiable, vous essayez de mélanger plusieurs figures et rappel graphique. C’est important pour vous de croiser les styles et les symboles ?


Pour le comprendre il faut essayer cet exercice: Essaye d'écouter une musique et de t'imaginer quels visuels ce son t'évoque. Au début tu verras des volutes de couleur insaisissables comme un rêve qui s'échappe continuellement. Et ce muscle qu'on appelle synesthésie, se précise à mesure qu'on le pratique.


Ça donne d'un côté une réactivité très forte pour tout de suite identifier si un son sera bleu, rouge, violet… Et de l'autre côté ça donne des clés pour savoir quel symbole serait le plus adapté. Ensuite une fois qu'on a le symbole, le thème on doit choisir avec lequel il faut le croiser. Car ce n'est intéressant que si on croise les thèmes. Si je te fais un clip avec que des crs qui tapent sur des gilets jaunes ça va être ennuyeux ça sera juste une ambiance. Mais si ce symbole est mélangé avec un autre thème du style des montagnes qui s'écroulent là on va saisir un lien un concept et on va se dire que les montagnes qui s'écroulent sont une métaphore de la chute de notre société.


Le plus difficile est de rester authentique, on a vite fait de tomber dans les clichés.

Le plus intéressant est de jouer avec des thèmes qui sont très éloignés de l'ambiance Warehouse, du style des vieux ou des enfants qui jouent. Heureusement que beaucoup de réalisateurs ont traité chacun de ces sujets avec brio, par exemple la scène de fin (ou du début ?) d'irréversible avec les enfants qui jouent dans le jardin.





Est-ce que vous avez l’impression d’être des “performeurs”, toutes proportions gardées bien sûr, quand vous vous produisez ?


C'est pour ça qu'on se bat à chaque fois pour jouer sur scène. Chaque vidéo dure de 10 secondes à une minute. On a en général 3 à 4 vidéos qui tournent en même temps. Je te laisse faire le calcul sur 7 heures de live. Chaque break, chaque drop est géré en direct, il faut donc être en permanence sur le qui vive.

Et surtout on n'utilise pas le BPM. On pourrait régler la vitesse des vidéos sur la vitesse du son mais on s'est rendu compte dès le début que ça casse la synergie avec la musique. Le côté humain ne transparaît plus dans les légères différences de rythme. C'est assez bizarre finalement parce que le cerveau repère très vite quand la voix n'est pas synchro avec l'acteur par exemple tandis que si je te met n'importe quelle musique sur un oiseau qui bat des ailes, le cerveau va tout faire pour que son battement corresponde à la musique. On peut alors exploiter cette faille et creuser quand on le souhaite la différence de rythme entre la musique et la vidéo puis revenir dessus pour avoir un effet de contraste.



Vous avez aussi réalisé quelques clips, comment s’est déroulé la production et le contact avec les artistes ?


Ils se réveillent souvent quelques jours avant la sortie de leur EP avec l'idée novatrice de faire un clip…C'est assez dommage on se retrouve sans raison dans un rush monumental mais qui au final est assez efficace. Un clip c'est comme un livre, on pourrait passer sa vie à le peaufiner. Pour ce qui est de la production de visuels c'est un processus très long qu'on commence à aborder. Ça peut prendre plus d'un an à se faire car il faut au moins 10.000 euros si tu veux une vidéo potable. Pour que l'image paraisse naturelle et réaliste il faut en fait une équipe de gens bien payés et expérimentés. Le cinéma c'est un art cher. Avec Kévin on est divisé la dessus, il est partisan du go on fait des plans on y va à la Goddard. Mais pour ma part je préfère l'approche Kubrick où tout est préparé pour pouvoir cacher des clés narratives dans les plans. Et surtout pour pouvoir payer correctement les gens avec qui on a la chance de travailler.

Le gros problème dans la techno est la peur viscérale d'approcher les pouvoirs publics. Il est possible d'avoir des subventions pour des clips mais la plupart des artistes même très haut placés à qui j'en parle ont peur de se faire refouler. Comme si il y avait une nécessité à se mettre en marge. Dans le rap ils ont 10 ans d'avance sur la techno, ils ont une culture du clip très forte.



Vous êtes les résidents des soirées Possession depuis quelques temps. c’est plutôt agréable de pouvoir avec une relation sur du plus long terme avec des collectifs ?


Oui c'est un plaisir immense d'avoir des gigs fréquentes. C'est très rassurant. Quand on a commencé on avait 4 à 5 dates par an pendant peut être 3 ans. Donc il fallait vraiment s'accrocher pour pas lâcher l'affaire et digguer sans cesse.

C'est surtout l'obligation de se renouveler. Après avoir digué un univers anti-clerical et gay on va pouvoir partir dans un univers différent pour l'année qui vient.


Est-ce qu’on pourrait vous voir vous produire en dehors du VJ et du monde de la Techno ?


Kévin officie sous le nom de Black Dog Bastard en tant que Dj et producteur au sein du label Masse. On serait pas à l'abri d'un live AV prochainement. Il est également un excellent peintre et illustrateur, vous pourrez voir les pochettes des compilations de Raw.

Pour ma part je prépare des projets de mapping dans des Églises. C'est un travail de longue haleine qui sera peut être visible d'ici 2 ans si tout se passe bien. J'ai aussi reçu cet appel étrange du Japon pour jouer dans un festival de garage rock près d'Hiroshima avec le groupe Guitar Wolf.


VJ Rien dans 3 ans c’est quoi ?


Dans l'idéal ça serait de faire un film et une tournée de live AV avec un artiste.


Vous n’auriez pas 3-4 sons à nous faire partager ?


Si on en a mais ils sont pas encore sortis...


3-4 films à voir avant de crever la gueule ouverte ?


La notte de Antonioni

Le cercle rouge de Melville

Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais

L'année dernière à Marienbad d'A. Resnais

Le salaire de la peur avec Yves Montand

Le président avec Jean Gabin

Z de Costas Gravas

La terra trema de Visconti

La montagne sacré de Jodorowsky

Grenades (nom à retrouver j'ai pas internet) de Parajdanov

La règle du jeu de Renoir


Autre chose à nous faire partager (Musiciens, Artistes, Livres etc…) ?


La horde du contrevent d'Alain Damasio.


Vous voulez faire une dédicace à la Skyrock en 2009 ?


Rends l'argent.





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